‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 64 sur 98 · RAOUL DE CRÉQUY · texte numérisé non relu

RAOUL DE CRÉQUY

Créquy : de cette façon la critique devait être dépistée ; car si vous trouvez un mol trop vieux, M. M... de R... répond : C'est Barbe ; si vous le trouvez trop jeune : C'est Rose. Cette ingénieuse invention est renouvelée encore de M. de Vanderbourg. M. Michaud, rendant compte dans le Mercure de 1803 des poésies de la fausse Clotilde, pour lesquelles il ressent l'enthousiasme de la foi la plus ardente : — < L'éditeur nous apprend que » Jeanne de Vallon, une des descendante de Clotilde, » se proposait de publier les œuvres de son ayeule. » Jeanne de Vallon vivait au siècle de Malherbe, et l'on » est fondé à croire qu'elle avait rajeuni quelques » expressions de Clotilde. »

M. de Vanderbourg avait inventé aussi M. de Surville, fusillé au Puy en Velay en 1797, lequel, « dans une lettre à sa femme, écrite une heure avant sa mort, exprimait encore le regret de n'avoir pu enrichir notre littérature des œuvres de Clotilde. » M. M... de R.«. fait intervenir pareillement le poêle Sedaine.

Oii sont les manuscrits originaux de Clotilde ?

M. DE Vanderbourg. Hélas ! ils ont été brûlés en 93, avec le chartier de la famille de Surville !...

Où est le manuscrit original de Barbe de Verrue î

M. M... de R.... Hélas ! il est inconnu, et je crains bien qu'il ne se retrouve jamais!...

M. DE Vanderbourg. Mais heureusement M. de Surville en avait une copie !

M. M... de R... Mais, par bonheur, on en avait envoyé une copie à Sedaine !

VSa bB LA BORNE rot.

JBn DUOi Et c'est sur cette copie que nous impri^ kndtis.

Mais pourquoi Sedaine plutôt qu'un autre ? Oil diable «BtH)n allé chercher Sedaine ? — Ah ! il y a id an petit Inérite de calcul qu'il est juste de mettre en relief, (iedaine a fait Richard dasur^e-ldûtï et Aucassin tt Nitokîît d'après de vieilles chroniques ; il semblera naturel qu'il ait songé à un Raoul de Créqwf d'après une dilronique semblable. Cet opéra de Raml de Créqwy a même été fait par Monrel, musique de Dalayrac. Vous verrei que Monvel aura eu connaissance du do^ fsument communiqué a Sedaine , dont celui-ci n'avait -pas fait usage, n'importe pour quel motif. Ces menues circonstances, qui n'ont l'air de rien, disposées habilement autour de la fraude , lui prêtent un merveilleux air de sincérité et la font valoir comme une guirlande de persil relève une pièce de bœuf. Et pourtant qu'est-ce après tout que ce persil ? un leurre, un mensonge.

Je conseille d'imprimer le poème de Raoul de Créquy à la suite des Mémoires de la marquise de Créquy. Ce sont deux pièces d'une authenticité pareille , et qui font également honneur à notre littérature.

L'histoire de cette mystification serait incomplète sans la lettre suivante, parvenue sept mois plus tard à Y Illustration. Cette publicité est aussi une satisfaction due à la personne dont le Bom a été É\ étrangement compromis par M. M... de R...

RAOtL ^Ë CRÊOUY. SSS

m StMibouig, 5 février 18»3»

» Monsieur le Directeur,

» J*ftpprends avec un profond étonnement, par un article dé M. Oénin publié dans votre numéro du 8 Juin 1853, les faits suivans :

» i** Que le journal belge le Messager des scienceê a publié dès Tan 1851 un poôme apocryphe intitulé Raoul tf« Ctéquy, et que dans une note qui accompagne cette publ{ôl9ition, l'éditeur affirme l'avoir faite sur une copie

Urée d'Un manuscrit qui est en ma possession i.

(Suit une courte analyse des assertions de M. M.i. deR...)

» Je regrette, monsieur le Directeur, que mon absence de France à l'époque où parut Votre article , et d'autres circonstances également légitimes, m'aient, empêché jusqu'ici d'en avoir connaissance. Je n'en mets que plus d'empressement à vous apporter les déclarations suivantes :

» l' le suis entièrement étranger à la publication faite par le Messager des sciences du poème intitulé 6aoui de Créquy; et si cette publication, dont je suis bien forcé d'admettre la réalité, a eu lieu , c'est à mon insu , contre mon gré et à mon très-gratid mécontenlemetit.

B V Je possède réellement un manuscrit de la fin du îvii* siècle , qu'on peut au besoin intituler le Sire de Kréky, puisqu'un seigneuf de cette famille en est le

2â& HE LA BONNE FOI.

sujet. Et quand j'ai reçu ce manuscrit j'en ai causé avec quelques amis; je Fai même prêté à deux ou trois personnes ; mais je n'en ai autorisé aucune ni à en tirer une copie ni à en faire l'objet d'une publication.

» 3' N'ayant sous mes yeux, de l'édition clandestine de Bruxelles, que les fragmens cités par Yllltistratian^ je ne saurais en apprécier la totalité ; mais si j'en juge par ces fragmens, je suis fondé à la déclarer très-défectueuse.

» Vous comprendrez aisément , monsieur le Directeur, que personne ne doit plus que moi s'affliger d'une publication faite d^une façon aussi étrange et si propre à dénaturer le véritable caractère de Fœuvre que je possède. Mais vous comprendrez aussi que la vivacité des sentimens que j'éprouve m'impose le devoir d'en adoucir l'expression publique, etc.

Màtter ,

» Ancien inspectewr général et censeiUer hofioraire de ^université. »

On voit par un passage de cette lettre que M. Matter possède réellement un ancien poème manuscrit dont le sire de Créquy est le héros. Si ce manuscrit est de la fin du xvir siècle, il est bien présumable que c'est la copie d'une œuvre authentique, car à cette époque aucun intérêt ne s'attachait aux productions du moyen âge, et par conséquent on ne s'amusait pas à les contrefaire. On doit vivement souhaiter que M. M|itter, en publiant le poème qu'il a entre les mains, fournisse un

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