ARGOT
f Argot* — On m*n demandé de plusieurs eOlés l'origine de ce iqot. Sur une pareille question, ^vant de dire mon sentiment, je cède, comme il est Juste, la parole à Tun des camarades de Cartouche et à Carloqehe lui-même ;
Mais à propofl d*arg0t, dit alors Umosia ,
Ne m'appreadrez-Yous pas, vous qui parle? latin.
D'où cette belle langue a pris son origine?
— De la ville d*Argos, et je Tai la dans Pline, Répondit Balagny. Le grand Agamemoon
Fit fleurir dans Argos cet éloquent jargon.
Comme sa cour alors étoit des plus brillantes,
Les dames de son tems s'y rendirent savantes :
Electre le parloit, dit>on>. divinement;
Iphigénie aussi Ventravoil gourdement{i).
Jusqu'aux champs phrygiens les Grecs le transpnrtèrent :
Tous les chefs en argot leurs soldats haranguèrent,
Connoissant quelle étoit sa force et sa vertu
A pouvoir relever un courage abattu.
J'ai Yu, s'il m*en souvient, dans Ovi4e Pli Virgî)»»
Que lorsqu'on disputa pour les armes d'Achille,
L'éloquent roi d'Ithaque en eût été le sot
SHI n'eût pas su charmer ses juges en argot.
— Tu dis vrai, Balagny, reprit alors Cartouche ; Mais cette langue sort d'une plus vieille souche, Et j*ai lu quelque part, dans un certain bouquin D'argot traduit en grec, de grec mis en latin , Et depuis en françois, que Jason et Thésée, Hercule, Philoctète, Admète, Hylas, Lyncée, Castor, Pollux, Orphée et unt d'autres héros Qui trimèrent (2) pincer la toison à Colchos, Dans le navire Argo, pendant leur long voyage. Inventèrent entre eux ce sublime langage
Afin de mieux tronpper le roi Colchidien Et que de leur projet il ne soupçonnât rien.
(1) L'entendait à merveille.
(2) Allèrent péniblement.
ACCÉPTfpN FIgURÉp pU MOT }.ATIN. 7i
Après que la toison fut par eux enibat^ (|.)^
Jason, à son retour, rapprit à sa Médée,
Qui depuis s*en servit dai^s ses encbantemens.
Hercule en ses travaux remploya fort longtems ;
Thésée en ses exploits, Orphée en sa musique
Avec iitilité le giifeq^ en pratique.
EnGn tous les doubleurs (2) de la riche toison,
De lepr navire Àrgo lui donpèrent le nqn}.
Amis, voici quelle est son étymologie.
(Cartouchef ou le Vice puniy chant X, p. 74.)
J'en sais beaucoup qui , pour être signées de noms académiques, ne valent pas mieux ou valent mojps. J'aime autant faire venir argot du navire Argo et (|es Argonaute^, que avec de ab usgue cum , et de tintijjnabulum, clarinette.
Voici quelques recherches en faveur des esprits plus difficiles à contenter, de ceux, dis-je, qui ne jurent pas sur la parole du maître.
Aussitôt qu'upe langue vulgaire commença de s'établir dans les Gaules, elle y fit des progrès rapides, et le pur idiome des Rodiains perdit autant de terrain qu'en gagnait casque jpur n4iomfi ïipuvej^u. Dès lors toute langue étrangère, barbare, inintelligible, s'appela du latin. Ce mot s'appliqua durant tout le moyen âge au ramage même des oiseaux , au cri des bètes spuy^$ et domestiques :
Lî oisiaus dit en son U^in :
Entendez^ fef il à ^on lai.
(Le lai de V oiselet.)
(1) Enlevée de force.
(2) Voleurs.