‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 10 sur 98 · FRIME ET FRIMAS · texte numérisé non relu

FRIME ET FRIMAS

critique se récrie d'admiration, et dont. je voudrais bien examiner tout doucement quelques-unes, en demandant pardon de la liberté grande.

L'article : — « Demandez à un homme du monde

> et même à un savant ce que signifient brouille^ t fiime^ trouble^ baliverne^ bizarre^ pimbêche^ niais^ » piper ^ attraper^ débaucher , il se perdra dans des » généralités, il rendra tous ces mots vagues par des » mots aussi vagues, et peut-être plus vagues encore, » il n'arrivera pas à la signification simple, primitive » et poétique. »

L'auteur parait bien sûr de son fait; cependant celui qui va débrouiller ces terribles mystères est un savant aussi.: or pourquoi n'existerait- il pas dans la nature un second savant de la force du premier? Comment pouvez-vous être sûr que tout «savant, hormis le vôtre, se perdra dans les généralités, et rendra tous ces mois vagues par des mots plus vagues encore? Au surplus si cette réprobation à priori est injuste, il n'y va rien du mien ; je n'ai aucun litre pour prendre en main la cause de ceux qu'elle frappe : des savans! cela. Dieu merci, ne me regarde pas. Voyons vite le mot frime expliqué sans vague ni généralité.

« Frime tient a frimas comme brouille à brouillard, » Une frime est un léger frimas^ un verglas mince et » brillant qui manque de solidité et qui casse sous les

> pieds de l'homme assez imprudent pour les y poser.

> Quand on dit : Ce n'est que pour la frime y — il n'en

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» a que la frime^ on fait une métaphore élégante, » mais qui a perdu tout son mérite depuis que frime i> n'a plus que le sens vague que tout le monde > connaît. »

Très-bien ! c'est ingénieux , c'est poétique, c'est vraisemblable, cela ne laisse rien à désirer, rien, horipis un point. Et lequel? c'est un exemple, Un seul petit exemple de frime employé au sens de léger frimas, de verglas mince et brillant. Les exemples, voyez-vous, il n'y a rien de tel pour y appuyer une théorie. Vous n'êtes pas sans doute embarrassé pour les fournir, non ; mais vous ne les avez pas sous la main. Eh bien, cherchez-les : je vous souhaite bontië patience, et jusqu'à ce que vous les ayez trouvés, j'aurai plus de tems qu'il ne m'en faut pour proposer une explication différente.

Et d'abord vous parlez de primitif : frime n'est paâ la forme française primitive, mais frume, qui signi-<> fiait mine, mauvaise mine, semblant, grimace :

De bien se doit on esjouir :

Li bon, car c'est droit et coustume,

Et li maaTais en fwx \a frwne.

{Le lai d'Aristote.)

Et jasoit ce qaMl li anuit,

N'eo fait semblant, cière ne frume.

{Miracles de Notre-Dame,)

Frume vient manifestement du latin frumen^ la gorge, le gosier, d'où frumentum, le blé, et l'ancien verbe frumere^ se nourrir. Dans le trajet de l'une i

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