RÉPONSE
Monsieur, Tallemand n'est pour rien dans le dicton que vous cherchez à interpréter; ie mot chage me parait une corruption de charge. Ce grasseyement est le vice de l'organe français, et les exemples en fourmillent. Les manuscrits du moyen âge vous les offriront par centaines : gmon pour garson; — amure pour armure; — paler ^our parler; — ie verbe ardre fait, au participe passé, arsi, brûlé : rue des Arsis; toute la Picardie prononce encore asi : — Cela sent /'asi; ma robe est a6ie. Cet asi est devenu du patois, mais vous prononcez en bon français palsembleu ! au lieu de par le sang bleu {bleUy bieu, par euphémisme pour Dieu), On ne disait pas des perles; on disait et l'on écrivait le plus souvent des pelles : « Item, un .» estuy à corporaulx tout ouvré de pelles. » — ^ Les » entrechams de grosses pelles fines. » {Inventaire de la sainte Chapelle, de l'an 1363, dans Du Cange, sous Chasto.) On écrivait varlet, et l'on prononçait valet; nous avons depuis conformé l'orthographe à la prononciation. Lorsque, dans les Variations du langage français, j'émis celle proposition, jusqu'alors inouïe, qu'on ne prononçait pas jadis deux consonnes consécutives, quel scandale ! quels cris! quelles risées! Entre autres argumens, un critique s'amuse à orthographier des phrases d'après ce système; et comme celle orthographe lui semble ridicule, il en conclut que la proposition est absurde et le livre impertinent.
h R FINALE SIPPRIMÉR.
C*est le plus fort logicien à qui j'aie eu affaire dans cette querelle. Je me souviens qu'il tirait surtout un parti admirable du moi pour ^ quil avait soin de figurer />a2/. Ce critique ne connaissait pas renseigne de ce cabaret du parvis Notre-Dame, laquelle disait en rébus : « Aux sonneurs pour les trépassés. » On y voyait un os, un amas de sous censés tout neufs, et des poulets morts :
« Os sous NEUX POULETS TRÉPASSEZ (1). »
Mon critique ne connaissait pas davantage cette inscription qui se lit sur une clochette de bronze gravée dans le Bulletin des comités historiques (janvier 18&9, p. 2&) : — a Ceste gloohete est faicte des biens de l'hostel Diev pov les habitams de la ville de Poix. » Ni ces vers de Baudouin de Sebourg :
Pou ramoor de mon père qui fat de bonne part.... ^ (Chant XYIII.)
Pou cause dou lignage i ot de mort garant....
(Chant XX, p. 249.)
ni une foule d'autres exemples. Qu'importe? sa plaisanterie Tut trouvée spirituelle, charmante, adorable, et fît plus contre ma doctrine que l'avalanche de raisonnemens pédantesques sous laquelle d'autres s'efforcèrent de l'ensevelir. « Ainsi vit-on chez nous autres Français. »
Le latin même (le latin du moyen âge, s'entend) témoigne de cette horreur de la double consonne dans le langage parlé. Voyez seulement Du Gange, au mot Pallamentum pour parlamentum, parlement.
(1) Voyez les Bigarrures du sieur des Accords.