‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 33 sur 259 · PROBLÈMES PHILOLOGIQUES · texte numérisé non relu

PROBLÈMES PHILOLOGIQUES

Ac MÊME.

Retiré dans le fond d'une province , je n'ai guère d'autre société que les livres de ma bibliothèque ; d'autre plaisir que celui de lire et relire journellement nos grands écrivains de toutes les époques, ceux du XVII* siècle en particulier. J'y découvre toujours des beautés nouvelles, mais en même tems je trouve à chaque instant sous mes pas des difficultés d'expressions qu'une lecture rapide ne m'avait pas permis de remarquer, et dont je cherche la solution en vain. El pourtant mon éducation est certes bien loin d'avoir été négligée, mais c'est qu'elle a porté sur toute autre chose que l'élude de notre langue française. J'en conclus, sans trop de vanité , j'espère, que ce qui m'embarrasse doit en embarrasser bien d'autres.

C'est donc avec une satisfaction très-vive que je vous vois entrer dans cette voie de proposer à vos lecteurs l'éclaircissement de locutions obscures, inexpliquées ou mal expliquées jusqu'ici. Quand vous ne feriez qu'agiter ces questions sans les résoudre, c'est déjà un grand bien de les signaler et de mettre en relief des problèmes de langage que la routine de l'usage faisait passer inaperçus. L'attention publique une fois éveillée ne s'endormira plus sur ce sujet; tôt ou tard quelque laborieux investigateur finira par dénouer le nœud gordien. L'Académie française est trop grande dame pour y fatiguer ses yeux et ses doigts. Cétait bon au I. U

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commencement , lorsqu'elle avait sa fortune à faire ; aujourd'hui elle vit de ses renies.

Si du moins il y avait à Paris un professeur officiel d'histoire de la langue française, on pourrait, au défaut de l'Académie française, recourir à ses lumières et lui soumettre les difficultés qui seraient du ressort de son enseignement. 3Iais vous êtes curieux de savoir la cause et l'origine d'une façon de parler; vous vous adressez, sur la foi du titre , au collège de France, où peut-être il se trouvera bien quelqu'un pour répondre sur le français? Prenez garde ! vous allez avoir la scène de Sganarelle et du docteur Pancrace :

Pancrace. Que voulez-vous ? — Sganarelle. Vous consulter sur une petite difficulté. — Ah ! ah ! sur une difficulté de philologie sans doute ? — Précisément. — De philologie grecque? — Non. — Latine? — Non. — Arabe? — Non. — Hébraïque, chaldaique, syriaque? — Pas davantage. — Persane donc? — Mon Dieu, non ! — En ce cas, c'est nécessairement une difficulté relative aux langue et littérature chinoise et tartare-mantchou?

— Ce n'est pas cela; je... — Comment, ce n'est pas cela ? Ah ! j'y suis : c'est une question sur l'idiome slave. Vous voulez savoir si le recueil de l'ancien Edda est véritablement l'ouvrage du prêtre islandais Stemund, ou si le nouveau a été composé par Snorro Sturleson?

— Point. — Si l'ancien est en vers et le nouveau en prose? — Nenni. — Si l'ancien mérite plus de confiance que h' nouveau ? — Je vous dis que tout cela m'est liarfaileujenl éj^al. — Je vous entends enfin, et j'aurais

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