‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 38 sur 98 · LA BOUCHÉE MAUDITE · texte numérisé non relu

LA BOUCHÉE MAUDITE

soit ma dernière bouchée, etc., si ce que je dis n'est pas vrai. »

On se servait préférablement, pour cette épreuve, de pain d'orge; Du Gange déclare n'avoir pu découvrir pourquoi. On y employait aussi le fromage (1). Il y avait des formules d'oraisons spéciales pour cette espèce d'exorcisme par le pain ou le fromage ; Du Gange en rapporte deux.

Il rapporte aussi une anecdote singulière tirée de rhîstoire,de Trêves.

Henri, duc de Limbourg, avait encouru Texcommu* nication , mais il ne s'en mettait guères en peine , et persistait dans tous les déportemens qui avaient attiré sur sa tête l'anathème de l'Église. Un jour, un de ses soldats, garnement de la trempe de son maître, se trouvait avec lui. C'était l'heure du diner ; on met sur table. Alors le duc dit par manière de. plaisanterie : « Va-t'en, sors d'ici, excommunié que tu es! Tu ne mangeras pas en ma présence. — Excommunié ! dit l'autre. Oii, quand , et par qui? Je ne suis ni plus ni moins excommunié que vous ! — Attends , reprend le duc , nous allons bien voir si nous sommes excommuniés et s'il doit nous en arriver malheur. » Il y avait là un chien qui les regardait manger. « Je vais donner cette bouchée à ce chien ; s'il l'avale , nous pouvons nous moquer de l'excommunication ; sinon , gare à nous ! » Il jette la bouchée, le chien la flaire et recule.

(1) Voyez Pu Cangk sous Corsned. Ost le mot anglo-satoû sned, bôtichéei eoffé {e^seà)^ maudit.

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