‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 52 sur 259 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De lYquivoque. — Pascal et sa brouette- — Bévues de quelques savans. — Andouille, poltron. — Se moucher du pied, ou sur sa uiancbe.

Boileau a eu grandement raison de faire une satire contre l'équivoque : il n'a eu tort que de ne la point faire meilleure. Avec une équivoque, avec un synonyme, on embrouille les choses les plus claires ; c'est Bartolo qui le dit, ou plutôt le chante, dans les Noces de Figaro :

Con un eqnivoco, cou un sinonimo, Qualche garbuglio si trovera.

(Mozart aussi aurait pu faire cet air-là meilleur.) Cent fois j'ai lu, j'ai cent fois ouï dire que Pascal avait inventé la brouette. Dernièrement encore, un écrivain bien instruit d'ordinaire, et chez qui l'idée est aussi juste que la forme est aimable, M. Alphonse Karr disait dans le feuilleton du Siècle (1) : « Pendant que » la régente Anne d'Autriche assiégeait Paris pour » imposer Mazarin , on aurait pu sans inconvénient » frapper le portrait de Pa>cal, qui inventa la brouette » avant d'écrire les Provinciales. »

(1) Le Swcle du 28 septembre 1853.

Quelle brouette? Celle dont se servent les jardiniers, les maçons, tous les manœuvres en général ; la brouette qui n'a qu'une roue à l'extrémité, qu'on pousse ou traîne à l'aide de deux bras antérieurs ; la brouette enfin : tout le monde sait ce que c'est qu'une brouette !

Jadis, sur la foi de mes lectures, j'en faisais lionneur aussi au génie de Pascal, lorsque feuilletant un manuscrit de la Bibliotbèque impériale (le roman de Merlin en prose, si j'ai bonne mémoire), je rencontrai une miniature représentant une femme assise sur une brouette menée par un jeune homme. Ce volume provient, je crois, de la bibliothèque de Charles V.

Ouvrez Du Cange, aux mots Broleta, Brol tare, vous vous convaincrez que la brouette était aussi connue au moyen âge qu'elle l'est au xix« siècle.

Voici des vers d'un poète anonyme, cités par Du Cange (sous Carrocilm) :

Car pour repos j'ay cnfoulurc, Pour le beau icms j'ay engrcslure, Pour provision des pommeUcs, Pour cbarriots branlans, brouettes.

On appelait alors charriots branlons les voitures suspendues.

On disait en ce tems-là (comme le peuple continue à dire) : brovttcr pour brouetter^ elbroiiticr \)our brouettew\ celui qui conduit une brouette , par extension chasse-marée. C'était même un terme de mépris , une injure. Dans des Lettres de (jràce de 1391 : « Va, va, » vilain broutier, vendre les rayes ! >

Et dans la farce de Patelin, Guillemette appelle le drapier vilain bijoutier :

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