PORTER LES CULOTTES
emparer aura prouvé qu'il doit rester maître et seigneur au logis. — Ma foi , dit Anieuse, j'y consens de tout mon cœur. Mais , si c'est moi qui gagne les culottes , quel témoin en aurai-je? Il faut prendre nos voisins : le père Simon et ma commère Aupais. Je vais les appeler ! — Ah ! mon Dieu ! Anieuse, comme tu es pressée ! lu crois déjà tenir le gouvernement de notre maison! enfin , soit ! »
Simon et sa femme arrivent ; on les met au courant de Taffaire, et, les culottes étant déposées au milieu de la cour, ils prennent place comme juges du camp. Le combat commence ; c'est Anieuse qui porte le premier coup, et « à plains bras^ » en disant : c Vilain, je te déteste ! Tiens ! garde-moi o^ci ! » Hain riposte, en invoquant le Saint-Esprit. Le duel se poursuit de la sorte, et le poète se complaît à le décrire et à compter les horions donnés et rendus. Les époux se prennent aux cheveux , se frappent au visage , le sang coule , chacun fait du pis qu'il peut. La culotte tiraillée s'en va en lambeaux. Cette description ne remplit pas moins de cent cinquante vers , et l'on ne sait à qui reste l'avantage. Tout à coup Anieuse, en reculant, heurte une espèce de hotte profonde qu'elle ne pouvait voir ; elle y plonge et s'y enfonce, les jambes en l'air, à ne [mouvoir plus remuer. Elle crie à l'aide , au secours. <Le mari vainqueur commence par revêtir ses culottes, et dans sa colère voulait abuser de ses avantages ; mais Simon s'interpose, et d'un ton railleur: « Eh bien, Anieuse, as-tu ton compte? en veux-tu encore un peu?