‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 37 sur 98 · Â LA BOUCHÉE MAUDITE · texte numérisé non relu

 LA BOUCHÉE MAUDITE

commis sur la personne du frère du roi. Or il était bien réellement Tauteur du crime. Je citerai les vers de Philippe Mouskés. Godwin dit au roi :

Bien sai qae vous me mescréez De vo frère qui fu tués.

Biais trestout aussi voirement Puisse Je manger sainement Cest morsel de pain que Je tien, Que par eflTort ne par engien N*eus coulpe en la mort de vo frère.

Lor saina li rois le morsel De cuer et de proiere douce.

Et li quens le mit dans sa bouée, Et fut erranment étranlés, Volant le roi qui tu dalés.

« Je sais que vous m'imputez la mort de votre frère assassiné ; mais puissé-je «valer cette bouchée de pain sans conséquence, comme il est vrai que par violence directe ni par arti&ce je n'y eus aucune part. — Alors le roi bénit la bouchée ; le comte la mit dans sa bouche, et fut aussitôt étranglé sous les yeux du roi. »

Wace, dans le Roman de Rou , raconte la même chose :

Je ne sai combien il dura, Mais Je sai bien qu'il s*estranla D*un morsel que le rois saina A Odibam où il mai^a.

C'est par souvenir de cette coutume (consacrée dans les lois de Canut I") que le peuple dit encore de nos jours, en manière de preuve et de serment : « Je veux c[ue ce morce^^u de pain m'étrangle, que cette bouchée

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