‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 43 sur 98 · PORTER LES CULOTTES · texte numérisé non relu

PORTER LES CULOTTES

J'espère que sire Hain t'a jolimenl rabattu le caquet ? — Ah ! Simon, si je n'étais pas tombée !... Mais tirezmoi d'ici, et Ton verra... — Non, non ! tu ne sortiras pas de la hotte avant d'avoir juré soumission pleine et entière à ton mari. — Comment, diable! et s'il me bat, il faudra que je me laisse faire ? — Entends-tu cette diablesse , Simon , Téntends-tu? dit le bon tailleur. — « Allons, allons, ma commère, il faut en passer par là ou demeurer dans la hotte, à la merci de votre mari ! » Dame Aupais joint ses remontrances et ses instances à celles de Simon, et la triste Anieuse, confuse et matée, abdique toute prétention au gouvernement intérieur, moyennant quoi elle recouvre sa liberté. Ce ne fut pas sans bien des plaintes sur la mauvaise chance qu elle avait eue, sans bien des invectives contre cette maudite hotte ; mais enfin , dit le poëte , Dieu y mit tant de sa grâce qu'elle rie se révolta plus jamais contre l'autorité conjugale, et se montra souple et docile à toutes les volontés de son époux.

Faites-en autant à vos femmes, dit Hugues Piaucèle, si elles ont un mauvais caractère : rossez-les comme sire Hain rossa dame Anieuse ,

Carcil qui a femme rabeste (t) Est garni de mauvaise beste !

Telle est la moralité peu galante de ce fabliau. Mais le combat ne se dénoue pas toujours de même :

(1) Fi^rc, insolente; en italien, rvhesto.

Page 1