‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 7 sur 259 · PRÉFACE. XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XIII

du XI* au xvi* siècle, mais de la langue moderne, de la langue qui se parle depuis Louis XIII, ou tout au moins depuis Louis XIV. C'est entendu. Eh bien, dans ce dictionnaire, trouvons-nous toute la langue du xvii" siècle ? Peut-on avec son secours entendre, mais entendre dans tous les détails, Corneille, La Fontaine, Molière et Bos- •suet? — Il s'en faut bien ! Il y a environ un cinquième, si ce n'est plus, de leurs tournures et de leurs expressions, dont le Dictionnaire de l'Académie ne lient pas compte, et qui doivent être jetées hors de la langue française, si ce dictionnaire est en effet le livre de la loi, le livre du jugement.

Ainsi il ne peut soutenir la prétention de donner la langue des lettres.

Nous donne-t-il la langue des sciences ? — Les mots techniques, hormis quelques-uns des plus familiers, sont exclus de son plan.

Est-ce la langue du peuple? — Celle-là moins que pas une. La langue du peuple, fi donc !

Mais enfin quelle langue française nous donne le Dictionnaire de l'Académie ? Ce sera au moins la langue des académiciens ? Ah ! l'on ferait un livre piquant, qui voudrait relever dans les œuvres de chaque membre de l'Académie les insultes au dictionnaire ! L'inconvénient de ce livre, c'est qu'il serait trop volumineux. J'en reviens toujours à ma question : Quelle langue nous donne donc le Dictionnaire de l'Académie ?

A qui le Dictionnaire de TAcadémie doil-il servir? A tout le monde. — A qui peut-il suffire? A personne.

XIV PKÉFACE.

C'est un code si défectueux qu'on n'a pu même en écrire la préface sans le violer ! Quelle autre preuve demandez-vous ?

Voilà pour les péchés d'omission ; ils sont nombreux, et ce n'est pas encore tout.

L'Académie ne molive pas ses arrêts, cela se con- (;oit : le livre n'en fmirait plus ! Cependant il y aurait un moyen court et décisif de remplacer la discussion : les exemples. L'Académie ne cite jamais d'exemples ; cela est fâcheux. Alors comment procède-t-elle? quelle est la base de ses décisions ? car encore faut-il s'appuyer sur quelque chose, partir d'un point fixe. A-t-elle, comme l'Académie de la Crusca, commencé par établir une liste d'auteurs classiques, sauf bien entendu à critiquer parfois ces modèles eux-mêmes, nul n'étant impeccable? Non ! l'ancienne Acadénùe y avait pensé, cl dans le projet de dictionnaire dressé par Chapelain, il y avait deux listes, l'une de prosateurs, l'autre de poètes, qui devaient faire autorité. Ces listes, qu'on peut voir dans Pelisson (1), paraissent aujourd'hui bien pâles : quels noms pour inspirer la foi et le respect que ceux de Motin, Montfuron, Garnier, Touvant, Marion, Refuge, Damnmrtin, de la Guesie, etc. Mais c'est ce qu'il y avait de mieux alors, et ce n'est pas leur insufiisance qui fit renoncer aux citations :

« Mais un peu après l'Académie commença d'appré- > hender le travail et la longueur des citations, et ayant

(I) PEuaaoN, Uitloired» l'Académie fiançoiic, I, 137.

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