‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 26 sur 259 · LE VOCABULAIRE DES CHEMINS DE FER · texte numérisé non relu

LE VOCABULAIRE DES CHEMINS DE FER

Le railivay, le tunnel, le ballast, le tendcr, Express, trucks et wagons ; une bouche française Semble broyer du verre ou mâcher de la braise.

Cela est vrai, mais fournissez-en de meilleurs. Sil' Académie ne le peut ou ne le veut pas, de quoi se plaintelle? Eh! s'écrie M. Yiennef,

Eh, qu'avons-uous besoin de tous ces mots bâtards Pour peindre ces chemins

Mille pardons ! je vous arrête : il ne s'agit pas de les peindre ; il s'agit, cequi est bien autrement important, de les desservir, et, pour cet effet, de leur constituer une terminologie claire, brève et euphonique, en remplacement decelle qui vous déplaît... Voyons, comment voulez-vous qu'on dise au lieu de railivay ? — Comment?... Écoutez:

Ce fer qui sur le sable allongeant ses lanières. En rayons accouplés dessinant ses ornières, Court sous les monts fendus ou de voûtes percés, Sur les fleuves soumis, les vallons rehaussés.

Voilà le railivay et la preuve (selon M. Viennet) que nous n'avons pas besoin de tous ces mots bâtards.

Ah ! oui, sans doute, il serait bien désirable que tous les employés des chemins de fer pussent parler ainsi, adopter ce système de synonymes ; mais il en résulterait quelque perle de temps, et ce langage pittoresque ne serait guères en rapport avec la nature de l'objet décrit. Or M. Viennet lui-même, quand il prend le chemin de ier, est pressé d'arriver; je gage que si, pour chaque

mot anglais de deux syllabes, on lui récitait quatre vers français, il perdrait bientôt patience, hormis le cas, bien entendu, oùonlui réciterait ses propres vers: il patienterait alors. Mais les autres voyageurs? tout le monde ne peut pas avoir fait les vers de M. Viennet!

Se moquer, démolir, c'est bientôt fini ; mais remplacer, mettre la correction à la place de la faute, là commence la difficulté; c'est là aussi que le poëte tourne sur ses talons et nous tire sa révérence. Il est content de lui-même, il se croit quitte dès qu'il a pincé de la lyre! Sonate, que me veux-tu?

Ce n'est pas que tout ce baragouin me plaise plus qu'à M. Viennet, ni que j'approuve l'anglomanie, soit dans le langage, soit dans les mœurs. Au fond, la thèse de M. Viennet est bonne, je trouve seulement qu'il l'a mal défendue et ne l'a plaidée qu'à itioilié. Autrefois, en France, on ne souffrait que des mots français, ou du moins vêtus à la française. Les noms propres mêmes devaient se laisser réformer ou traduire, qui pis est. Ainsi François I" et sa sœur madame d'Alençon, écrivant au comte de Hohnilohc, du chapitre de Strasbourg, ne rappellent jamais autrement que mon cousin le comte de Haute- Flamme. C'était une tradition des Romains fidèlement observée chez nous. Mais depuis un tems on l'a oubliée, et nous voyons notre langue envahie par des myriades de mots à physionomies atroces, mots barbares (au sens latin), qui eu ont déjà entamé la belle unité, déngureut son carartère national, et menaceiil do la perdre en la ctdroiupanl

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