‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 51 sur 259 · ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME · texte numérisé non relu

ATTENDEZ-MOI SOUS L'ORME

Les Chroniques de Saint-Denis, sur l'an 1306, racontent que vingt-huit hommes coupables d'avoir culbuté dans la boue les provisions de bouche du roi, furent pendus aux ormes qui ombrageaient les principales entrées de Paris. Sur quoi l'un des derniers éditeurs de ces chroniques , si ce n'est tout à fait le dejrnier, fait la note suivante : « De cet usage de pendre aux ormes » qui ombrageaient l'entrée des portes...» (Esprit impétueux ! où voyez-vous que ce fût un usage?) «...ne » peut-on pas tirer l'origine du proverbe : Attendez- ■b moi sous l'onjie? Pour moi, je n'en fais aucun » doute. »

Nous produisons dans le monde cette étymologie parce que monsieur son père est membre de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres) ; mais un malheureux qu'on mènerait pendre à un orme et qui dirait aux spectateurs : Attendez-moi sous l'orme, ferait une maigre plaisanterie , et dans tous les cas il ne pourrait pas ajouter : Vous m'attemhez longtems.

M. Paulin Paris ne doute pas de la bonté de sa conjecture. Nous ne lui demandons pas (étant décidé à nous en passer) la permission de préférer l'interprétation donnée par le Dictionnaire de Trévoux :

a Au village on plante un orme devant l'église, dans

» le carrefour; d'où sont venues ces phrases prover-

. » biales : Danser sous l'orme.. . Juges de dessous l'orme

» (on appeloit ainsi les juges pédanées (l),qui rendoient

(I) 0 Pédanée, juge de village qui n'a point de siège pour tenir la » justice, qui juge debout et sans tribunal : Judex peclaneus. Les juges

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» leurs sentences sous l'orme)... Attendez-moi sous » l'orme, qui se dit pour donner un rendez-vous où l'on » n'a pas dessein de venir. L'origine de ce proverbe » vient de ce qu'autrefois les juges tenoient leur juri- » diction à la porte des maisons des seigneurs, et » d'ordinaire sous un orme planté devant le manoir » seigneurial. On les appeloit les plaids de la porte , » comme témoigne Loiseau ; et parce qu'il y avoit » un orme, c'est pour cela qu'on a dit des premières » assignations données en justice : Attendez-moi sous » l'orme. »

Nous nous en tenons là, et nous engageons le lecteur à faire comme nous.

» supérieurs traitent les juges subalternes de juges pédanées, ou de i> juges sous l'orme. — Ce mot vient de stans in pedibus. »

(Trévoui.)

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