‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 4 sur 259 · PREFACE. IX · texte numérisé non relu

PREFACE. IX

C'est la raison du grand nombre d'étymologies fausses ou d'autres bévues dont j'ai rapporté et discuté les exemples. Ce n'est pas assurément pour la puérile vanité d'en triompher, ni pour la misérable satisfaction de surprendre mon prochain en faute : à cela je suis fort indifférent. Si je faisais un recueil des erreurs de mes confrères en ces études, j'y mettrais pour épigraphe l'inscription qui se lit sur la porte des cimetières : Hodiè mihî, cras tibi. Nous avons tous nos distractions, nos idées fausses, nos bévues, et, comme dit Horace : Optimus ille est. qui minimis urgetur. Je n'ai pas, grâce à Dieu, la présomption de me croire cet optimus ; non, mais c'est que l'enseignement, pour être efficace, doit se donner en partie double, et que la sobriété se recommande encore mieux par le spectacle de l'ivresse. La connaissance de toutes les voies du mal aurait pour conséquence prochaine la connaissance de toutes les voies du bien.

Hélène. — Des dangers ? bon ! je les connais tous.

Le Régisseur. — Comment !

Hélène. — 3Ia mère m'a instruite de tout! m'a tout dit, le bien et le mal.

Le Régisseur. — Vous me surprenez.

Hélène. — Oui, le bien pour le suivre, le mal pour l'éviter.

Le Régisseur. — Ma foi, en deux mots, voilà toute l'éducation !

J'aurais aimé pouvoir signer du nom de Voltaire ce petit dialogue philosophique. Après tout, aux esprits

X rKEFACK.

libres de préjugés il ne paraîtra pas plus mauvais pour venir de la comédie italienne.

Parmi ceux à qui je distribue autre cbose (jue des complimens, s'il en est qui trouvent ma méthode indiscrète et s'offensent de mes remarques, j'ôte ici mon chapeau, et je leur fais à tous mes très-humbles excuses, à commencer par l'Académie française. J'ai pris souvent l'Académie à partie, mais elle ne m'en voudra point, car en cela je me suis conformé aux règles d'Aristote, suivies par tous les auteurs de tragédies classiques. « Les fautes et les malheurs des rois, des » princes, dit le Péripatélique, et en général des per- » sonnages d'une condition au-dessus du vulgaire, » touchent et instruisent avec bien autrement de puis- » sance et d'autorité que les erreurs des petites gens. » Mais, comme de notre tenis la tragédie est un peu » déchue de ses anciens privilèges, j'ai cru, pour com- » plaire au goût général, faire bien de mêler à ces » grands personnages tragiques quelques figures bour- » geoises,el même quelques types du menu populaire. » Aristote recommande aussi la variété. J'espère que ma citation d'Aristote absoudra ma citation de Favart.

Depuis qu'un heureux mouvement a reporté l'allenlion publique sur les œuvres du moyen âge, arts et littérature, on a remis en lumière, et chaque jour voit ressusciter bon nombre de textes qui rendent témoi-

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