‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 58 sur 259 · POLTRON, CADAVRE · texte numérisé non relu

POLTRON, CADAVRE

taire, ne craignaient pas de se mutiler la main droite : ils se coupaient le pouce. Que firent les empereurs Valens et Valentinian ? Ils firent une loi condamnant aux flammes les lâches qui auraient recours à cet expédient, lesquels furent qualifiés de poltrons, mot formé de la première syllabe de ces deux autres, pollex truncatus, pouce coupé : pol [lex) tron (catus). J'ai dit cela dans mon livre de Trapetzitico fœnore, page 174, par conséquent tout le monde devrait le savoir; mais je ne sais à quoi s'amuse aujourd'hui la France, ni ce qu'elle lit. C'est une pitié !

Ménage. Votre étymologie, doctissime critique , me remet en mémoire celle de cadavre, qui fut produite k l'une de mes dernières mercuriales. On prétendait que de cette inscription funéraire : Caro data ver mi buSy le tems n'avait laissé subsister que la première syllabe de chaque mot ca-da-ver, d'où , en les réunissant, les Latins firent cadaver^ et les Français cadavre. Je n'en crois pas un iota !

Saumaise. N'importe , cela est fort ingénieux , et je voudrais l'avoir trouvé.

Ménage. Et moi donc! car, quoi qu'en dise M. Despréaux, le vrai n'est pas seul aimable. Où en seraient nos commentaires et nos étymologies? La vôtre est assurément fausse; cela n'empêche pas qu'elle ne me paraisse adorable !

Salmaise. Fausse, dites-vous? Je serais curieux de savoir ce que vous mettriez à sa place ! Je vous avertis ([ue j'ai pour moi Savaron, Bourdelot et Lindenbrog.]

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