MA CHEMISE BRULE
de la place publique; à la troisième fois, ils venaient se frapper les fesses sur une pierre blanche carrée, posée à cet effet auprès de la chapelle, en disant : a J*ai consumé et mangé tout mon avoir. ; à présent je paie mes créanciers comme vous voyez (1). »
. L'abbé Galiani nous a conservé le souvenir d'une ancienne coutume napolitaine analogue à celle de Sienne. C'est sur le mot zita bona^ corruption pa toise de la formule juridique Cedo bonis. « Nos pères, dit le cynique petit abbé , voulant punir au moins par la honte les banqueroutiers toujours prêts à user du bénéfice de la cession des biens, avaient imaginé un usage bien digne de la simplicité de leurs mœurs. Sur la place du palais de justice on voit une petite colonne; les débiteurs insolvables étaient contraints d'y monter, et là, ayant abaissé leurs culottes, de montrer au public leur derrière tout nu, pendant qu'ils criaient trois fois : Chi a d' avère si venga a pagare. La petite colonne subsiste; la loi qui y fait monter les insolvables subr siste, mais la coutume d'abaisser les culottes n'exista plus. Peut-être a-t-elle semblé immodeste ; peut-être on y a vu une insulte aux créanciers autant pour le moins qu'une humiliation pour les débiteurs. Dans notre siècle de lumières, où l'on a publié tant de beaux livres Sur les délits et les peines, ce serait une question intéressante d'examiner aux sublimes clartés de l'es-
(1) GiROLAMO GiGLto, Diafio sanese. — Voyez aussi Peintures des treizième, quatorzièrne et quinzième siècles, t. 1*', p. 141.
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pril philosophique s*il n'y aurait pas lieu de rétablir l'usage de mettre culottes bas? Déjà il y aurait cet avantage immédiat de retenir les gens trop faciles à faire des crédits considérables , en leur mettant aux yeux par quel procédé court et facile ils s'exposent à être remboursés. » ( Vocabulaire napolitain.)
Le rapport est trop exact pour être un effet du hasard. L'enfant débiteur envers celui qui tient les gages se libère comme le négociant failli se libérait envers ses créanciers. Ces mots : Ma chemise brûle ! sont probablement une allusion à l'état de nudité oii paraissait le triste héros de la cérémonie ; et cette nudité ellemême était une figure du manque absolu de ressources et d'une situation entièrement dépourvue.
Le législateur avait établi d'abord que le failli s'acquitterait par la cession de tout son bien ; mais on ne tarda pas à reconnaître l'abus : il était* trop commode, en effet, d'obtenir quittance de dettes considérables par l'abandon de quelques débris de fortune. Alors on entoura la cession de cérémonies humiliantes , po(ir * mettre le contre-poids de l'orgueil aux entralnemens de la cupidité. Ainsi , en France, celui qui avait fait cession était astreint à porter un bonnet vert. A Venise, le banc du banquier sur la place Saint-Marc était rompu officiellement (d'où vient le mot banqueroute^ banco rotto) ; à Sienne, on avait encore raffiné sur ces inventions par l'espèce de promenade en l'état de pure nature et les autres circonstances que j'ai dites plus haut.