‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 78 sur 98 · T. II, P · texte numérisé non relu

T. II, P

Monsieur ,

J*ai luTarticIe de M. Paulin Paris, ou plutôt la diatribe à laquelle il a mis sa forme et sa signature ; car on dit que les matériaux lui ont été fournis de plusieurs mains, et que cette pièce devrait être signée Légion. Quelques disparates sensibles dans le style feraient croire qu'il n'y a pas davantage unité de rédaction ; mais l'unité d'intention est incontestable , et surtout l'uniformité de ton. C'est d'un bout à l'autre l'injure, la violence et la grossièreté, et la noblesse des pensées le dispute à celle du style. Nous n'avons aujourd'hui que la première partie ; on en promet une seconde encore plus forte; les deux réunies formeront une brochure sous laquelle Roland et son dernier éditeur doivent rester à jamais ensevelis. Mais comme le fond jusqu'ici est aussi maigre que la forme est plantu-

reusç, Tœuvre complète, à en juger par ce qui paraît, sera plus lourde qu'accablante. Je proposerais d*y mettre cette épigraphe, qui dès à présent la résume et la définit iJudicium Paridis spretœqtLeinjuriaformœ. M. P. Paris débute par un traité des bienfaits un peu moins calme que celui de Sénèque. Il énumère tous ceux que j'ai reçus, et que j'ai, suivant lui, payés de la plus noire ingratitude : c'est le silence. J'ai pour maxime, si l'on veut l'en croire, Cacher les bienfaits reçus. Au premier rang de mes bienfaiteurs il met , cela se devine, M. Francisque Michel, dont l'édition lui parait infiniment supérieure à la mienne, et dont je me suis approprié les travaux : c Le texte d'Oxford » rapporté par M. Michel appartenait à celui qui l'avait » transcrit et mis en lumière. Personne n'avait le droit » de le reproduire sans l'agrément de ce premier édi- » teur ; et , par conséquent, il faut que la religion de > MM. les membres de la commission des impressions » gratuites ait été surprise, quand on a fait concourir » rÉtat à la publication d'une sorte de contrefaçon qui » pouvaitjustifier une réclamation judiciaire.>(P. 306.) En effet, plusieurs personnes notables ont été consultées sérieusement sur l'opportunité et les chances d'un procès en contrefaçon ; l'yuanimité des éclats de rire a fait abandonner le projet bien à contre-cœur -, mais M. P. Paris n'a pas voulu renoncer à l'honneur de soutenir au moins le principe. Ce passage vous donne tout d^abord la mesure de la hauteur et de l'étendue de l'esprit de M. P. Paris. Je devais donc aller dire à M« Michel :

SIO LETTRE ▲ UN ÀMt

« Monsieur, votre édition me parait insuffisante ; aur riez-vous la bonté de me permettre d*en faire une meilleure, où vos erreurs seraient exposées au grand jour? » Et si M. Kichel m'avait refusé, il fallait baisser la tôte et garder le silence ; car le premier qui publie un texte tellement quellement en devient par ce fait Tunique et légitime propriétaire. G*est exactement le procédé de certains oiseaux^qui, incapables de se construire un nid par eux-mêmes , s'emparent des nids abandonnés par les autres, s'y installent, et y élèvent leur couvée. Cette méthode pour devenir propriétaire n'est pas nouvelle, elle court les grands chemins; mais elle n'avait pas encore été préchée avec cette ingénuité. A ce compte , les héritiers des Junte et des Aides seraient fondés à poursuivre en contrefaçon et réclamation de dommages-intérêts tous ceux qui ont donné depuis eux des éditions d'Homère et de Virgile. Cette doctrine de M. Paris est singulièrement favorable au progrès des lettres.

Puisque je suis forcé de m'expliquer catégoriquer ment.: Non, Tédition de H. F.Michel ne m'a point paru bonne. Je me suis bien gardé de le dire et de rabaisser le travail de mon devancier; mais je ne pouvais pas aussi en faire l'éloge, c'eût été nie contredire et c^n- . damner mon entreprise. Supposons cependant que je me fusse borné à reproduire purement et simplement Je texte imprimé, en comblant de louanges le zèle, le savoir, Texactitude incomparable du premier éditeur; M. Michel s'en fût-il montré irrité? En vérité je ne le

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crois pas. M. Guessard aussi n'eût pas pris la peine d'aller a Oxford chercher des variantes pour attaquer mon jugement* Le procédé était donc beaucoup plus facile et plus commode pour mon repos : le public seul eût été dupe. J'ai pris une autre marche : j'ai fait avec tout le soin dont j'étais capable une édition très^différente de la première , où j'étais obligé par cela même de motiver les ohangemens apportés au texte connu ; je l'ai fait avec toute la réserve et la discrétion possibles. Certes l'occasion s'est présentée plus d'une fois dem'égayer sur une mauvaise leçon ou sur un contresens : en ai-je profité? Non. Je ne me suis jamais permis la plus légère plaisanterie. Je n'ai point appuyé ; j'ai été sobre de paroles autant que je l'ai pu , toutes les fois que je ne me suis pas borné à ensevelir l'erreur dans les variantes du bas de la page. Une preuve ma* nifeste de ma discrétion , c'est que datis mon index ne figurent par exception ni le nom de M. Frarfcisque Michel, ni môme celui de M. P. Paris : les renvois ne pouvaient leur être agréables^ et je ne tenais pas à ramasser sous les yeux du lecteur la liste de leurs faux pas. Ainsi , je le dis en conscience, je me suis abstenu et contenu. Je ne prétends pas m'en faire un mérite , mais seulement faire voir que je n'ai point manqué d'égards pour ces messieurs. Malheureusement telles sont leurs habitudes, que l'absence de louanges leur parait une cruelle injure : autant de complimens supprimés, autant d'outrages positifs ; c'est la doctrine dâ la société. Figurez-vous donc , à l'apparition de mon

ouvrage, tous ces amours-propres affamés se ruant à la curée, et subitement forcés de rester sur leur appétit ' Aussitôt la meute déchaînée se met à hurler. M. Fr. Michel donne le signal en m'attaquant avec des personnalités qui n'ont excité chez moi que de la compassion pour un homme si profondément troublé. Mieux conseillé, il est rentré dans le silence, mais en me détachant M. P. Paris, que relaie M. Guessard, lequel sera relayé par un autre. M. P. Paris remplit le ciel et la terre de ses abois :

Ses longs mugissemens font trembler le rivage;

ce qui Texaspère surtout, c'est mon ingratitude. M. P. Paris a le cœur si bien placé! M. P. Paris ne saurait endurer qu'on manque à la reconnaissance. Il m'allègue une foule de messieurs à qui, sans m'en douter, j'ai les plus grandes obligations du monde. Tout te que je croyais avoir amassé lentement par l'étude assidue des textes originaux, H. Paris m'apprend que je l'ai pris tout formulé dans des livres contemporains que je n'ai jamais lus ; et son indignation s'allume , éclate et tonne sur ce que je n'ai pas fait une humble génuflexion devant chacun de ceux qu'il appelle mes bienfaiteurs, et qui sont bien plus sûrement ses amis. Autrefois on laissait un auteur maître d'apprécier les obligations qu'il pouvait avoir, et d'en témoigner sa reconnaissance dans la forme et la mesure qu'il entendait. Dieu sait l'abus que déjà les camarades avaient fait de cette faculté ! Leurs préfaces

SUR l'article de m. p. paris. sis

se renvoyaient en écho une litanie de noms propres, auxquels une épithète louangeuse servait à!ora prû tiobis : Mon savant ami A.; mon illustre ami B.; M. G., dout Tobligeance égale l'inépuisable savoir ; la précieuse édition de M. D. ; traduisez littéralement : SancteA^ orapro tkMs; sancte By or a pro nobis; saneti C et Z>, orate pro nobis. Un livre, pour certains auteurs, c'est une spéculation , une entreprise dQ commerce : on y compromet le plus de monde possible, en glissant dans toutes les poches de ces petits bons de rente en gloire hypothéquée sur le succès de l'affaire ; et le moyen de ne pas réussir quand on a su enrôler à son intérêt et se donner pour complice l'alphabet entier !

C'est ainsi que s'était pratiquée jusqu'ici cette agréable corruption. Maïs la perfectibilité humaine et la loi du progrès ne permettaient pas d'en rester là. C'était quelque chose d'avoir fondé la société de l'ad* miration mutuelle ; maintenant il fallait pousser à l'agrandissement de la ronde, en ne souffrant pas qu'on pût avec honneur rester dehors. En conséquence , M. P. Paris vient solennellement inaugurer dans la littérature le droit au^ complimens. M. Paris se charge d'opérer les recouvremens en faveur des personnes qui veulent bien l'honorer de leur confiance. Je ne doute pas qu'il n'ait procuration de mes prétendus créanciers, dont son éloquence plaide si vivement la cause. Par ce plaidoyer vous êtes duement avertis que l'association a placé un octroi sur la frontière de chaque ordre d'idées. Risquez*vous une promenade dans le

canton , las gabeloux vous sautent au collet : avant tout, passez au bureau pour acquitter le péage, moyennant quoi l'on vous donnera une passe , et il vous sera permis de circuler dans les domaines de l'association. Si au contraire vous faites mine de refuser l'impôt , attendez-vous i être vexé, houspillé , battu > assassiné s'ils peuvent , le tout au nom de la délicatesse et de l'honneur. Et le capitaine de la bande, le Monipodio de cette gueuserie, celui qui vous présente d'une main le pistolet, de l'autre son ignoble tire-lire, c'est M. P. Paris, revêtu du frac à palmes vertes I

Mais où prend M* P. Paris le droit d'exercer ouver* tement ce noble métier ? Je trouve M. Paulin Paris bien plaisant et bien hardi de venir se substituer à ma conscience pour me prescrire des actions de grâces envers tel ou tel ! Sans s'occuper de mes dettes, qu'il songe à payer les siennes : il aura assez à faire. Hais a-t*on l'idée d'une contribution de ce genre ? La claque du parterre est mille fois plus honnête : si elle vous em* pêche de sifiSer, du moins elle ne vous contraint pas d'applaudir.

Quel avilissement des lettres 1 Lorsqu'on voit un membre de l'Institut prendre la direction de ces honteuses manœuvres , les patronner de son nom et les prôner ardemment de sa plume, comment ne pas sup-* poser que cette chaleur lui est inspirée par la reconnaissance ? Ces gens qui paraissent ignorer la valeur d'un éloge sincère et librement donné n'ont donc ja-* mais de leur vie reçu que de ces complimens frelatés

SUR L ARTICLE DE M. P. PARIS. Si6

dont ils voudraient établir officiellement Tusage et le trafic?

Mais ce qui est pire encore que cette extorsion de louanges , ce sont les moyens de vengeance mis en œuvre contre les rebelles à la tyrannie des associés. On ne s'arrête pas à Tinjure et à la calomnie : on va jusqu'à la délation inclusivement. M. P. Paris, apparemment peu sûr de me nuire assez au gré de son envie par les seulçs armes de l'érudition , a recours à d'autres moyens qu'il suppose plus efficaces. Sa diatribe est remplie d'allusions et d'insinuations odieuses, d'une portée tout autre que littéraire. Voici en quels termes il s'exprime au sujet de mes recherches sur Ganélon et sur l'auteur de la chronique de Turpin :

« Ce n'était pas assez de faire d'un prélat du ïx" siècle » le modèle des traîtres, il fallait trouver dans un pape » le modèle des faussaires. Cette identité est encore un > point très-important ! L'auteur de la chronique de » Turpin sera donc Guy de Bourgogne, d'abord arche- » yéque de Vienne, puis souverain pontife sous le nom » de Calixte IL » ( Page 31i.)

Vous comprenez , monsieur, où tendent ces pernicieuses paroles? En tems d'inquisition M. P. Paris serait un adversaire dangereux et un littérateur infaillible. Nous n'en sommes point là. Dieu merci ! Prétendre qu'en attribuant à Calixte la fausse chronique de Turpin, j'outrage la religion et la papauté, cela est aussi ridicule, mais plus odieux que si je rendais M. Paulin Paris responsable de l'enlèvement d'Hélène,

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OU rinstitut solidaire des bévues , faits et gestes de M. Paulin Paris. On sait bien qu'en ces affaires Tbomme marche isolé du corps, et répond pour soi seul.

Il fait donc du caractère de Galixte II un argument contre une proposition appuyée sur des rapprochemens de faits historiques ? J'en suis fâché pour la mémoire de Galixte II , mais son défenseur a été on ne peut plus mal inspiré : il m'oblige de remettre au jour une affaire bien autrement importante que le roman du faux Turpin , affaire dans laquelle l'archevêque de Vienne fut solennellement, en plein concile, reconnu fabricateur d'actes supposés, faussaire, comme dit M. P. Paris, qui aime de prédilection les gros mots.

Cette histoire vraiment curieuse fortifie singulièrement les inductions que j'avais rassemblées. J'avais négligé de la produire : je remercie M. Paris de m'y avoir contraint. Pour ne pas éveiller sa susceptibilité ombrageuse, je ne la raconterai pas moi-même : j'emprunterai ce récit, en l'abrégeant toutefois un peu, à Y Histoire de la sainte Église de Vienne^ par M. P.-Z Gollombet, bien connu par ses travaux d'histoire ecclésiastique et diverses traductions des Pères. Et afin de mettre M. Gollombet lui-même à l'abri du zèle inquiet de M. Paris, je dirai que tous ces détails sont tirés du cartulaire de saint Hugues de Grenoble. Ces précautions prises, je crois que nous pouvons entendre M. Gollombet, ou plutôt saint Hugues lui-même s'exprimant par sa bouche. Cet épisode de l'histoire du moyen âge nous reposera quelques instans.

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c Aveuglé par son zèle pour les intérêts matériels de son Église, Guy se jeta dans de fâcheux démêlés avec un saint évêque de Grenoble. A l'exemple de ses prédécesseurs, Hugues dirigeait paisiblement les églises situées dans le comté de Salmorenc, et en particulier celle de Saint-Donat , où il y avait un petit chapitre composé d'un prieur et de quatre chanoines... La juridiction des évêques de Grenoble n'y était point con^ testée.

» Au mépris de cette antique possession, Guy s'empara de l'église et de la ville de Saint-Donat. » — Sur les réclamations de l'évêque de Grenoble, l'archevêque de Vienne est condamné par le légat du pape.

« Guy ne voulut pas se rendre à la sentence du légat« C'est qu'il avait secrètement envoyé à Rome pour solliciter un bref de confirmation de tout ce qu'il possédait. Le député de Guy eut ordre de ne rien épargner pour faire adroitement insérer dans ce bref, au nombre des terres concédées, Saint-Donat et le comté de Salmorenc. Urbain II , qui ignorait le jugement de son légat , ne prit pas garde au piège qu'on lui tendait. Aussitôt que saint Hugues apprit ce qui s'était passé , il envoya de son côté à Rome pour réclamer contre la surprise faite a la religion du saint-père.» Urbain II , mieux informé, « rétracta le bref qu'on lui avait frauduleusement arraché ; en même tems il écrivit à son

légat qu'il approuvait et ratifiait le jugement par lui rendu. Guy, fier de sa naissance et de sa dignité, ne se pressa point d'exécuter la sentence du légat, malgré la confirmation solennelle qu'elle avait reçue, v

Le légat d'Urbain allant tenir un concile à Autun , Guy et saint Hugues y sont mandés pour voir régler leur différend : c L'archevôque de Vienne n'avait invoqué d'abord que la tradition de son Eglise : cette fois il produisit un titre fabriqué par un moine de Saint 'Rambertf appelé Sigebod, et habile dans l'art de contrefaire les écritures*

»... Muni de cette pièce qui semblait authentique et positive, Guy «e présenta au concile comme s'il eût dû confondre Tévéque de Grenoble..* et» avec un air insultant I annonça qu'il avait un titre parfaitement en règle qui prouvait les droits de TEglise de Vienne sur le comté de Salmorenc» et fit donner lecture de la charte que Sigebod lui avait fabriquée.

9 Je fus saisi de surprise, et de crainte i dit saint Hugues dans le récit qu'il nous a laissé de cette affaire^ à l'annonce d'un acte dont il était question pour la première fois, et je ne savais plus que penser quand, j'en entendis la lecture. Un instant je me crus vaincu sans ressources ; mais je respirai enfin quand je vin» à m'apercevoir qu'on voulait me rendre victime d'une indigne supercherie. Je demandai que ce titre suspect fût déposé entre les mains du légat, et je démontrai qu'il était faux...

» Les preuves que saint Hugues donna eontare Tau*

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tbenticité de Vàcte produit par l'archevêque de Vienne semblèrent tellement fortes que celui-ci s'empressa de dire qu'il n'en ferait pas usage, et qu'il le -fallait même anéantir sur-le-champ. Les Pères du concile profitèrent de cette circonstance pour tâcher »de rétablir la concorde entre l'évêque de Grenoble et son métropolitain ; mais alors Guy exhiba le bref qu'il avait surpris à Urbain II , et , quoique cette pièce fût évi* demment subreptice, en usa pour valider son usurpation.»

A quelque temsde la, un concile s'ouvre à Plaisance* Saint Hugues se met en route pour aller y demander justice. Sur le revers des Alpes, il rencontre Guy, lequel, appréhendant les suites, affecte un vif regret du passée et propose à saint Hugues de tout réparer sur«le«champ en se soumettant à l'arbitrage de l'archevêque de Lyon* Saint Hugues accepte , et les deux prélats rentrent en France

< Alors Guy, qui jugea que le concile était presque terminé, et que saint Hugues s'y pourrait plus arriver à tems, éleva des difficultés inattendues ^ et se refusa encore à toute espèce d^arrangement. Saint Hugues i indigné, se remit en route pour Plaisance, et put y arriver le dernier jour du concile. Il comparut devant cette assemblée imposante, et se plaignit avec force des voies de fait de l'archevêque de Vienne , de ses fourberies réitérées, de son mépris pour l'autorité du saint-siége. D'après l'avis du concile , Urbain II cassa de nouveau le bref qu'on avait obtenu de lui subrep*

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ticement, puis écrivit à l'archevêque dé Vienne pour lui reprocher son peu d'obéissance aux décisions de ses supérieurs, et lui défendre d'inquiéter dorénavant révêque de Grenoble, si cher à l'Église romaine.

» La solennité d'un tel jugement ne fit pas encore fléchir l'opiniâtreté de Guy : il s'oublia même jusqu'à menacer et outrager le porteur de ce nouveau bref...

» Sur ces entrefaites, le pape vint en France publier la première croisade. Gomme il séjournait à Valence, il somma l'archevêque Guy de se rendre i Romans, afin que son différend avec saint Hugues pût y être yidé. Celui-ci se présenta avec ses titres ; mais Guy, ajoutant encore à la violence de son orgueil , envoya des soldats s'emparer de la citadelle et de la place ^ afin que le pape se trouvât en son pouvoir et n'osât pas pro^ rumcer contre luit Ce fut ce qui arriva.

» Urbain se résolut enfin de faire respecter son autorité. Il confirma ses premières décisions contre Guy, et écrivit à Guigue d'Albon, comte de Grenoble, afin qu'il interposât sa médiation en faveur de saint Hugues, et qu'il employât même au besoin la force des armes pour le mettre en possession de la juridiction contes* tée. Le comte de Grenoble n'hésita pas à aller trouver Guy, pour lui dire qu'il eût à se désister de ses prétentions ou à se préparer à la guerre. L'archevêque de Vienne, qui jusque-là avait bravé les censures de trois conciles et les condamnations réitérées du saint-siége, recula devant les menaces de Guigue d'Albon : la crainte

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