‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 44 sur 98 · ISA MÉRITE DBS FABLIAUX · texte numérisé non relu

ISA MÉRITE DBS FABLIAUX

il arrive parfois que c'est le pauvre mari qui tombe dans la corbeille. Dans ce cas-là, on dit que dame Anieuse porte les culottes. C'est depuis ce mémoraUe duel que le proverbe en court par le monde.

On ne publie pas assez de fabliaux ; les savans se sont jetés sur ces masses indigestes de méchans vers , qu'ils appellent emphatiquement des épopées, et dont la moitié ne méritait pas l'honneur de revoir la lumière. Qu'y trouvons-nous , en effet? De fausses chroniques, d'une assommante prolixité, sans esprit, sans élévation, sans intérêt, exemplum ut Garin le Loherain* Qui peut lire cela? L'éditeur même qui l'a copié l'a-t-illu? — Mais les fabliaux vifs, légers, amusans, sont les portraits naïfs des mœurs et coutumes du tems» Ce sont autant d'intérieurs de Rembrandt , de Gérard Dow, de Miéris, où nos aïeux se meuvent, parlent, agissent, vivent enfin. On les voit^ on les entend ; c'est la nature même. Les chevaliers ont du bon quelquefois, mais il faut les choisir. De la vie du peuple, tout platt, ou du moins ititéresse. Pas un détail qui n'ait son prix 6| ne contribue à éclairer l'ensemble d'une époque. Si le goût, l'élégance, la modestie reçoivent dans les fabliaux plus d'une atteinte, en revanche l'ennui ne s'y glisse jamais. C'est un grand point \ L'esprit français qui les vivifie , le sel gaulois qui les assaisonne me semblent bien préférables à la pesanteur de ceft prétendues épopées. Nos fabliaux ont fait les délices de l'IlUfope entière : Pétrarque, Boccace et TArioste en étaient nourris; après eux^ Molière et surtout La Fontaine

POULETi PORTBR UN POULET. 116

y dut fait d'excellentes trouvAilles ; si hous essayions aussi d*y goûter?... GondusiDti : Publions des fabliaux, lisons des ftibliaux.

f Poulet. Porter un poulet.

• 0e porter un poulkt Je n^ay là saffisance.

(Regioer, Èài, m.)

Saumaise dérive poulet, billet galant, du latin polypHcum^ qui signifiait chez les anciens des tablettes composées de plusieurs feuillets. Ainsi le volumineux polyptique de Tabbé Irminon serait un poulet. Ménage ne pouvait manquer d'adopter cette belle étymologici digne pendant de celle de poltron, a pollice truncato^ du même auteur.

Furetière, qui avait plus de bon sens et moins de pédanterie , dit qu'en pliant ces lettres , on y faisais deux pointes semblables à deux ailes de poulet.

L'étymologie de Furetière est gentille, celle de Saumaise est absurde ; toutes lés deux sont fausses. Où Furetière a-t-il appris qu'on fit deux pointes en pliant ces billets ? Il le devine, et cela suffît pour qu'il l'affirme.

Suivant ^a Monnoye , ce mot n'aurait été d'usage que de 1610 à 1670 tout au plus ; mais Le Duchat, sur le vers de Régnier, corrige très-bien La Monnoye en notant deux passages des Mémoires de Sully : Henri IV disait, en 1597, que M"^ de Guise aimait bien

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