LOGER LE DIABLE DANS SA BOURSE
» de parer à tout. Fust, du latin fustis, bâton, s'est pris » généralement pour arme, et fiiter pour armer, affù- » ter, garnir, équiper. » — Faut-il s'en tenir là, ou bien avez-vous quelque chose à y ajouter?
» Régnier est un si charmant poëte, si gai, si naïf, si aimable dans sa verve gauloise, que tous ses vieux admirateurs (je doute, hélas! qu'il en ait de jeunes!) vous sauront assurément gré de répondre à ma question (1). »
Loger le diable dans sa bourse.
Un homme n'ayant plus ni crédit ni ressource, Et logeant le diable en sa bourse.
C'est-à-dire n'y logeant rien.
(La Fontaine, \e Trésoi-el les Deux hommes.)
Cette façon de parler me paraît venir de l'italien.
L'usage en Italie était de peindre au fond des plats , soupières, saladiers, une figure hideuse, une figure de diable, qui était cachée tant qu'il restait quelque chose au plat, et lorsque le plat était vide, faisait la grimace à ceux qui y jetaient les yeux. De là cette locution populaire : Le diable est dans le plat! Un personnage d'une comédie de Firenzuola (IdueLucidi), pour exprimer : A notre arrivée on avait fini de dîner, il ne restait plus rien! dit : Abbiamo trovato il diavolo nel catitio ! « Nous avons trouvé le diable dans le plat ! » Par imitation le Français a dit .Le diable est dans sa bourse, — il loge le diable dam sa bourse,
(l) Od trouvera cette réponse au chapitre XI.
CHAPITUE VIII.
Le verbe passer dans diverses locutions et acceptions. — Grammaire et grimoire. — Louche. — OEufs pochés. — Cannelte et canon. — Croquer le marmot. — Mauviettes.
Passer l'eau. — Passer condamnation... — Se passer DE... Passer pour... Etc. — Le verbe passer est un de ceux qui se prêtent le plus à des constructions diverses, dont il semble malaisé de se rendre compte. Quand on à\\.passei' l'eau, je vois clairement vi^% passer est formé du substantif pas. Passer le tems n'est que la môme expression appliquée au sens figuré.
On comprend encore passer pour. Les pièces de six liards ne passent plus ; — les anciens petits e'cus ont passé pour cinquante -cinq sous. Ici passer signifie avoir cours, circuler. De même on dit par métaphore : // passe pour un homiêie hoiume. C'est toujours le mot pas qui en est la racine, cela est évident.
Mais que signifie passer condamnation ? Peut-on ramener aussi cette expression à l'idée du substantif pas ? Rabelais , qui se tire d'afl'aire par une bouffonnerie, et qui aime à matérialiser des métaphores, suppose que Co?idam?iaiion, Procuration et Outre sont des iles : nous passâmes Outre, dit-il ; nous passâmes Condamnation. Au chapitre 12 du IV' livre, on voit « comment Pantagruel />rt'5i'ai*rocMrrt/ïo;/. » Il explique
sans plus de difïîcuUé celle façon de parier : Ce chemin mène à Rome, conduit à Paris. Cela vient de ce qu'aulrefois les chemins cheminaient réellement ; on n'avail qu'à se planter sur la roule qui allait à Uome ou à Paris, et le chemin vous conduisait au bul. Mais il se trouva de mauvais garnemens qui basaient les pauvres grands chemins, lesquels, de dépit, ne voulurent plus inarchv r et depuis ce tems sont immobiles. C'est maintenant au voyageur à marcher lui-même; mais la locution resiée dans le commun usage atteste encore l'ancien et regrettable état dos choses. Il faut lire celle plaisanterie dans le chapitre 26 du V* livre de Pantagruel.
Tout cela est fort bon dans Rabelais, mais il nous faut ici aulre chose. Il faut trouver également une solution salisfaisanle sur l'emploi dépasser dans la l'orme rétléchie : Se passer de gants, se passer une fantaisie.
La grammaire de Palsgrave, dans son précieux catalogue de tous les verbes français avec leurs constructions et leurs tems irréguliers, catalogue qui ne remplit pas moins de trois cent soixante- douze pages hi-A", ne donne pas celte forme, se passer de, ce qui autorise à la croire plus moderne que la fin du xv' siècle. Auparavant on disait se passer sans. C'est encore une complication. Exemples : « I may nal want a ihing, I eau » nat be wilhout il, je ne me puis passer sans. — I can » nat be >vithout a cap, Je ne me puis passer sans » bonnet. — I can nat want my gloves,;e ne me puis » passer sans mes gants. » (Pages 475 et 616.) I. 10
Ces exemples nous niellent sur la voie : le verbe passer existe deux fois en français, ou, si l'on aime mieux, cette forme unique du mot se rapporte à deux origines différentes, l'une française, l'autre laline. Idiniti passer est formé de pas, lantôt il est une métamorphose de patior.
Je passe condamnation, c'est-à-dire je souffre qu'on me condamne , je m'y accorde ( patior condemnationem).
Je ne puis me passer de gants, ou plutôt , selon la locution primitive, sans gants {nequeo me pati sine chirothecis) .
Se passer une fantaisie [pati sibi phantasiam), se la souffrir, se la permettre.
Je vous le passe, c'est-à-dire je vous le souffre (hoc tibi ou de te patior).
Ch'est flroit que quant on voit ses enfans mal prouver Qu'on en soit courrechiés, mais on le doit passer,
{Baudouin de Sebourg, t. I", p. 159.;
« Il est bien naturel , quand on voit ses enfans se mal conduire, d'en être fâché, mais il faut le passer. * — Le souffrir, pati.
Panurge, parlant du petit enfant qu'il se promet d'avoir après son mariage • « Je l'ayme desja tout plein, » et jà en suis tout assoty : ce sera mon petit bedault. » Fascherie du monde tant grande et véhémente n'en- » trera désormais à mon esprit que je ne passe, seule- » ment en le voyant et l'oyant jargonner en son jar- » gonnois puéril. » {Pantagruel, HI, 28.)
DIVERS EMPLOIS DE PASSER. lH
Passer une fâcherie, la supporter, pati (1). En plein xvir siècle, on retrouve encore se passer de dans son acception originelle se contenter de :
Il eût perdu son tem$ puisque eufia ma roatlresse Eu Tait de chasteté n'en doit rien à Lucrèce.
DON BRCSQCIN.
C'est-à-dire entre nous, parlant de bonne foi. Que, à son défaut, les Turcs se sont passés de toi.