‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 29 sur 98 · FRUITS SECS · texte numérisé non relu

FRUITS SECS

venaient aussi chercher leurs lettres éclatent de rire» Il faut savoir que les Napolitains ne peuvent souffrir ni l'accent ni le dialecte calabrois, très-indulgens d'ailleurs pour tous les autres. Les polissons des rues qui avaient entendu le dialogue des deux abbés s'attachent à leurs talons et les poursuivent de cette question : — Hé bien, don Nico, est-il arrivé des fruits secs? Les abbés se fâchent ; les polissons redoublent d'insolence, et leur nombre s'accroît : tumulte, combat à coups de poing, à coups de pierres. Enfin les abbés, voyant qu'ils n'avaient pas beau jeu, parvinrent à s'échapper; mais ce fut miracle. Le lendemain, pendant plusieurs semaines, plusieurs mois, les gamins, chaque fois qu'ils rencontraient un abbé, le suivaient en l'appelant don Nico ou fruits-secs. On en fit des chansons qui coururent la ville ; ce fut une véritable persécution. Don Nicolas et fruits-secs sont restés comme deux expressions syno*» nymes pour désigner un abbé de triste figure. Nous avons voulu sauver la mémoire de cette véridique tradition en faveur des don Nicolas et fruits-secs à venir ; afin , lorsqu'on leur adressera cette injure proverbiale^ qu^ls en sachent au moins l'origine qt se rappellent la mésaventure des deux abbés, leurs devanciers. Cette note servira aussi poiir l'intelligence de quelques passages dans les comédies de ce tems-là (1). »

Je reviens à ce que je disais tout à Theure , qu'on doit toujours écrire dans cette locution fruits - s«ct

t^) Vocaiolarib del dicUetto napoletano, an mot Pacche

(JN FRiJlTd-SÊCS. 87

au pluriel : &est un fruits-secs , parce que Tidée , aBrégée par l'expression , est : c'est un élève voue au commerce des fruits secs. Le substantif qui porte le singulier est caché dân$ rëllipsë, et 18 pbrase s'achève régulièrement au pluriel. Par la inôm« raison Ton doit dire : Ce sont des garde-nationale, des hommes faisant partie de la garde nationale ; le substantif qui porte le pluriel est caché dans l'ellipse. L* Académie pourtant veut qiî*on dise un garde national, des gardes nationaux. Pourquoi f qu*est-ce que ce garde a de national ? il appartient à la nation comme tous ses compatriotes : pourquoi lui faire une épithète distinclivé d'une qualité comitiutie ? Mais dire que cet homme, ce citoyen, ce Français fait partie d^une garde qui est nationale, et non étrangère, composée exclusivement de Finançais, de la garde nationale enfin, oh ! c'est une àiitre affaire et un autre sens.

En Il3â5 , lorsque l'Académie &t paraître son Dictionnaire, il existait un journal appelé le National. Je ^ùp^ô^e un académicien quelconque voulant acheter cinquante exemplaires d'un numéro où l*on aura parte dé son livre avec éloge. Âurait-il dit : Donnez-moi cinquante nationaux de ce matin ? Le garçon de bureau lui eût ri au nez.

Cinquante gardes nationaux est absolument la même chbse. ùàrdes nationaux renferme un solécisme de geùre, lé masculin pour le féminin, et un solécisme de nombre, le pluriel pour le singulier. Dans le tems qu'on parlait français eri France , ésl-ce qu'on disait

Page 1