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conscrit, c'est le plaisanter, le tourmenter, rhumilier par toute sorte de caprices, d'exigences, d'insq^encfii auxquelles il doit se soumettre, car elles prostituent If^ droit et le privilège de Vancien.
Pour dpcoi|vrir Torigine du sens niétaphoriqpe , il faqt avant topt rechercher le sens propre.
On lit dans le Cours complet d'agricultw^ de Bosc : <i 6aiv$ ou Tacqné. Lorsque après une petite pluie, » un fort soleil se montre , les gouttes d'efiu restées » çur les grains de raisin s*éch^u^en(, et la peau i pet » epdroitse brûle ,$^ ^phacèle. Il en résulta des taches » qui s'opposent a la croissance ultéri^qre de ce$ grains )> et nuisent à la bonne qualité du vin. »
Voilà donc ce que c^est qije h 6^W» substantif. Voyons si npi^s ne pourrions pas reucqntref qui^lqup part le verbe lui-même.
Dans le Roman du châtelain d^ Co^çy., \^ héfos du poème ayant passé la nuit en pleiu m ppur Attendre up rendez-vous ,
Du froit 7 souffri grant markire, Car en œl Jour la matipé^ Estoit gresilliée et brimée (1).
(Page 209.)
Cela veut dire qu'il avait gelé blanc, qu'il avait fait un de ces brouillards glacés qui grillent ou grésillent l^& feuilles de la vigne , par exemple. Le mPt propre
(i) Je D*hé8ike pas à lire brimée au lien de rimée qoe porle le texte
pour exprimer cet «fitet, c'est prouir^ broiiissufe^ dpnt l'étymologie manifesta e$t Ip Utio pruina.
Longa prolnofa frigora nocte pati.
(Oyidb.)
C'est ce qui était arrivé au pauvre châtelain de Coucy : il avait été brimé. Et brimer n'est Qu'une autre forme de bruiner^ P^o\tiT'
Le passage du sens propre au sens métaphorique est facile à saisir. Sur quoi j'admire deux choses : d'abord la justesse et le pittoresque de celte figure ; ensuite comme les mots se conservent purs dans des recoins de la langue où personne ne va regarder. C'est apparemment quelque fils de vigneron qui aura apporté brimer à l'école de Saint-Cyr ; ce n'est pas cela qui m'étonne, mais l'instinct avec lequel ce mot expressif a été adopté tout de suite par les autres élèves qui ne le connaissaient pas.
Je remarque que , dans le vieil anglais , brim est un adjectif qui signifie sévère, fier, horrible :
6f Içful sbrieks pf ghosts are beard most brm.
(Sackyille, Induction,)
€ On entend avec horreur les cris lamentables des rfiveni^Dfl. »
Je note ce rapprochement pour quelque analogie toute fortuite du sens, car il n'y en a aucune d'étymo- Ipgie. Robert Nares, dans son glossaire, dit que brim est un mot saxon.
10& S*EXBI6NER.
I S'EXBiGNER. — Terme du vocabulaire du peuple , sans équivalent dans le Dictionnaire de l'Académie. Désaugiers Ta employé dans le pot -pourri de la
Vestale :
Air des Tremblewrs.
Les cris d'ia belle évanouie Donnent Talerte à Tabbaje Qui «^réveille toute ébaubie, Et l^amant, qui s'sent morvenz, Voyant qu'on crie à la garde, S'exhigne en disant : Si JUarde, Si j'm*amuse à la moutarde, Nous la gobons tous les deux !
La bigne est une sorte de pioche ; diminutifs, binette et bignon. De cette racine viennent les verbes biner^ rebiner ^ esbigner^ c'est-à-dire tirer de terre , arracher avec la bigne. S^exbigner, métaphoriquement rapere se e conspectu, s'enfuir. Mais s'enfuir est loin d'avoir l'énergie de s'exbigner.
Ce mot est donc de très-bon français en droit. En fait il n'est pas du français canonique , oflGciel. Pourquoi?. . . Pourquoi l'Académie l'a-t-elle repoussé ? Parce qu'il vient du peuple. C'était presque une raison pour le recevoir ; c'en était une au moins pour l'examiner avant de le proscrire.
Pourquoi l'Académie, qui donne biner et binage^ ne donne-t-elle ni binette ni rebiner ?
Que dirait-on d'un professeur de logique qui tantôt admettrait les principes en repoussant les conséquences, tantôt proclamerait les conséquences en refusant de reconnaître les principes ? C'est pourtant ce que fait
ÇAMON. 105
l'Académie à Tégard des racines et des dérivés. Il existe peu de livres aussi illogiques que son Dictionnaire.
Le patois napolitain conserve s'exbigner^ qui sans doute lui a été porté par les soldats français. € Sbigna (dit le Vocabulaire napolitain de 1789), partir, andar via^ fuffgire. » Vous trouverez ce mot employé à chaque instant dans \e Pentamerone du comte Basile : < Renza
» disse ca se ne sarianno sbignate 'nsiemme. »
( Lo visa.) — « Laurence dit au prince qu'au lever de l'aurore, ils s^exbigner aient ensemble. »
Mais comment exiger que l'Académie nous mette à même d'entendre Désaugiers , quand elle ne fournit pas même les moyens d'entendre toujours La Fontaine et Corneille !
1 Çamon. — Je crains d'avoir mal expliqué ce mot dans le Lexique de Molière , où je prends mon pour une transformation du latin nt/m, au sens de n'est-ce pasy affirmatif.
Voici mon opinion d'aujourd'hui.
Mon représente à lui seul toute une phrase : C'est mon avis. Souvent on se bornait à dire c^est mon^ et l'on a encore réduit cet abrégé en disant mon tout court.
La formule est normande. Les Normands disaient avis ou viaire {visum). Je tire les exemples suivans de la Chronique des ducs de Normandie :
Ne me (ai avis ne viaire
Que J*en deosse autre rien faire...
IM ÇAMOM.
lf«is ne nous est pas à viairf Que...
Sire, fait-elle, ce m*est viaire...
C'en est lo mieux, ço m'est viaire...
Ainsi voilà la formula fipprobf^tiy^ pu §p^mat)vn : (T^f mfm Qvisy c'est mon.
Çqfnon est cpmposé de trpi« mo^, i;e a u)^, ^f^m l^squeU il faut isoler le dernier qui, je le répète, ppnr i|titue seul toute une phrase.
Prenons des exeipples pq^r ètrp ^\^^ e|air.
Si Ton disoit en oyant en sermon,
1\ a bien djl, Je respondfois i C4 a, fvipii.
(^e Miroir de VAm^ péçhoresfçi.l
J'écris ce passage avec une virgule : Ce a, mon.« Je répondrais^ il a fait cela, il a bien dit, mon, c'est mon avis, assurément. »
< — Dame, dist li sires, il a fet moplt bêle nuit annuit, et moult clere ! — Certes, sire, ce a, man^ fet, ce dist la dame. » {Roman des sept sa^es^ p. 57.)
a 11 a fait cela, une nuit tràs-belle et très-claire, mon, c'est aui^si mon avis. » La dame pouvait répondre tout simplement camon.
Autre exemple, celui-ci avec négation :
Ta suer n'a mie peliçon.
— En nom Dieu, mère, ce n'a mon.
(Mêoh, Noiweau reçueU^ I, 805.)
« Ta sœur n'a pas de pelisse. — Ma mère , elle n'en a pas, monj certaji^c^mefit. »
ÇAMON. iOf
iBsensibleipent çamon est devenu un mot unique , indivisible, servant à l'aifirnialion :
Vez, voici le plus hardi home Qni soit d'il lande jusqu'à Rome, Il d pluq de PMer qu'un iioQ.
Et cil respondeot que ce a mon,
(MÉON, Nouveau recueiU I» 253.)
11$ fépendent que çamon. Ils répondent qnf» ç^ ^ hw, qu'il avait un cœur de lion, à leur avjs ; ip^in f)n 1)9 tien^ plus cQmpte de l'analyse de la locution : cette iQCUtian e^t faite, on s'en s^rt telle quelle. Nous fimn$i de même : Voici, memeur$..., lorsqi^'il fftudrmt, POUP l'^^aqtitud^ ^^ la syntaxe, Voyez d, messi^Mfs.
Les enfans , les geqs (1m peuple font d.^ ^'H vçm plaît un adverbe : « Hé, Jean ! prête-moi ton couteau, «'|7 vqM9 plmt ? ? Les gens lettrés sp mettpn|i | rire. Ui) aca4émicieD dira à ses confrères , ep levant }e§ épaulas : « Yoilàf r^essieurs, le langsige atj^Vjrde de pe; pauvre^ ignorans ! ]Majs pqps !... :^
Encore un exemple, pour montrer que ce a ne se Uq pa$ ftvec mw, me^is se r^pppf te à Vidée prépé4PWI^^nt exprimée :
Ha, qro Pieu, eom Oq $ii9r fia
Te devQps bien glorifier!
— Par foy, dame, ce devons, mon /
{Th, du moyen âge, p. 264.)
Nqhs (Ipvops pelçi, te biep glprifler; rr^on^ certainement , c'est mon avis. Il faut dona épH^^ h cf^^
108 FAIKE LA BÉTË À DEUX DOS.
Mon est donc en fait notre adjectif possessif descendu à la condition desimpie particule afiSrmative , et cela par suite d'une ellipse méconnue elle-même. Il y a bien des mots dont la fortune est ainsi déchue ; je ne citerai que le participe passé du verbe ouïr^ qui depuis un tems immémorial fait le service d'adverbe. Jusqu'au xvi' siècle on lui conservait du moins ses deux 3yllabes, témoignage de son véritable rang; maison lui a supprimé jusqu'à ce vain souvenir de sa noble origine. Ce sont les poètes qui ont consommé sa dégradation. Le jour n'est pas éloigné peut-être où entendu^ convenu, conclu^ et autres semblables seront aussi relégués parmi les adverbes et méconnaissables à l'œil même des grammairiens académistes.
T Bête a deux dos {Faire la). — Voltaire a mis une affectation maligne à reproduire le passage où Shakspeare emploie cette expression ; il y revient chaque fois qu'il s'agit du théâtre anglais et de ceux qui l'ad* mirent :
' < Nous ne pouvons trop nous plaindre que le traduc-* » teur nous ait privés avec la même cruauté des plus » belles scènes de VOthello de Shakspeare. Avec quel » plaisir nous aurions vu la première scène à Venise » et la dernière en Chypre ! Un Maure enlève d'abord » la fille d'un sénateur. lago, ofiBcier du Maure, court » sous la fenêtre du père : le père parait en chemise » à cette fenêtre.
» — Têtebleu ! dit lago, mettez votre robe , un