M. VIENNET ET SON ÉPÎTRE
langue philosophique. l\ raïWe objectivité , passivité, téléologie, etc., sous prétexle qu'il ne les comprend pas ! Belle raison ! étudiez-les. Croyez-vous que le peuple comprenne davantage vos tropes académiques? M. Viennet, pendant qu'il était en train, devait attaquer aussi la nomenclature chimique, les termes de marine, de médecine et de jurisprudence. Car, à son point de vue, tout cela est du néologisme. Il avait hien commencé ; pourquoi s'est-il arrêté aux mots coîivict et verdict ? Il s'écrie que « le néologisme a perverti les juges ! » Il s'en prend à l'Allemagne du néoolgisme philosophique et de tous ces mots
Qu'au siècle d'Abailard on eût traités d'infâmes, Et qu'avec leurs auteurs on eût livrés aux flammes.
Ceci est un peu fort ! Quoi ! c'est au moyen âge, c'est au xir siècle que le jargon scolastique était inconnu ou réputé infâme, abhorré au point de faire brûler un théologien, un philosophe qui s'en seraient servis? Ah ! monsieur Viennet, votre bel esprit, pour le coup, se moque de notre bon sens ! Et c'est en plein Institut qu'il est permis d'étaler de pareilles contre-vérités du moment qu'elles ont pour passe-port deux rimes ! Si M. Viennet n'a voulu que faire rire, à quel rôle descend-il? et s'il a voulu prouver quelque chose, il s'est mis dans le cas de ceux qui veulent trop prouver.
Je sais bien que M. Viennet, en sa qualité d'académicien français, n'est pas tenu d'avoirlu saint Anselme, (iuillaume de Champeaux, ni cet Abailard dont il parle 1 3
un peu comme de la Chine ; au moins doit-il connaître Horace. Que dit Horace?
Licuit semperque licebit
Signatum prœsente nota procudere nonien.
ff H est permis, et il le sera toujours, de fabriquer un mot marqué au coin delà langue en usage. »
n y a donc un néologisme légitime? C'est à quoi M. Viennet ne saurait consentir. M. Viennet s'indigne cl éclate en fusées et feux d'artifice contre les écrivains qui emploient les verbes activer^ utiliser^ et qui « formulent leur pensée en style de Purgon (1)». J'avoue que je ne vois pas bien où est le crime. Ces mots sont clairs, \wii\(\ws, prœscnte /zo^c/, puisque nous avons lUilf, actif et formule; ils n'ont point d'équivalent en français, pourquoi donc les repousser? Six lignes plus bas, M. Viennet écrit:
Il n'a point, afTcclant des Tormulcs obscures
Ainsi formuler est détestable, mais affecter des formules est excellent? et il faut que nous acceptions cela tôle baissée? En vérité, c'est abuser un pou trop du principe d'autorité.
J'en dis autant d'ff6c/a/«er, qui révolte la délicatesse de M. Vieimet. N'avons -nous pas clameur et acclamation ? Jusqu'au xvir siècle le verbe clamer n*a l-il pas été du commun usage? En quoi acclamer est-il plus choquant que les autres composés réclamer y
(I) Non pas qui ('•crivcnl en style médical, mais qui se servent du moi formuler, lequel, selon M. Viennet, est du style des mi'derius eiclusivenionl.