‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 28 sur 259 · M. VIENNET ET SON ÉPÎTRE · texte numérisé non relu

M. VIENNET ET SON ÉPÎTRE

police, et elle était bien faite. Un beau jour on s'avise de créer un corps exprès pour veiller à celte douane et préserver la langue française. La chose devait aller bien mieux ! Ils ne seront pas distraits : leur unique besogne sera de faire sentinelle, vérifier la marchandise , délivrer des acquits à caution et des permis de circuler. A la bonne heure ! on s'y fie, on les laisse agir, ou plutôt ne pas agir, s'endormir sur leur chaise, dans leur bel uniforme. Tout à coup un cri se fait entendre : Le Capitole est pris!... Oui, il est pris, mais à qui la faute, s'il vous plaît, sinon à M.Viennetet à ses confrères? Vous avez bonne grâce, vraiment, de venir aujourd'hui vous plaindre et accuser les autres ! Gardiens négligens, dépositaires infidèles, dites votre meâ culpâl... Au lieu de le dire, M. Viennet siffle.

Il siffle et on l'applaudit. C'est que M. Viennet siffle si bien !

Tout siftleur qu'il est. M, Viennet a de singulières indulgences. Lui, si dur aux tunnels, aux grooms, aux steamers, au turf et au sport, à tous « les substantifs sifflans des Saxons et des Scots, » au moment même où il les stigmatise, il ajoute : « Passe encor pour le whist l » — Et pourquoi cette exception? — « Il vient des trois royaumes. 3 — L'excuse est plaisante! elles autres d'oii viennent-ils donc? M. Viennet veut bien dos mots anglais qui servent à jouer aux cartes, mais il répudie avec indignation ceux qui servent à l'industrie. Ce passage nous révèle que M. Viennet aime à faire son whist. Très-bien ! mais, si vous permettez

le whist, quel droit avez-vous d'interdire aux autres le sport, le turf ti même les clubs? Chacun le sien, ce n'est pas trop !

Si Ton me dit que je suis trop sévère de demander de la logique dans un badinage, je répondrai :

Il Taut même en chansous du bons sens et de l'art.

A plus forte raison quand on écrit à Boileau, et qu'on vient réciter sa lettre au public, en séance solennelle de rinstitut.

Cette absence de logique, je dirais presque de raison, est ce qui me frappe dans l'épître de M. Viennel. La raison est cependant la seule arme pour combattre victorieusement les abus ; je veux bien qu'elle s'aide de la plaisanterie , mais qu'est-ce que des plaisanteries dépourvues de raison ?

Aimez donc la raison : que toujours vos ëcrits Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.

Je crois que si Boileau répondait à son correspondant, il le désavouerait pour son disciple en ce point.

Chaque art, chaque science, chaque profession a son vocabulaire technique qui lui est indispensable. Mais parce qu'il a plu à l'Académie d'écarter de son Dictionnaire français les trois quarts des mots dont on se sert juurnelieinont en France, M. Viennet, brouillant et confondant à plaisir les notions les plus élémentaires de la synonymie, enveloppe sous le nom de néologisme tout ce qui n'est pas de son diclioiuiaire : l'argot des voleurs et des lorettes, aussi bien <[ue les termes de la

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