SUPERLATIFS PAR RÉPÉTITION. A
Car les adjectifs ne sont pas la seule espèce de mots pour laquelle on puisse avoir besoin d'exprimer un superlatif. Ce besoin se présente pour les adverbes, pour les verbes, pour les substantifs.
Combien de gens font un superlatif à oui et à non en les répétant avec précipitation jusqu'à cinq et six fois. Quand Voltaire dit du pauvre diable :
Il compilait, compilait, compilait !
quand Béranger fait dire à son ventru :
J'ai parlé, parlé, parlé !
J'ai hurlé, hurlé, hurlé !
ce sont des superlatifs de verbes formés par larépétition.
A monsieur un tel , c'est une simple déférence. — il monsieur, monsieur un tel, c'est une déférence double.
Cette formule date au moins du xv« siècle , puisque frère Robert Caraccioli, capucin, prédicateur de l'école de Menot, de Barletle et de Maillard, dédiant ses sermons (Venise, 1A72) à Ferdinand, roi de Naples et de Sicile, et à Jean d'Aragon, fils du roi, — Reverendissimo patri et dgmlno domino Joanni de Arragonia....^ humiliter se commendat.
Chanter pouille a quelqu'un. — Pouille est la traduction en orthographe moderne de poulie, dans le latin du moyen âge, polia.
Cette \\0\3X\0n poulie sonnail pouille.
Mais que signifiait poulie ?
hà CHANTER POUILLE.
Ce mot avait deux sens. D'abord le sens demeuré en usage. Chanter poulie à quelqu'un serait donc l'injurier d'une voix aigre et criarde, comme celle d'une • poulie qui grince dans sa chape rouillée. C'est possible, mais je ne crois pas que ce soit vrai.
J'aime mieux trouver Fétymologie dans l'autre sens de poulie, étable à loger les chevaux (pullus , pulla, pullitra, — les // mouillées — poulain, pouliche).
Rue des Poulies-du-Louvre, c'est-à-dire des écuries du Louvre, comme il y a la rue des Ecuries d'Artois. Rue des Vieilles-Poulies {des Vicz-Poulics, dans Sauvai), rue des vieilles écuries. On prononçait : des pouilles du Louvre, des vieilles pouilles (1).
Chanter pouille est donc proprement chanter écurie, gourmander brutalement, grossièrement, en style d'écurie ou de palefrenier. Et cette loculion est faite comme cette autre que Régnier a imitée de Juvénal: Ore ils parlent soldat et ores citoyen.
Les Latins disaient cantare ocyma , chanter basilic , parce qu'ils croyaient que pour bien faire lever la graine de basilic, il fallait la maudire en la semant :
Pannucea Bauris
Quum bene discincto cantaveril ocyma verns. ■ (Perse, sat. 4.)
« Quand une Baucis dégueiiilltH' clumle ponillc à un truand de valet. ;»
(I) Ou plutôt des vieux pouilles. Vieux invariable, parce que vêtus n'a qu'une rornic pour les trois genres. Aussi le nom propre est-il la Vicuville, et non Vieille-ville. — La tnc/a lei (Rois, p. 89), est la vieux lui, la vieille lui.