QUOIQUE, SOLÉCISME. IS
(l'autre part comment admettre que M. Paris, venant prendre possession de ia chaire transformée de M. Quinet, eût débuté par une allusion si transparente au mécontentement présumé de son prédécesseur réfugié en Belgique? Ce triomphe serait d'un goût et d'une convenance bien étranges.
Aussi mon premier mouvement, après vous avoir lu, avait-il été de ne pas vous répondre. Puis est venu le second mouvement, et je vous réponds : 1* parce que, après tout, le passage allégué peut bien exister; 2° parce que les obsei*vations précédentes servent d'introduction naturelle aux observations qui vont suivre et que j'avais sur le cœur depuis longtems. Somme toute, si votre lettre est une niystificatiôn, je vous la mets sur la conscience i et vous voyez que je l'avais éventée (1).
T Quoique. — Dans notre français moderne dont nous sommes si fiers, je dis le français épuré, criblé, vanné, trié sur le volet, le français consenti par l'Académie, un curieux tant soit peu attentif pourrait dépister nombre de locutions qui ne sont au fond que de gros et gras solécismes. Vous les voyez s'épanouir en pleine séance de l'Institut, en plein Dictionnaire de l'Académie, où ils ont surpris le droit de cité ; Dieu sait pourtant que si on leur faisait bonne justice, ces intrus seraient chassés à coups de sifflet. Par exemple,
(1) Ce a^est point une mystification. Nous avons vérifié depuis , le passage se trouve a la page 4 du discours d^oavertttre.
là EMPLOI LÉGITlin! DE QUOI QUE.
qu^est-ce, je vous prie, que la conjonction quoioob ? Il y a le pronom qtioi^ en latin quid^ et le pronom relatif ^ue, en latin qiiod; mais de conjonction qtiai" que y il n'y en eut, il n*y en aura jamais en droit, encore que (et non quoique) l'Académie l'établisse en fait, disant :
« Quoique, conjonction qui régit toujours le sub- » jonctif . Encore que, bien que : Qitoiqu'il soit pauvre ^ » it est honnête homme , etc. (1). >
Gomment deux pronoms rapprochés par récriture peuvent-ils devenir une conjonction ?
Je ne crains pas de dire que c'est là une fausse doc^ trine suggérée par une fausse analogie. Qtm qu'on die est très-bon ; quoiqu'il, gèle est un solécisme : dire est verbe actif; il gèle est impersonnel.
Quoi écrit plus près ou plus loin de qiœ demeure toujours un pronom, et le seul emploi légitime de quoi que est celui dont les vers suivans fournissent Texemple :
Quoi qu*en dise Aristote et sa docte cabale.
Sans la langue, en un mot, Tauteur le plo» divin Est toujours, quoi qu'il fassOy un méchant écrivain.
Quoi que la voix du ciel ordonne de Séïde.
Dire, faire, ordonner quelque chose; quoi repré-^ sente le complément de ces trois verbes actifs. Mais
(1) L*édition de iS14 ajoutait : « Il est de très bonne maison , quoiqu*û ne soit pas rkhe, » A cet eiemple rédition d« lass substitue celui-ci : « Il rêirint, quoiqv^on Veut maltraïUë, »
QtJ0lQt3E ACCtBILLl A TORT PAR PASCAL. 15
par quelle analyse me justifierez-vous quoique dans le rôle de qiuzmvis? « // est honnête, quoiqxje pauvre, »
Vous pourrez fautoriser par des exemples : quoique adverbe ou conjonction se trouve dans Pascal, dans les Provinciales :
« Le bon père dont je souiFre toujours les discours » quoique avec bien de la peine. » (8* prov.)
« Notre père Lamy prouve fort bien cette doctrine, » quoique^ par un trait d'humilité, il la soumette aux » lecteurs prudens. » (7* prov.)
« Et quoique je ne fasse que rapporter et citer fidèle- • ment leurs paroles. » (?• prov.)
Mon admiration pour Pascal et pour ses Provinciales n'est pas douteuse ; mais quoi ! je suis disciple de saint Paul : obsequium vestrum sit rationalnle, et quand une manière de parler choque la raison, fût-elle de Pascal, je la réprouve Eh bien! Pascal en ces endroits parle mal français ; il a eu tort d'accueillir quelquefois une faute de langue qui courait dès lors, mais n'avait pas en sa faveur les autorités dont elle a pu se couvrir depuis. La nature humaine est faillible, même dans le style de Pascal ; c'était à l'Académie à le reconnaître.
Pour Ty aider les bons exemples ne manquaient pas. D'abord celui de Pascal lui-môme, qui se sert le plus souvent de l'expression correcte encore que. Ensuite il y avait le Dictionnaire de Puretière, dont l'édition de 1696 ne fait aucune mention d'un quoique conjonction. Cela méritait d'être considéré, d'autant que