GHAGE CORRUPTION DE CHARGE
Si j*insiste sur ce point, c'est d'abord qu'il est trèsimportant pour l'étude de notre vieille langue ; c*est ensuite que j'y appuie toute l'explication que vous souhaitez. En effet, ce mot étrange, ce mot chage^ dont vous cherchez la racine dans l'allemand jàgen^ je tiens qu'il n'est autre chose que le mot charge^ du verbe charger ^ et qu'il faut entendre :
Qui cïiaTgt braise Cherche son aise.
Braise est ici dans son acception usuelle, et non dans l'acception locale d'herbe sèche. Celui qui charge braise, que fait-il? Il fait acte de prévoyance, il se précautionne contre la mauvaise saison, il montre qu'il ne veut pas se laisser atteindre du froid, mais au contraire passer l'hiver à son aise au coin d'un bon foyer. Et le jeune homme pauvre qui se charge d'une vieille femme riche? Cela parle de soi. Quant au rapport entre la braise et une vieille amoureuse, il n'est besoin de l'expliquer. L'ironie populaire fait donc une application aussi maligne que juste lorsqu'elle chante à ce jeune marié :
Qui charge braise Cherche sou aise*
Sans métaphore : — Jeune homme qui prend une vieille femme ne songe qu'à son intérêt.
Voilà, monsieur, l'explication qui s'est présentée à moi en lisant votre lettre; je désire qu'elle vous satisfasse. , /
12 QUI qu'en ait, locution imaginaire.
complément. Dans qui qu'en ait, avoir est verbe actif, il lui faut un complément direct ; où est-il?
A-t-on jamais dit en avoir absolument, isolément, pour signifier être fâché? Jamais. Peut-on supposer un dialogue comme celui-ci : — Que pensez-vous du discours d'inauguration de monsieur un tel? — Ah! j'en ai.... Pour trouver un sens à cette réponse, vous seriez * obligé de sous-enlendre assez.
Il m'en coûte de le déclarer, mais je ne veux pas vous tromper directement ni indirectement. Je le déclare donc : le prétendu gallicisme qui qu'en ait en réalité n'est qu'un logogriphe de fabrique moderne , aussi obscur à l'esprit que blessant à l'oreille.
Ici une réflexion me vient en pensée : N'auriez-vous pas, monsieur, voulu vous amuser et me mystifier avec un passage con trouvé? Je suis à la campagne, loin de Paris, et hors de portée de rien vérifier. Quelle apparence que M. Paris ait servi à son auditoire qui qu'en ait pour une locution de notre vieille langue, et ce précisément dans' un discours d'ouverture du cours d'histoire de la langue française! Il y a là une difficulté presque matérielle.
Autre difficulté, celle-ci toute morale : ou ces mots « qui qu'en ait et qui qu'en grogne » sont uiïe allusion, ou ils tombent des nues et ne signifient rien du tout. La dernière supposition ne soutient pas l'énoncé : ce n'est pas un savant comme M. Paris qui écrit pour ne rien dire. On lui reprocherait plus justement de vouloir toujours faire entendre au delà de ses paroles. Mais