‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 66 sur 259 · ALLUMER UNE LUMIÈRE · texte numérisé non relu

ALLUMER UNE LUMIÈRE

ne voyez pas ce que cette locution a de choquant et d'absurde? Eh bien , c'est le pléonasme, puisqu'il faut user du mot pédantesque.

A. En quoi pléonasme ?

B. En ce que s'il y a lumière, cette lumière est nécessairement allumée : il n'y a pas besoin de l'allumer.

A. En sorte que, suivant votre raisonnement, hi locution n'a pu servir qu'une fois depuis l'origine du monde; c'est au moment précis où le Créateur a dit : Fiat lux {Que la lumière s'allume). Depuis, c'a toujours été un pléonasme?

B. Mais oui.

A. Comment donc faut-il dire, selon vous, pour rester dans les termes généraux ?

B. Il faut dire... Ma foi, je ne sais pas; mais je sais bien toujours comment il ne faut pas dire.

A. Ne dites-vous pas sans scrupule : allumer du feu?

B. Certainement.

A. Cependant, d'après votre manière d'argumenter, allumer du feu serait aussi ineple qu allumer une lumière.

B. Cela se peut, mais l'usage autorise l'un et défond l'aulre.

A. C'est ce que je nie : dans tous les cas, j'en appellerais au bon sens d'un usage qui lui serait contraire. Permetlriez-vous allumer des clartés? — « Quelle main alluma ces clartés errantes dans les profondeurs du iirmanient? »

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