BÉVUES DES SA VANS
Mais de toutes les bévues causées par une équivoque la plus singulière, je crois, se trouve dans la traduction de y Histoire de la philosophie de Buhle. Buhie raconte à sa date la querelle de Kœnig avec iMaupertuis, président de l'Académie de Berlin ; querelle dont les moindres détails sont répandus en France, grâce à Voltaire. Il n'est pas un Français ayant quelque teinture des lettres qui n'ait lu au moins la diatribe du docteur Akakia et le plaisant arrêt qui la couronne. Eh bien, dans tout le cours de ce récit, le docteur Jourdan a pris le nom propre Kœnig pour un nom commun, et le traduit : le roi, le roi de Prusse, ou même Frédéric, afin d'éviter la répétition trop fréquente du mot roi. En sorte que ce serait Frédéric II qui aurait été déclaré faussairegéomètre, rayé de la liste des académiciens et jeté à la porte de son Académie, avec toute la modération imaginable, comme dit Voltaire.
Cette affaire-ci vaut bien le nez du jeune Tiiyeste, et les Allemands ne m'accuseront pas sans doute de partialité nationale. Abel Rémusat , qui me fit connaître cette anecdote littéraire, ajoutait que celte traduction de Buhle valut la croix au traducteur.
Douille, adjectif, transformation de dolium^ signifiait gonflé, rebondi, en la forme d'un tonneau. Il se retrouve dans amhmillc. Ce substantif est en réalité un adjectif; il faut supposer l'ellipse d'un mot, comme tripe ^ boyele (forme primitive de boyau) : une hoi/elc andouille , un boyau gonflé, farci. An n'est qu'un préfixe à l'imitation de \in des Latins.