‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 79 sur 98 · SUR L* ARTICLE DE M. P. PARIS · texte numérisé non relu

SUR L* ARTICLE DE M. P. PARIS

eut plus d*empire sur lui que n*en avait eu le sentiment du devoir. » (Hist. de la sainte Église de Vienne ^ L I, p. &31 à A38.)

Que dira de cette histoire M. Paulin Paris ? Il n'y a pas moyen de s^inscrire en faux contre M. Collonobet ni contre le saint évêque de Grenoble. Il faut accepter sur le caractère de Guy de Bourgogne le témoignage de Tbisloire, qui est celui de l'Église elle-même. Eh bien, l'homme capable de se porter à de telles extrémités en vue d'un intérêt temporel ; qui fabrique de faux titres pour abuser le pape et les conciles ; cet homme ne peut-il pas être soupçonné d'avoir, en vue d'un intérêt tout pareil, forgé la chronique du faux Turpin? Et quand je rapproche de sang-froid , avec une préoccupation exclusivement historique , les indices qui semblent conduire à ce soupçon, M. Paulin Paris s'imagine avoir rendu un grand service à Galixte II en déclamant contre le National^ et en m'appelant le citoyen François Génin. Voilà une belle preuve de l'innocence de Guy de Bourgogne ! De tels procédés, se couvrant encore du nom de la science, sont faits pour soulever le cœur de tous les honnêtes gens, sans acception de parti , savans ou ignorans.

M. Paulin Paris ne se contente pas de défendre la mémoire de Galixte II contre l'imputation d'avoir comr posé la fausse chronique de Turpin ; au fond , il n'y II. 21

tient guères, que lui importe ? mais ce qui lui importe, c'est de prouver que cette imputation est de ma part un mensonge élaboré, pour le succès duquel j'ai com-» mis une substitution de personne et une falsification de dates. Écoutez, s'il vous plaît, le système qu'il me prête, et ses preuves à rencontre.

« La chronique de Turpin ne fut répandue qu'au » commencement du xu* siècle... (M. P. Paris pose en » principe ce qu'il s'agit de démontrer) ; en France, » par l'intermédiaire du prieur du Vigeois... (ou du > prieur de Saint-André, c'est la question) ; en Italie, 9 par celui de Frédéric Barberousse. Cela ne faisait » pas le compte de M. Génin : il commence donc par » transformer Geoffroy du Vigeois, mort vers 1100,... » (notez bien cette date) en contemporain de Calixtell, » mort en 1126... (en 1124, le 12 décembre, avec votre » permission). Puis Geoffroy , prieur du Vigeois en » Limousin , devient Geoffroy, prieur de Saint-André » de Vienne en Dauphiné. De cette façon... (voici la » vérité, écoutez bien ! ) de cette façon, la lettre du » prieur du Vigeois , écrite en 1192 , devient celle du » prieur de Saint-André, écrite en 1092. » (Page 815.)

Ne semble-t-il pas, à entendre M. P. Paris, que j'aie inventé le prieur Geoffroy de Saint-André, et que. je sois le premier auteur de cette opinion î II n'en est rien : elle avait été émise bien avant moi par des écrivains d'une autorité imposante, que M. P. Paris â pris soin de dissimuler. « M Génin, dit-il, a cherché Tappui 9 de ses rêveries dans l'innocente étourderie rte

SUR L'AnTiCLE DE M. P^ PARIS. 323

ji M. Ciampi, le récent éditeur de la ehrouique de » Turpin , lequel a transformé le prieur du Vigeoii » (Vosiensis) en prieur de Vienne {Viennemis)^ et la 9 fin du XII" siècle en fin du xi' (i). i (Page S16,)

Quel art admirable d'acconimoder les choses, et de les présenter, selon Tintérêt de la passion et le besoin du monient, sous un aspect ou sous un autre ! Virnio^ cente étourderie de M- Ciampi. Ce qui chez N. Ciampi n'est qu'une innocente étourderie, chez moi devient un crime noir, une combinaison effroyable, impie! Et puis quelle manière leste et commode de jeter hors de la liste les adversaires qui vous gênent : Du Gange, nous l'avons vu » est un étourdi ; M. Ciampi est un étourdi ; il n'y a que M. Paulin Paris qui soit un esprit sérieux « grave» circonspect. En vérité, M. P. Paris devrait être plus retenu à accuser les autres d'élourderie* Non » M. Ciampi n*est pas un étourdi ; non , il n'a pas cûih fondu Vosiemis avec Viennensis^ car il sait autant de latin pour le moins que M. P. Paris. M^ Ciampi a donné son éditk)n de la ebronique^ d'après un des plus vieux manuscrits, celui de la Laurentiane ; et ce manuscrit portait, en tète de Tépitre liminaire, Viennemis et non

(1) M. Paris (ce que J^igDorais alors) a souteou mot à mot let mêmes propouli^DS quHI m'accuse id d'avoir forgées eo haine de la religion et da clergé. On peut Yérifier ce fait curieux dans sa l0Ur$ à M, de Monmerquéi pages 34 et 35, et au tome II de son édition des Chroniques de Saint'Denys^ où il s*eiprlfne sur IMmposture et la cupidité des moines en termes autrement injurieux que je ne Uis* De même, pour me prouver que l*auteur de la fausse chronique est espagnol, il me renvoie à V Histoire UUérOiret et Tarticlede VHistoire littéraire est signé P. P.

iH LETTRE A UN AMI

Vosiensis ; et cette particularité est une des preuves de la supériorité de ce texte sur ceux dont on s'était servi jusque-là.

EtGuy Alard,qui écrivaitavantrédition deM.Giampi, et Daunou, sont-ils aussi des étourdis? c Nous trouve- » rions plus plausible, ditDaunou, la conjecture de Guy » Alard, qui croit la chronique faite en 1002 par un

> moine du Dauphiné (1). » M. P. Paris, nous le savons, a des raisons personnelles pour ne pas aimer M. Dau<*> Dou; mais cela n'enlève. rien à l'autorité scientifique de M. Daunou, et ne donnait pas le droit de taire son opinion.

Après avoir ainsi déguisé , dékiaturé les faits, tantôt en les atténuant, tantôt en les exagérant, caché celui-ci, inventé celui-là, et combiné péniblement des dates im-* possibles , M. P. Paris triomphe ; il s'écrie, avec l'orgueil naïf d'une conscience satisfaite : c Maintenant que » voilà Calixte II bien disculpé d'avoir écrit en 1090 un

> livre composé longtemps après sa mort...» (P. 316.) Bien disculpé ! M. P. Paris n'est pas diflScile quand il s'agit de lui-même. Bien disculpé ! Je crois en effet qu'il l'est autant qu'il le peut être. Il a de grandes obligations à la dialectique de M. P. Paris.

Cette dialectique , à vrai dire , est un peu obscure ; et bien qu'on dise habituellement que rien n'est plus net qu^un chifTre, le choc de ces dates brusquement rapprochées ne fait pas jaillir une lumière très-pure.

(1) Biographie universelle, article Turpin.

SUR l'aHTICLë De M« P. PAKIS. 32$

Dissipons un peu la fumée, el lâchons de nous y recon^ naître. Ma proposition est celle-ci : La chronique de Turpin s*est révélée au monde eu 1092, par une lettre du prieur de Saint-André de Vienne, Guy de Boûr-^ gogne occupant le siège do cette province, M. Paris répond : La lettre en question est plus vieille d'un siècle tout juste ; elle fut écrite en 1192 par le prieur du Vigeois. Or, Calixte était mort en 1126 (lisez 1124); donc il n'a pas connu cette chronique, donc il ne peut en être l'auteur.

Le raisonnement n'est pas rigoureux, en ce que M. Paris identifie arbitrairement la date da l'apparition avec celle de la composition même de la pièce. La chronique pourrait avoir existé longtems avant Tépoque où nous en trouvons la première trace ; elle pourrait être du tems de Galixte II , antérieure même, et ne se rencontrer mentionnée qu'à la fin du xiV siècle, en U92, comme le veut M. P. Paris. Toutefois je veux bien admettre le rs^isonnement tel quel de M. P. Paris.

Mais voici dans ses propres expressions une petite diflBculté que je le prie de me résoudre : Comment le prieur du Vigeois, mort en 1100, écrivait-il encore dejs lettres en 1192 ?

Relisez , monsieur, le passage trè^-embrouillé de M. P. Paris, vous n'y trouverez de clairement énoncé que ces deux faits : Le prieur du Vigeois est mort vers 1100; le prieur du Vigeois a écrit cette lettre en 1192. Toute l'argumentation de M. P. Paris est fondée sur cette proposition: Un homme peut écrire une lettre

8S6 LETTRE A UN AMt

quBire-viogl^ouze ans après sa itiort« C'est lA sa m^ jeure; si vous la niez, tout s*écroule.

M. P. Paris tt*a pas remarqué ce désaccord de dites ; il est vrai que c'est peu de chose, c'est uti de ces dé^ tàils qui échàppétlt da»s Tai'deur de la composition. A Cette bagatelle pt*ès » M. Paris traite la quesliot) éti {iomme qui Ta méditée longuement , et qui n'est pas hti étourdi.

N'est-ce pas une pitié que d'avoir affaire & une tète si légère, à un esprit si téméraire et Si confus , que de son propre élan il s'aille jeter en de pareilles absurdités et ne â'ën apei^çoivê pas, et qu'il raisonne à perte dé vue sur cette donnée ridicule? Ou M. P. Paris ne lit pas ce qu'il écrit« ou bien, s'il le lit, il ne le comprend pas. Je tiens pour* |le §econd comme le plus vraisemblable.

Nous n'aurions pas contre le système de M. P» Paris cette preuve fournie par lui-même, qu'une autre y suppléeffeiit immédiatement. En effet, la chronique de Turpin est citée dann^Ri^oul Tortaire, lequel écrivait de 1090 A 1115 (1). Gomment donc la lettre où M. Parts reconnaît que se trouve la première mention pour^ rait-elle se placer en 1192 ?

Ainsi la vérité nous revient de tous côtés , aussi difficile à chasser que la clarté du soleil. Efforûez^vous de ooucher toutes les ouvertures, elle s'introduira par

(1) Daunou, article Tuep».— 1145, comme on lit dans le teile, ett une faute d^impression manifeste ; V Histoire {tttéîraira prouve (X, p. 88} 4Uto Raoul était mort en ili4, ou au plus tard l'année aûlTànte.

SUR l'article de m. p. paris. 327

une fente de la largeur d*un cheveu, et le rayon, isolé au milieu des ténèbres, n'en sera que plus visible*

M. P. Paris est donc resserré dans cette alternative, ou de me donner raison, ou d'être absurde de propos délibéré. Position douloureuse dont il ne sortira pas, même en invoquant la faute dimpression , ordinairement si complaisante..(Voyezle/)o5^-^crejo^Mm.)

M. Paulin Paris, qui ne se doute pas de Tablme où il est tombé , continue à s'y promener avec des airs vainqueurs et avantageux tout à fait amusans. La thèse une fois posée, il était fatalement conduit d'erreur en erreur, et sollicité par les feux follets de sa fantaisie» poussé par le vent de son orgueil, il marche, il descend, il roule, il s'engouffre, toujours le nez en l'air et toujours l'insulte aux^ lèvres, faisant la leçon aux autres sur leur étourderie et leurs rêveries* Vous nUez voir.

Parmi les inductions à l'appui de ma thèse , je n'a^ vais pas oublié cette circonstance que la chronique du faux Turpin avait été-en 1122 mise par Galixté sur le rang des livres canoniques. Il ne fallait pas laisser subsister ce fait : autrement que devenait la date de 1192, indiquée pour la vraie date de la fameuse lettre? Calixte , recommandant la chronique dès 1122 , réta« blissait tout de suite la date de 1092 pour celle de la première mention , et le prieur de Saint-André pour l'auteur de l'écrit où elle se trouve.

Je n'étais pas là quand M. P. Paris travaillait à me réfuter ; mais j'affirme que les choses se sont passées

de la manière suivante : M. P. Paris prend dans la Biographie universelle l'article Turpin; il le prend, et lit cette phrase : c Casimir Oudin prétend que ce pon- » tife en était le rédacteur (de la chronique); il est vrai » seulement que Calixte Ta déclarée authentique en » 1122 ; voilà du moins (ajoute le scrupuleux Daunou)» » voilà ce qu'assure Rolewinck dans leFasciculus tem- » porum. » M. Paris n*a pas vu le Fasciculus temporuTHy il ne sait ce que c'est, et n'en a cure ; une seule chose le frappe : le nom allemand de Rolewinck. Qu'est-ce que jce Rolewinck? Évidemment quelque hérétique luthérien , d'autant que Daunou parait adopter son opinion. Su£St, il saisit la plume : « Maintenant

> que voilà Calixte II bien disculpé, nous pouvons pas* » ser rapidement sur les allégations fausses et calom* » nieuses exhumées par M. Génin contre cet illustre » pontife : tous les critiques, en effet, s'accordent à » reconnaître, contre le méprisable auteur protestant

> du Fasciculus temporum , qu'il n'a jamais recomt mandé le livre de Turpin.» (Page 816.) Tous les critiques^ c'est bientôt dit! Quels critiques? M. P. Paris ce dispense d'en nommer un seul ^ mais cela n'est point nécessaire : l'autorité du membre de l'Institut couvre tout. L'essentiel est que voilà d'un trait de plume trois personnes châtiées : Daunou , Rolewinck et moi, qui vais exhumer de ce méprisable auteur pro* testant des calomnies contre un saint pape. C'est à merveilles.

Que dira cependant M. P. Paris, si libéral de mépris

SUR l'article de m. p. paris. 329

etd'oulrages, que dira-t-îl en apprenant que le Fasci» culus temporum fut composé dans le monastère des chartreux de Cologne, où Rolewinck était entré à Fâge dé vingt-deux ans, et oh il mourut à soixante-dix-sept» en odeur de sainteté? Trouvera-t-il encore le livre et l'auteur si méprisables ?

. Outre la qualité de chartreux^ une autre raison assez bonne s'opposait à ce que le père Rolewinck fût protestant : c'est qu'il mourut avant la réforme (1). Voilà donc deux énormes bévues dans un mot. Mais qu'importe à M. P. Paris? Il fait de l'histoire comme Sganarelle faisait de la médecine. M. P. Paris devrait bien s'assujettir à vérifier d'abord les faits dont il s'appuie, sauf à injurier ensuite plus fort, si c'est possible. En cette occasion, il n'avait tout bonnement qu'à se transporter de Farticle Turpin à l'article Rolewinck de la Biographie Michaud. Ce qu'il y a de piquant, c'est que l'article Rolewinck , comme l'article Turpïn , est de Daunou. 11 semble que l'ombre du savant garde des archives se soit amusée à jouer ce tour à M. P. Paris, en reconnaîséance de l'oraison funèbre dont M. P. Paris l'avait gratifiée. Voilà pourtant ce que c'est que l'érudition et la bonne foi de M. P. Paris; voilà l'autorité de sa parole! Même lorsqu'il réfute et dément, il ne peut s'asservir à y regarder de plus près ; il tranche.

(1) Le théâtre ehronologique de Tordre des Chartreui met la date de sa mort en 1502. Oo sait que le nom de proUstanl D*exi8ta qa*à partir de 1529.

il taille, il rogne au hasard, et toujours superbement. Rien n*est plus magnifique ! Il affirme, il juge, et flétrit son monde sur un simple soupçon , dont la fausseté lui serait démontrée au revers de la page ; mais il ne prendra pas la peine de tourner le feuillet. A quoi bon? N*est-il pas monsieur Paulin Paris, membre de l'Institut ? La vérité sera ce qu'il lui convient qu'elle soit.

M« P. Paris porte dans toutes ses assertions, môme les plus hasardées, cette audace faite réellement pour en imposer. Vous avez vu comme il parle du P. Rolewinck; je m'étais appuyé aussi des sermons de Galixte : « Galixte, dit-il, n'a pas laissé un seul sermon.» (P. 316.) Ouvrez cependant le tome XX de la Bibliotheca maxima Patrum^ vous y trouverez quatre sermons de Galixte II : le premier, pour la veille de la fête de saint Jacques de Zébédée ; les deux suivans , sur la passion de cet apôtre ; le dernier, sur sa translation. Ges homélies furent publiées pour la première fois par le P. Mariana« jésuite, à Gologne, en 1618. Daunou, dont on connaît la critique sévère , n'élève pas le moindre doute sur leur authenticité. Je répéterai ici que ces quatre sermons présentent des rapports frappans avec la chronique de Turpin, soit pour le style, soit pour le fond des idées.

a Galixte n'a jamais fait la relation des miracles » de saint Jacques. » Je ne sais pas les raisons qu'a M. Paris d*ôtre si affirmatif ; je sais seulement que le pape Galixte a passé dans tout le moyen âge pour l'au-

SUR l'article de si. p. paris. 881

leur de ce livre , et qUe son biographe Pandulpbe dit qu'il était trèà-célëbre par un petit ouvrage sur saint Jacques : < Quodam opusmlo de S* Jacobo clarissimw«(l). »

Mais de toutes les assertions entassées dans la diatribe de M* Paulin Paris , aucune n'est dépourvue de pudeur comme ce qui touche le fragment de Valenciennôs. Ici la calomnie pouvait se donner carrière d'autant plus a son aise que la contestation porte sur un fait matériel, lequel ne peut être jugé que par une comparaison de pièces doublement difiSeile : d'abord il s'agit d'un document paléographique ; ensuite la brochure de M* de Coussemaker ou de M. Bethmann» comme l'on voudra, est très-peu répandue. Il faut donc affirmer avec indignation , avec mille injures , que j'ai impudemment dévalisé , pillé , volé ces messieurs : le public le croira plutôt que d'y aller voir.

Doucement, monsieur Paulin Paris, doucement!

Gela n'ira pas aussi droit que vous le pensez.

Je n'ai pas l'honneur de connaître personnellement M. de Coussemaker ; mais je le tiens trop honnête hotiuàe pour accepter vos éloges et le rôle que vous lui voulez faire jouer. M. de Coussemaker, au besoin, vous désavouerait, j'en suis sûr. Il sait très «bien qu'il n'avait pas joint à son fac-similé a l'explication de ce qui n'y était pas tracé en lettres tironiennes » (page 320) i il sait très-bien tout ce qu'il y a d'exagéré,

(i) Ap. LàBtk, CtmciU X, 827»

332 LETTRE A IJN AMI

de faux dans cette phrase : c M. de Coussemaker, qui, » pour vous permettre de lire sans peine ^ avait, dès » 18i9, publié le premier fac-similé, et expliqtié les » mots tracés sur ce fragment. » (Ibid.) M. de Coussemaker, dont les études archéologiques suivent une voie toute différente, n'a pas la prétention que vous lui voulez attribuer. Je vous renvoie à ce qu'il dit luimême, page 18 de la brochure qu'il a traduite. Le peu de mots qu'il a déchiffrés çà et là, en attendant, dit-il, des efibrts plus heureux , n'offre aucune suite , aucun sens ; au point que M. de Coussemaker n'a même pas reconnu le sujet du morceau, ni deviné qu'il y fût question de Jonas. Moi , j'ai lu la pièce d'un bout à l'autre , je l'ai restituée en partie , je l'ai développée dans un commentaire philologique ; vous ne voyez rien de tout cela, vous ne voyez qu'une chose : c'est que je me suis impudemment approprié le travail de M. de Coussemaker, c'est que « voilà M. Génin pris une fois de plus sur le fait » . Vous avez raison d^assimiler mes autres plagiats à celui-là : ils sont tous réels au môme degré.

Votre exactitude se continue à l'égard du facrsimile. A vous entendre', celui de M. dô Coussemaker ne laissait rien à désirer : c M. Génin , qui n'a pas à se pré- » occuper de la dépense , le fait exécuter une seconde

> fois, pour se vanter de l'avoir lu sans peine, et d'a-

> voir pensé qu'on en pouvait tirer un grand secours

> philologique. > (Page 320.) Quelle bassesse d'idées et de langage ! Ainsi, selon M. Paris, j'ai induit l'État

SUR l'article de m. p. paris. 333

en dépense uniquement pour donner satisfaction à ma vanité de plagiaire (1).

M. P. Paris a compté sur l'embarras oh il allait me mettre de produire mon assertion contre la sienne. Je m'en garderai bien : je comprends aussi bien que lui que nul ne peut rendre témoignage dans sa propre cause ; mais M. P. Paris a deux collègues à l'Institut , tous deux professeurs à l'École des chartes, ayant pleinement qualité pour déposer au tribunal de l'opinion publique. J'ai adressé la lettre suivante à M. Guérard etàM. N. deWailly:

Paru, le 19 mai 1851.

Monsieur,

Un article publié dans le dernier numéro de la Bibliothèque d$ VÉcole des chartes (mars-ayril), et signé P. Paris, membre de Tinstitut, m*accuse d'avoir pillé tout mon travail sur le fragment de Yalenciennesdans la brochure de MM. Bethmann et de Ck)U8semaker : Voyage historique dans le nord de la France, M. P. Paris affirme que ]*ai fait exécuter une seconde édition du fac-similé de ce fragment sans aucun profit pour la science, uniquement pour me pouvoir vanter d'avoir lu ce que M. de Coussemaker avait lu bien avant moi.

Entre deui assertions contradictoires et toutes deux intéressées, le

(1) Un article bibliographique sur la brochure de M. de Ck>usse* maker (même numéro, p. ^82), signé C. D..., sans bienveillance aucune pour mon travail, loin de là, apprécie du moins celui de M. de Coussemaker en termes plus justes : « M. de Coussemaker a enrichi sa traduction d*un dessin de ce fragment, auquel il a joint un essai de lecture. Sans doute Tun et l'autre laissaient beaucoup à dé* sirer; c'en était assez pourtant pour éveiller l'attention des sa vans. Grâce à sa publication , M. Génin a connu ce fragment de Yalenciennes, et en a donné un fac-similé dont la parfaite eocactitude est garantie par l'habileté bien connue de M. Feuquières; » etc.

La publication de M. de Coussemaker remonte à 1849 : on s'avise delà trouver très-iroporUnte et de la foire connaître en 1851.

SSi LETTRE A UN AMI

publie oe peiil deviner de quel e6té lelroqye la vérité : le tiite de membre de l'Institut Pinduiratt à en croire plutdt M. P. Paris. Vous avez, monsieur, sous les yeux les pièces du procès; vous réunissez la double autorité de la seienee et du earactère moral : Je viens donc invoquer votre témoignage, et vous prier de déclarer si Ton peut dire que mon déchiffrement soit un plagiat et mon fac-similé la reproduc^ tlon de celui de M. de Coussemaker.

Lorsque je réclame votre ioterventkm dans une affaire où ma probité se trouve engagée, vous me pardonnerez, ]*espère, à cause de la nécessité qui m'est faite, et voudrez bien, monsieur, avec mes excuses, agider lei aMuranoea de ma haute ouuidération.

F. GtaN.

RÉPONSE DE M. GUÉRARP.

Paris, 20 mai 1851.

Monsieur,

Vous me faites l*bonneur dUnvoquer mon témoignage dans une affaire à laquelle J*aimerais mieui rester étranger. Je suis peu disposé* en effet, à ranimer des querelles depuis iongtems assoupies. Toutefois je ne puis me refuser à reconnaître, et je le crois, avec toutes les personues qui prendront la peine d'examiner, que la publication du feuillet de Yalenciennes, faite par M. de Coussemaker,' laissait beaucoup à désirer, soit par rapport au calque du manuscrit, soit par rapport à la lecture et à Peiplication du texte, et que Tédilion publiée par vous me parait former un travail neuf, exact et complet. J'ajoute volontiers qu'elle contient, à mon avis, des renseignemens d'un grand intérêt sur les origines de la langue française et d'une grande utilité pour la sdenoe philologique.

Agréez, je vous prie, monsieur, ete. GniBAK».

RÉPONSE DE M. DB WAtLLT.

Paris, 20 mai ISSi.

IfoDiieiir,

Vous m*aYez fait rbonneur de m^éerire hier au sujet d*un mélange d'écriture minuscule et de notes tironiennes tracé survn feotllet servant de garde au manuscrit Paraâynt» (t. IV, 17) de la MMiothèque de Valendennes, en ne priant de comparer le ^mnimlk et le déolûf»

SUR l'article de m. p. paris. 385

fremeot qai en avaient étë publias qd 1819 par M. Edmond de Conssemaker avec ceu^ que vous ave? vous-même fait paraître un an après lui.

Toici les faits qui résultent pour moi de cette comparaison :

1* Vous seul avei raproduit des fragmens d'écriture minuscule ei un certain nombre de notes tironiennes qui appartiennent au recto du feuillet.

2* En ce qui concerne le venot voire publication est plus correcte et beaucoup ploi complète que celle du premier éditeur. Les améliorations que j'ai constatées portent quelquefois sur des portions de lignes, plus souvent sur des mots ou des syllabes et sur la forme même des caractèras. En somme» elles assureraient la supériorité à votre édition, quand même vous n'y auriez pas joint la traduction des notes tironiennes faite par le Jeune savant qui a le premier expli« que tous les secrets de cette obscure sténographie. Il est évident qu*à l'aide d*un réactif vous avez fait reparaître un grand nombre de traits qui avaient dû échapper à M. de Coussemaker. En publiant pour la première fois le curieui fragment découvert par M. Bethmann, il avait rendu à la science un service véritable, et dont tout le monde doit encore lui savoir gré. Mais au lieu de deux cents mots environ, inter* rompus par des lacunes considérables qui ne permettaient pas d'en saisir le sens, le teite du verso, tel que vous l'avez publié, présente maintenant une auite de phrases ou de membres de phrases qui se rapportent à un sujet parfaitement déterminé.

En résumé, votre édition sera désormais préférée par quiconque voudra connaître avec exactitude et l'écriture et le texte de ce curieux fragment.

Agréez, monsieur, etc. N. de Wâiixy.

Ces témoignages, je crois, ne laissent rien à désirer. La citation de mon texte faite par M. P. Paris luimême établit que j'avais indiqué le Voyage historique comme la source du premier renseignement. Je con* sens que Ton juge de tous mes plagiats sur cet échantillon (1).

(f ) J'ai quelque Imite de relever, même dans une note, l'insult» qtt*OD va lire. Ce n'est pas pour l'importance que j'y attache; mtii H

L'article de M. Paris contient beaucoup d'observa-* tions de détail , dont chacune m^entratnerait dans une discussion. Je me dispenserai d'y entrer. Ce sont presque toujours des querelle^ sur des mots y sur des étymologies, des idiotismes, etc. Un seul exemple fera Toir quelle intrépidité d'affirmation et quelle sûreté d'érudition M. Paris porte en ces matières. Entre autres gallicismes que j'avais signalés dans le style de la chronique de Turpin, se trouve celui-ci : Currere post aliquem^ courir après quelqu'un. Voici la réfutation de M. P. Paris : — « Courir après quelqu'un et carrer

> despues aJguno appartiennent aux deux langues, et » surtout à l'espagnole. Nous aurions dit plutôt en

> France currere super ^ courre sus, ou tout simple- » ment currere^ avec le régime direct, » (Page 314.)

s^agit de mettre en lumière Texactitude et la bonne foi de M. P. Paris, f( Je me aoaviens qu^un jour il voulut composer uo opéra, paroles et » musique; rien que cela! Deyinez ce qu*après avoir longtemps ruminé, » notre homme parvint à mettre au monde ? les paroles, il les prit à » Sedaine ; la musique, il oublia de la faire, et se contenta du réci- 1» tatif..... On ne s* avise jamais de Umt^ titre de Topéra-comique dont » les paroles sont de Sedaine, la musique de Dalayrac, et le reste de 4 M. Génin. »

Le nom de Sedaine a toujours été sur Taffiche, et le mien n*y a jamais paru, même pour la musique. Dalayrac n*a jamais mis en musique On ne s'avise jamais de tout; Tauteur qui avait traité ce livret avant moi est Duni, dont la partition n*a rien de commua avec la mienne; et M. Paris le sait bien» lui qui était présent lorsqu'on fit au salon le premier essai de ma musique. Enfin il n'y a pas de récitatif à rOpéra-Gomique. A quelles pauvretés la passion va-t-elle recourir ! M. Paris ne devrait jamais parler de musique : cela lui réussit mal; il ne peut trouver ni i'accord enmi» niVaccord en sol. (Voyez ma !'• lettre, p. 3i.)

. suu l'article de m. p. paris. 337

C'est encore là du Litin de cette malheureuse fabrique dont j'ai été obligé d'exposer tant de risibles produits. M. P. Paris traduirait donc sans scrupule courre un lièvre par currere leporem ? et courir sus à quelqu'un^ currere super alicui? Pour affirmer « Nous aurions dit plutôt en France, » etc., il faut avoir des autorités ; où les prend-^il? dans le latin de Cicéron, ou dans la basse latinité ? Le rudiment lui donne un démenti sur le premier cas, et Du Gange sur le second. Tout cela est de la fantaisie pure, et c'est cette fantaisie que M. P. Paris veut arrogamment faire prévaloir sur les règles, sur les faits, sur toutes les autorités du monde. M. P. Paris, qui possède une érudition polyglotte, affirme donc que cette forme courir après quelquiun appartient surtout à la langue espagnole , et tout de suite il prouve son dire en alléguant la locution correr déspues alguno. Je suis obligé d'apprendre à M. Paris que Ton dit en espagnol, pour %\^p\^Qv persequi ali" quem^ correr detras de alguno. L'autre expression, correr despues alguno, est espagnole comme currere leporem est latin (i). L'Espagnol qui a fourni ce ren* seignement à M. P. Paris est un Gascon ; à moins que M. P. Paris n'ait fabriqué lui-même cet idiotisme tout simplement avec un dictionnaire ; car M. Paris semble

(1) Correr de&pues alguno signifierait courir depuis quelqu'un , après qu'uQ autre a couru. Un membre des plus illustres de TAcademie royale de Madrid, à qui je montrais cet endroit de l'article de M. Paris, se mit à rire, et spontanément, sans savoir même de quoi il était question, me dit : « Cela ressemble à Tespagnol de monsieur un tel ! » J'admirai cette sagacité.

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