‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 37 sur 259 · CHANTER FOUILLE · texte numérisé non relu

CHANTER FOUILLE

Des locutions de ce genre, lorsque l'origine s'en est perdue, que le tems a mis ses ténèbres sur leur élymologie, subissent peu à peu des altérations, soit dans le sens, soit dans la forme , soit dans les deux à la fois. Il ne faut pas s'étonner qu'après une si longue route dans la nuit des âges elles aient un peu dévié. Ainsi le moi pouille, qui devait rester dans la locution consacrée invariable comme un adverbe, s'est vu traiter comme un substantif, et, comme on disait chanter des chansons, on s'est mis à dire aussi chanter des pouilles. On a même joint au-devant de pouilles un nom de nombre. Voltaire et madame de Sévigné ont donné l'exemple de ces façons de parler : Ils se sont dit mille pouilles; — toutes les pouilles imaginables l Voltaire va même plus loin : « Un peu de maladie m'a privé de » la consolation de vous écrire des pouilles. » Des pouilles sont ici des injures de palefrenier.

Le Dictionnaire des difficultés de la langue française dit : a Pouilles, substantif qui n'a pas de singulier. » — Il prend cela de l'Académie , qui l'a pris dans Trévoux, qui l'a pris... sous son bonnet. Trévoux cite à l'appui de son dire trois méchans vers de Ménage , où pouilles est au pluriel :

Mars traita le sort de Taquin, Lui dit cent pouilles, et la gloire Rompit son cornet à bouquin.

jC nombre cent emportait nécessairement le pluriel ; passage ne prouve pas qu'on ne puisse et ne doive

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