GUÊTRES
de Carthage et n' avons-nous pas conquis l'Algérie î L'espace Ôte le sentiment deâ distances, le gage qu'a^ vailt deux mille ans, Ënée et le maréchal Bugeaud seront devenus contemporains.
T GtÉTRES. — L'exclamation douloureuse aye ! aye ! n'appartient pas à telle langue tli à tel pays : elle est dani^ tdus les gosiers humains. Les Latins l^avaietlt tiotée ^aSy les Italiens modernes la figurent guai I et ce gémissement est devenu la racine des mots puaioso » ffiuziteroso. Mais nous n'avons que faire d'aller à l'emprunt chez les Italiens : l'exclamation gtiai î se rencontre bien et duement écrite ainsi dans un texte de la première moitié du xn* siècle (sinon du xi*)î dans les Moralités sur Job : « Guai al pecheor entrant en la » terre par dous voies !» (A la suite de la version des Rois^ p. 494.) Guai a formé l'adjectif gimtreux ou chaytreux :
Or, m'est viS) tornez est à gwH,
{Mystère d'Adam^ xii* s.)
Jaccjùes Bourgoing, conseiller de Henri IH, qui {iùi)lia sort livre en 1583, mentionne l'un et l'autre (1). Trévoux : « GaîtreudCy vieux mot français qui signifiait liti » patlvfe ou misérable qui se plaint de ses douleurs ou » de sa nécessité. On dit encore en (Jtlëlqiieé lieux » chaitreux en la même signification. » ftabelais, dans l'ancien prologue du livre IV* A^ Pantagruel, racontant
(1) De origine et i«5l« tml^arHim voeum^ p. 57, verso.
\é furieuse bataille des geais et des pies^ aou^ apprend que ce « vieUK otide^ nommé Frapin..., Avoit ung gay % en délices à cause de son babii..., et le nommoii;,^6 » foitrou, 3> Le Duchat prétend qde gùitrtm vient de guiturosus , à caUse du bruit continuel que faisait cet oiseau avec son gosier. Mais guttvrosuà est un mot inventé par Le Duchat pour le besoin de son commentaire. J'estime que Le Duchat se trompe y et que foitr^tix est ici le même que guaitreux (i). L'oncle Frépin avait surnommé son geai le misérabley le dépe^ naillé. Et le sobriquet se trouva d'autant plus juste ^ que le goitroUx s'étant sauvé de sa caige^ qu'il romr fit en furie martiale pour prendre part à la mêlée, c trois jours après retourna tout pallebrené et fasché » de ces guerres, ayant un œil poché. » Eh bien^ les guaitres (c'est comme écrivent Bourgoing et d'autres de ses contemporains) nous viennent des guaitreux. « A Guaitreux ergo Guaitres^ socci humiliores, non » usque mendicantium, ad humiie quodvis opus e lela » coriove, tibiallbus superinductii. » {De orig. et usu vuii^. me., p. 68.) Quand les paysans, les {jauvre&gèns avaient à faire quelque ouvrage trop sale et grossier, ils garantissaient leurs bas avec une enveloppe de toile ou de cuir. C'est ce que font encore les ouvriers en général ; seulemetit ils ile se bornent plus aux jambes : ilà âe garantissent jusqu'à la ceinture par un second pantalon de toile blanche ou bleue. Telle est l'origine des guêtres , que Ménage dérive du mot vastroe^
(1) BiMè et Iti<d0; — croir0 et crtJm i-^-freid eifraii, ttt.
inconnu à Du Gange, et probablement au reste de Tunivers. Trévoux préfère tirer guêtres du bas breton gueltrùu ; il ne voit pas que gueltrou est la traduction à peine déguisée du français guêtres. Les bas Bretons disent aussi heuzou^ et pour mettre des guêtres, Aet/za« Il n'est pas besoin de beaucoup de pénétration pour reconnaître dans ces mots heuse^ housêr, houzeaux.
C'est encore à l'italien gum que Jacques Bourgoing rapporte l'origine du vieux français quayment^ un mendiant. Nous gardons encore le verbe quémander^ dont la première forme était guaimenter, se lamenter : « Survint un caymant avecques une jeune femme » muette , laquelle ledit caymant dist estre sa femme » espousée. » {Lettr. de rémiss, de lâOO.)
Dans la Passion de Jésus-Christ^ monument précieux et authentique du x* siècle (1), on trouve l'interjection guai! et le verbe composé guaimenter :
Hierusalem, Hierusalem!
Guai te, dis e1, per tos pechet!
(St. 14.)
« Jérusalem , Jérusalem ! malheur à toi {vœ tibi)^
dit-il, pour tes péchés! »
Femnes lui van detras segoen ; Ploran lo Yan et gammtan,
(St. 65.)
« Femmes vont le suivant derrière; vont le pleurant et lamentant. »
(1) M. ChampoUion Figeac Ta publiée le premier. M. F. Diez en a donné, ï. Bonn, une seconde édition de beaucoup préférable.