‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 60 sur 98 · LE DRAPIER · texte numérisé non relu

LE DRAPIER

a vingt et quatre soiz chascunei Lef six neuf frans.

PATBLDf.

Hen ! c*est poar «oa ( Ce sont sii escas?....

Neaf fr^ps m'y faul^, op six tstiu».

Qu'en fut-il ? — Il en print six aulnes De neuf frans

• El me dit que j'allasse querre Six escus d'or eo sa maiiop.

Mes neuf frans ne sont point rendus

YQilqt donc trois valeurs équivalente^ : six aunos à 9A sous , six écus , neuf francs. Gela est biisn c^air : r^pp vaqt 24 sous, et le franc 16 sous; total, ik^ ^ous.

Itlainten^nt prenons les |.ables des monnai^^ (]e Le- |)|anc, complétées dans Du G^nge ; cbjsrcfioqs à qu<sl|e ^|ite correspondent ces valeurs sjqaultapée^ : je trouvp fmp c'est ^u fègne du roi Jfpan, 4e rfi^nnép 4356 4

]4^is VI. Magifjn soulève une objectioq : « l^éçt^ Qouf rpr)pé, (\Qnl ij est si souveijt question (}§P3 1^ pièce, » n'a commencé d'être frappé que sops }e r^gPP i\p ^Çh,irtgsVI,.eB4384.^

A QUELLf: DATE FIT JOLK PATKUN. 2Q7

Si M. Magnin n'a que ce motif de descendre Tonvrage au règne de Charles VI, je le prie de relire attentivement le Patelin : il n'y trouvera pas écrit une ^eule fois )e nom de Técu couronné, c'est toqjpurs Vécu d'or. Il né faut pas confondre !

L'unique plissage qui ait pu induire ^n erreiir |f . S(§*

gnin est celui-ci. Agnelet dit à Patelin, en le priant (Je

se charger de sa cause :

Je ne vous paieray point en solz Mais en bel or à la couronne.

Mais il ne s'ensuit pas qu'Agnelet veuille parler ici de l'écu couronné : la couronne était empreinte sur de la monnaie d'or avant l'écu couronné de Charles VI , avant 138A. J'en citerai deux exemples, que chacun peut facilement vérifier : les deniers d'or à la couronne, de Charles IV , gravés dans Du Cange , tome IV , planche 7, n' 26 ; — et les deniers d'or fin à la couronne, frappés sous Philippe VI, en 1340. Ils sont gravés planche 8, n* 6 (1).

Eh bien! en 1356, sous le roi Jean, Agnelet pouvait penser à ces deux sortes de deniers lorsqu'il promettait à son avocat de le payer en bel or à la couronne.

Voilà sommairement mes motifs et mes moyens d'appel contre la sentence de M. Magnin. Il m'importe de montrer'que si mon opinion est erronée, elle n'était pas du moins irréfléchie.

J'ajouterai encore un mot. J'ai examiné avec une

(i) Voyez le Glossaire, an mot Moneta. Il avait été émis aussi des couronnes â^or en 13S9.

208 A QUELLE DATli FLT ^OUÉ PATELIN.

égale allentioii. la valeur des mûnnaies citées au chapitre XI du Petit Jehan de Saintré, dont l'aclion se passe , sans conleslalion possible, sous le roi Jean (1) : ce sont les mômes monnaies que dans le Patelin. Pour aujourd'hui je me borne à cette simple assertion. Or le Petit Jehan de Saintré est signé et daté par l'auteur lui-même : Antoink de la Sale, 1459.

J'en conclus que l'exactitude dans les petits détails historiques n'est pas une découverte ni l'apanage exclusif de l'école moderne; qu'avant nous, — je paraîtrai bien paradoxal ! — '• on s'est donné la peine de faire des recherches et d'observer le costume , et qu'enfin celte couleur locale dont on est si fier depuis Walter Scott était connue et pratiquée en France dès le XV* siècle. L'art est aussi vieux .que le monde : il ne s'agit que de le reconnaître sous les difl^érentes modes des différentes époques.

Pareille difficulté m'a été faite sur la date que j'assigne à une autre composition du moyen âge. Pareille, non ! Il s'en faut bien que celle-ci ait été mise en avant avec le bon goût, la bonne foi, la sincérité désintéressée de M. Magnin. Je me vois cependant forcé d'y répondre, à cause de la position scientifique de l'auteur de cette critique. Il y va de l'intérêt de la vérité ; Thisloire est mise en cause. Il est bon aussi que le public voie de tems en tems à qui il a affaire.

(i) Voici le débat du livré : « Ou tenu du roy Jehan de France, « flis ainsné du roy Pbelippes de Valois, etc... »

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