‹ Récréations philologiques; ou, Recueil de notes pour servir à l'histoire des mots de la langue françaiseChapitre 97 sur 259 · MOTS TERMINÉS PAR V · texte numérisé non relu

MOTS TERMINÉS PAR V

Aristote, dit Lambert le Court, Aristote d'Athènes fit l'éducation du jeune Alexandre :

II li monstre escriture, et li vallés l'entend; Gria, Ebria et Caldia et latin ensement.

(Page 8, V. 26.)

« Le grec, l'hébreu, le chaldéen et le latin aussi. » — Griv, Ebriv et Caudiv et latin.

La langue française, qui n'a pas aujourd'hui de mot terminé par un r. en avait jadis un assez grand nombre , noms propres ou noms communs. Exemples : Gi'^iu , Pont ht , Bailliu , Andriii , Berriu , Super latiii, etc., prononcez : Gri, Ponti, Bailli, Andri, Berri, Superlati, — Tous ces noms se sont écrits aussi par la terminaison ieu : Grieu^ Pontieu, Baillieu, Andrieu. Tantôt une forme a prévalu, et tantôt l'autre. L'amant de Manon Lescaut, le chevalier Desgrieux, et l'exempt Desgrais. qui parvint à arrêter madame de Brinvilliers, portaient le même nom. Des Grecs; car le xvi* et le xvii» siècle prononçaient les Grais , ouvert , comme nous prononçons encore le legs :

MABTINE.

El ne Yoalanl savoir le grais ni le latin, Elle n'a pas besoin de monsienr Trissotin.

Mais Vit consonne se fait sentir au féminin, à cause de la voyelle subséquente : Grive , Baillive , Superlative.

Ménage, au mot Grivelé , laisse échapper cet aveu chez lui si rare : « Je ne sçay d'où vient grive. > Et

lAO GRIVE, GRIVOIS,

tout de suite il se met à conjc durer que ce mot vient de tri^ tri, ou gri, gri , qui représente , à son avis, le chant de la grive ; en témoignage de quoi il fait comparaître Arislotc et le grec T^t'Ctc., grincer, foi mé par onomatopée. Madame Sganarclle, la fagoteuse , aurait pu lui dire encore : V'oyt z un peu l'habile homme avec son ben^^t d'Aristote ! La grive a reçu son nom, ou surnom, parce qu'elle aime à fréquenter les vignes, à manger les raisins, à se griser; l'automne est la saison où elles engraissent et sont excellentes. Aussi le peuple dit-il en commun proverbe : Saoul comme une grive. Dans la 6* des Cent Nouvelles nouvelles [l'Ivrogne au paradis) : « Nostre ivroingne plus saoul que une » grive partant d'une vigne, commença, s'il vous plaist, » sa dévote confession, laquelle je passe, car le prieur » point ne la révéla. » Le nom de grive est moderne relativement , car le premier nom de cet oiseau est mauvis. Je reviendrai tout à l'heure sur ce point ; finissons-en d'abord avec le mot^m.

L'adjectif grivois est formé comme le substantif grive. Le grivois est un soldat qui aime <à boire, et se met volontiers entre deux vins. — Pourquoi cette expression entre deux vins ? Serait-ce à dire entre un vin raisonnable, suffisant, et un vin excessif? Un homme entre deux vins n'est ni sobre ni positivement ivre.

Ce mot de grivois , comme synonyme de soldat, est de la fin du xvii* siècle. Boursault le signale dans sa comédie des Mots à la mode , (jui fut représentée en 4094 :

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