BÉVUES DES SA VANS
Dom Carpentier, qui relève ce contre-sens, ajoute que le reste du diplôme est traduit avec le même bonheur. Nous avons encore de ces bénédictins-là.
Un botaniste des provinces du nord de la France, voyageant dans le Midi, un jour qu'il se trouvait dans la cuisine de son auberge , entend parler d'un légume appelé gonfla-gus, des gonfle-gueux en patois, qu'on désigne aussi en quelques localités sous le nom de bourre-coquins. Vile il se fait montrer le légume en question , et il s'empresse d'insérer dans sa nomenclature une nouvelle variété de haricots : Phaseolus gomphlagus. Laissez faire, il y aura des savans pour le dériver du sanscrit ou tout au moins du grec.
Lorsque parut le Dictionnaire de Moréri , il ne tarda pas d'être traduit en allemand, mais le traducteur, peu familier avec la langue française, et devinant à la diable le sens de toute une phrase sur deux ou trois mots d'icelle, larda son travail d'une quantité de balourdises plus ridicules les unes que les autres, ainsi qu'on peut voir dans la préface du troisième volume du Lexique historique d'ïselin. En voici un échantillon. Dans l'article Atkée de Moréri, on lisait : « Atrée prit l'enfant qui » était né... » Le traducteur ne vit que le mot né, et traduisit : « Alrée prit le nez de l'enfant. » Il assure le plus gravement du monde qu'Atrée fit manger à Thyesle le nez de son fils en ragoût. C'est probablement la première fois qu'un rayon de gaieté pénètre dans cette horrible caverne des Alrides, et c'est un Allemand qui l'y a introduit.