‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 80 sur 98 · II · texte numérisé non relu

II

S3S LBTThii; À (JN AMI

avoir adopté pour règle de conduite le mot de t)anlon : « De l'audace , de l'audace , et encore de Taudace ! » J'ignore ce que vaut cette maxime en politique, mais en philologie elle est détestable.

Quant à ce que M. P. Paris n'aime pas taa traduction, c'est son droit, c'est une affaire de goût : je n'essaierai pas de lui prouver qu'il doit l'aimer, encore qu'il s'attache à en dégoûter les autres. Le mieux et le plus honnête eût été d'abandonner chacun à sa pente naturelle. Je suis certainement bien marri de n'avoir pas su lui plaire , non plus qu'à ses confédérés ; mais quoi ! je tacherai de m'en consoler par l'approbation de gens moins difficiles : Convivis matlem quam pla^ cuïsèe côcis. En fait de poésie du moyen âge et de philologie française, M. P. Paris est un peu cuisinier el grandement orfèvre.

Il termine pour aujourd'hui sur cette phrase menaçâiite : « Dahs un second article , nous examinerons le » texte critique de cette troisième èdilion. »

C'est une des plus fortes ironies de M. P. Paris d'affecter toujours de donner à mon édition le numéro trois, îl considère comme la première celle de M. Fr. Michel ; la seconde est le Roncivals de M. Bourdilion , qui est, comme l'on sait, un autre poôme, à la vérité sur le môme sujet , mais de rédaction absolument différente.

Le lecteur ne verra pas sans intérêt le jugement de 8l. Bourdilion sur le poëme de Theroulde, qu'on voudrait aujourd'hui identifier avec l'incomparable Ranci-vais de M. Bourdilion : — « Absurdités , bévues, mots

SUK L*ARTICLË bE M. P. PARIS. H^^

» jetés au hasard , expressions impropres , vers estro* % pies , raison sans rimes et riilies sans raison , je ne i» crois pas que, dans aucune langue, on ait jamais * présenté au public un fatras pareil ; car enfin avec » des caractères on veut des mots, et avec des mots on » veut dés idées : or il est de toute impossibilité de » pouvoir traduire ce manuscrit ; et< si on le tentait, » il en sortirait plus de coq-à-ràne qu'il n'en existe » peut-être dans tous les ouvrages en langue romane j imprimés depuis dix ans! et mes expressions doivent t être prises à la lettre.

» Tout, dans ce manuscrit d'Oxford, est roman, ou, » pour parler avec plus de précision, baràgouin-roman : » -^ c'est bien le plus grand ramas de sottises qu'ofi » puisse voir ! » {Préface, pages 79, 84, 86.)

Notez que M. Bourdillort est ilh de ces bienfaiteurs que j'ai t)ayés d'ingratitude, et pour qui tout t)articulièrement M. P.Paris réclame de ma part « l'hommage d'un véritable respect ». Si je suis redevable a M.Bourdillon, ce n'est pas apparemment de l'idée dé traduire et commenter le Roland ? Les termes dans lesquels il eti a parlé semblaient me dispenser de l'hommage en question , et je persiste dans mon avis.

Personne n'avait songé à se formaliser de la sentence portée par M. Bourdillon ; personne n'avait songé ^en appeler ni à s'en plaindre, ni M. P. Paris, ni M. Fr. Michel lui-même, personne enfin : pourquoi? c'est que toute l'attaque de M. Bourdillon portait sur l'œuvre littéraire sans toucher à l'éditeur* L'œuvre

était déshonorée, mais Téditeur n'était pas atteint : on n'a pas soufflé mot. Un beau jour, quelqu'un s'avise de ramasser cette composition inepte , conspuée, oubliée dans un coin : cet homme (qui n'était pas de la confrérie) attire l'attention du public sur l'œuvre condamnée ; démontre qu'elle a été méconnue ; essaie de la traduire, et, au lieu du fatras sans pareil , du ramas de sottises et de coq-à-l'âne auxquels on s'attendait, y fait voir de l'art, de l'éloquence, du génie. Il pousse le zèle et la hardiesse , Timprudent ! jusqu'à vouloir rectifier quelques mauvaises leçons du texte , insinuant par là que le premier éditeur a pu se tromper. Oh, alors, malheur à lui! toute la fourmilière est en émoi : M. Michel écrit au journal f Univers ; M. Paris écrit à la revue de l'Ecole des chartes ; M. Guessard vole à Oxford (1) ; M. Bourdillon embrasse M. Michel,* et M. Michel M. Bourdillon. C'est convenu : Theroulde

(1) a Deui Jours après ravoir lue (une phrase de mon îatroductioi^, » J^étais ici. » {Lettre de M. Guessard à M. de Bastard, page 3.)

Cette bouillante ardeur, ce mouvement impétueux qui emporte si subitement M. Guessard à Oxford« n'était pas Teffet, comme ou le pourrait croire, d'une admiration excessive pour la Chanson de Roland; car voici en quels termes M. Guessard a parlé de ce monument littéraire dans son article sur les Variations du langage français :

n La Chanson de Roland parait à M. Génin tout ce qu'il y a de plus » suave et de plus harmonieux : c'est un chef-d'œuvre , ou peu s*eQ » faut. Il ne tarit pas sur les mérites de cette vieille rapsodie, et il j j) voit tout ce qui n'y est point. » [Bibliothèque de V École des chartes^ t. Il, p. 250.)

La vieille rapsodie n'est donc, on le voit clairement, qu'un prétexte pour couvrir des manœuvres ténébreuses sur lesquelles la lumière pourra descendre un jour.

SUR i^'artigle: de m. p. paris. 3A1

a produit un chef-d'œuvre, et moi je suis un sacrilège qui l'ai défiguré. M. Guessard est parvenu à ramasser sur les pages du vélin quelques débris de consonnes et de voyelles demeurés inaperçus jujqu'à lui ; il revient triomphant : quel parti il va tirer de ces précieuses bribes ! Il en fait d'abord , dans sa chaire publique de rÉcole des chartes, une leçon contre moi aussi pleine de convenance que d'à-propos ; ensuite il ^n fait une brochure, et il promet d'en faire encore deux ou trois; cinq ou six. De son côté, M. P. Paris rafraîchit le bec de sa plume : à peine il achève de brocher un article, le suivant est déjà sur le métier, et Dieu seul peut savoir où cela s'arrêtera :

Celui qai met un freio à la fureur des flots...!

Le scandale, rabomination , la désolation, les crisg ranathèmu et une avalanche de brochures, voilà pour me payer d'ayoir osé toucher du bout du doigt aux intérêts d'un confédéré : c'est la monnaie du procès qu'on n'a pas osé me faire. Roland se voit de nouveau envahi par une armée de Sarrasins*; mais il leur fera tête, et, bien qu'il n'ait pas d'Olivier à ses côtés, j'espère que la Bibliothèque de l'École des chartes ne sera pas pour lui la vallée de Roncevaux.

M. Paris va, dit-il, examiner mon texte critique; et ces mots soulignés par lui sont gros d'un nouvel ouragan. Je suis un peu embarrassé de deviner sur la foi de quels élémens M. P. Paris va me discuter ; car enfin il n'a pas plus que moi vu le manuscrit d'Oxford, Prcn-

}ki LETTRK A LK AMI

dra-t-il pour base d'opération la brochure de M. Guessard (1) ? Il ne le peut sans se mettre en contradiction flagrante avec lui-même. Nous savons bien que M. Paulin Paris n'est pas à cela près ; mais si fort qu'on méprise le public, encore faut-il un peu sauver les apparences et ménager la pudeur. Or M. P. Paris n'adn^^t pas la possibilité de voir un texte par les yeuxd'autrui : — c Gomme il est certain que M. Génin n'a jamais yi entrevu le manuscrit d'Oxford , il faut qu'un autre 9 ait accepté la commission de relever ces variantes.

(1) Cette brochure a paru : elle forine seize pages. Sauf deux bonnes rectifications de passages sur lesquels j*avais été trompé par le teite de M. Fr. Michel, c'est un amas dMmportantes vétilles et de grosses accusations entées sur des uiaiseries; le tout assaisonné d'interprétations gratuitement injurieuses et de mots des halles comme en sait dire M. Guessard, pour qui la science n*est qu'un prétexte et un instrument de haine. J*ai la satisfaction de voir que, dans un bon nombre de passages, mes conjectures ont rencontré le véritable texte. M. Guessard, qui possède l'art de tout empoisonner, affirme que mes renseignemens m'avaient fourni la bonne leçon; qu'en sait-il? mais que pour tromper le public et glorifier ma sagacité, je me suis permis de mettre le mot entre crochets ou entre parenthèses. Cela fait pitié! Ceux-là seuls peuvent supposer de la part des autres de pareilles supercheries, qui en seraient eux-mêmes capables.

n me reproche d'avoir mis Oxford sic à quelques mauvaises leçons qui ne sont pas celles du manuscrit d'Oxford. Ma réponse est bien simple : Toutes les fois que mes notes (qui n'étalent que des collations partielles) ne contredisaient pas le texte imprimé, j'ai pris ce texte pour le texte authentique original. J'ai été induit en erreqr par M. Fr. Michel, voilà tout. Mais celui que M. Guessard atteint directement de son pavé, c'est son ami M. Fr. Michel, dénoncé à chaque instant poqr avoir très-mal rempli son devoir d'éditeur, tantôt passant des mots, tantôt les estropiant, ou même les remplaçant par d'autres mots : par exemple, lorsqu'il met saint Martin au lieu de .saint Mirhet, très lisible dans le manuscrit, dit M. Guessard.

SUn L ARTICLE DE M. P. PARIS.

» Etablir un texte critique par commissaire ! On ne » l'avait pas encore vu (1). » (Page 304.)

C'est pourtant ce que va faire M. P. Paris. De ma part, le procédé lui semblait absurde ; mais il dit comme Banville : Mais moi^ c'est autre chose ! Et, en effet, 1^ différence est grande : j*ai employé une collation faite par un de mes amis, et il se servira, pour la contrôler, d'une collation faite par un de mes ennemis : il y aura bien dq malheur si les résultats sont identiques ! L^ question sera donc de savoir quels yeux sont les meilleurs pour lire les manuscrits : ceux de la b^ip^ ou ceux de l'amitié ? Quiconque voudra la résoudre avec certitude n'aura d'autre parti à prendre que de mettre dans sa poche la liste des assertions contradictoires, et d'aller à Oxford vérifier sur le texte original.

M. Fr. Michel, qui s*est montré si fort irrité de mon silence, peut en apprécier le mérile aujourd'hui qu*i1 entend parler son impitoyable ami... Ah ! c'est que M. Guessard est une nature méchante qui Hut avant tout se satisfaire, n'importe aux dépens de qui.

M. Guessard a d'ailleurs un avantage précieux, mais dont il abuse: c'est que ses ouvrages sont tous inédits. SMl publie jamais un livre, il s*apercevra .peut-être qu'il n'est pas liii-mème exempt des ff ible^ses de l'humanité : je n'en veux pour preuve que ta première ligne de sa dernière brochure, fl date d'Oxford, le 31 avril; c*çst une singulière entrée en matière pour une liste de rectifications I Si M. Guessard ne possède pas mieux l'art de vérifier les textes que l'art de vérifier les dates, son pèlerinage d'Oxford pourrait bien n^aboutir qu'à introduire dans la langue des archéologues une location proverbiale ; pour exprimer une leçon fausse ou très-suspecte, on dira : C'est une variante du 3 1 avril,

(1) Si M. P. Parts était un p^ moins étranger aux travaux de la philologie classique, il saurait que cela i'aat vu au contraire fort aouvent, et se jioii encore tous les jours.

3ÂÂ LETTHE A UN AMI

• J'en ai fini avec la partie scientifique de l'article, celle qu'on pourrait appeler la partie honnête : il en reste une autre très-considérable par l'étendue et par l'intensité, celle des injures. Cette partie de l'article de M. P. Paris est écrite, non pas avec colère, non pas avec fureur, mais avec rage. Ingrat , charlatan , plagiaire, faussaire, impertinent, insolent, terroriste, inipie, insulteur public, sensible uniquement au plaisir de mordre, dont les procédés ne sont pas ceux d'un galant homme, voilà les aménités dont M. P, Paris a pensé qu*il était de son devoir {à^ chrétien ?) de me gratifier, et qu'il trouve l'art de délayer en quarante pages sans les affaiblir. Quand il s'arrête par la nécessité de reprendre haleine, il a grand soin de mettre après sa signature sa qualité de membre de l'Institut. Je ne crois pas cependant qu'elle lui ait été conférée pour servir de cachet à des libelles et de passeport à la diffamation. L'usage ou plutôt l'abus que fait de son titre M. P. Paris me semble un manque de respect envers le corps savant auquel il a l'honueur d'appartenir. Je ne puis supposer que l'Institut ratifie cette conduite, et s'associe aux indignités dont il plaît à l'un de ses membres de me noircir. S'il pouvait en être ainsi, je protesterais en face du monde savant contre cette prétention de transformer le titre d'académicien en une arme impunément offensive et meurtrière. M. Paris veut m'assassiner avec un fer sacré : nous verrons quel succès couronnera ses efforts.

On se demande le motif qui a pu jeter M. P. Paris en

SUR l'article de m. p. paris. 3&5

de pareils excès ; car de dire qu'il a pensé remplir un devoir, et que tant de bile envenimée découle uniquement d'une source scientifique, c'est ce que personne ne croira, c'est ce qu'il est impossible d^ admettre un seul instant. On cherche donc la cause cachée sous ce prétexte, et j'entends murmurer autour de moi que les bibliothèques étant dans les attributions du chef de la troisième division au ministère de l'instruction publique, apparemment je me suis servi de mes fonctions administratives pour nuire à M. Paulin Paris. Ce soupçon m'est bien autrement sensible que l'accusation d'ignorance, et je dois employer tous les moyens possibles pour en démontrer la fausseté. Le meilleur sans doute serait de dévoiler l'origine de cette animosité grossière et acharnée ; mais je l'ignore. Tout ce que je puis faire, c'est de constater, d'une part, que je ne mérite pas le soupçon qu'on élève ; de l'autre, que les sentimens exprimés à mon égard par M. P. Paris sont chez lui de date fort récente* Pour le prouver, je ferai avancer un témoin quç M. P. Paris ne récusera pas : c'est M. P. Paris lui-même. Je suis extrêmement fâché qu'il m'ait réduit à produire ces preuves ; mais la violence de son attaque m'y autorise , en ne me laissant pas d'autre ressource pour me défendre. Il importe que le public soit édifié sur la moralité de l'affaire, et voie clairement qu'il y a tout autre chose au fond que de la philologie.

La correspondance suivante expose les seuls rapports que j'aie eus depuis trois ans avec M. P. Paris.

Je vous prie seulement, monsieur, de faire attention aux dates : la ehronologiei comme vous savez, est riOBil 4^ l'histoire.

• 29 mai 1848.

II n*y a pas de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir : je n'ea suis pas là, grâce à Dieu, et je ne puis m'em pécher de comprendre que si le minislre (1) a conservé k mon livre les anciennes somcriptienf qu'il avait obtenues, c'est par TefTet de la bienveillante estime que lui portait monsieur Génin. Je le prie donc d^en agréer mes bien vifs remerctments, bien que ce loyal procédé me fasse regretter plus que jamais les très-injjistes préventions qui lui ont fait répudier, jl y ^ déjà bien longtemps, une amitié vraie, et souvent éprouvée de part et d*aatre.

p. P4Rif .

Dans ce tems-là je ne m'appelais pas t le citoyen François Génin , précepteur de son métier, rédacteur du National, natif d'Amiens , d'Êpinal ou de Montbelliard. » On voil que , depuis mai 1848, je suis terriblement déchu dans l'estime de M. Paulin Paris ! Beau livre à faire : De l'influence réciproque de la politique sur la philologie.

La seconde lettre me replace au cœur de mon sujet, et appartient doublement h l'histoire de ce débat, puisque Roland en fut l'occasion. M. Paris, on va le voir, ne pouvait ignorer quel soin avait présidé à ce travail, dont il parle avec tant de hauteur et de mépris.

Monsieur ,

En demandant le beau et précieux manuscrit de Roncevaux qne vous aviez déjà emprunté, que j'avais pris la liberté de vous rede*

(1)M. Carnel.

SUR l'article de m. p. paris. 347

mander pour faire an article de V Histoire littéraire (1), vous «vei renouvelé le plus grand chagrin que j'aie éprouvé depuis longtequpv. Je ne le dissimulerai à personne, et à vous, monsieur, moins qu'à personne : ce manuscrit, j'en ai toute la responsabilité, et depuis que j'ai cessé de m^en servir, on l'a déplacé de façon qu^ toutes mes recherches depuis dix-huit mois, recherches pour ainsi dire incessanteii aient été inutiles.

Je Pavais rapporté, et mon intention était de le faire effacer ausr sitôt de mon compte sur le livre de prêt, quand deux étrangers se présentèrent à la Bibliothèque nationale pour le voir; je le pris sur mon bureau (avant de l'avoir fait effacer du livre de prêt), ils Texaminèrent avec attention. La séance s'écoula. Le lendemain on le surlendemain, ne le voyant pas sur mon bureau ^ j^allai pour le prendre à sa place ordinaire, dans le fonds de Colbert : je ne le trouvai pas. Je cherchai ; inutiles recherches. Je demandai à M. Claude 8*11 ne l'avait pas effacé, s'il ne vous l'avait pas remis; si, par aven^ tare, persuadé qu'il n'avait pas encore ét6. définitivement effacé de votre compte, vous ne l'aviez pas fait reprendre. M. Claude ne me répondit qu'eu me montrant l'article du registre auquel j'étais inscrit. C'est de ce moment que mes recherches ont commencé, et jusqu^à présent, je le répète, elles ont été infructueuses.

Je ne doute pas qu'il n'ait été déplacé ; car il est impossible de supposer que ces étrangers aient voulu , aient pu s'en emparer. D'ailleurs mes souvenirs, ravivés tous les jours par mon inquiétude, sont parfaitement nets, exacts ; il n'y a donc que le temps qui pourra faire découvrir l'endroit où ce trésor véritable est caché.

Vous êtes fait, monsieur, pour les aventures de ce genre. Il faut, en vérité, avoir un éloignement bien robuste pour le système de la fatalité, pour ne pas être frappé du rapport qui se rencontre entre VHistoire des lettres de Marguerite de Navarre^ première cause de là rupture de nos anciennes relations, et le manuscrit que Ton ne peut aujourd'hui vous remettre une secoude fois Je ne me préoccupe, en ce moment, que d'une chose : c'est de vous dire la vérité que je vous dois. Dans ma conscience, je ne me reproche rien ; j'di rapporté le volume pour le faire effacer ; j'ai voulu presque aussitôt le faire effacer : le malheur est que, pendant ce court intervalle, il aura été déplacé ou plutôt mal replacé. Agissez, monsieur, comme vous croirez devoir

(1 ) M. P. Paris m'avait fait cette demande à la fin de 1848 par une lettre d'une exquise politesse. Je la supprime comme superflue.

le faire. Je le répète, je suis responsable, et vous connaissez tous les faits. Je me garderai bien de vous engager à prendre un parti plutôt que l'autre : 'cependant je crois pouvoir vous avouer que j.e D*aurai pas de repos avant que ce noanuscrit ne soit découvert et retrouvé; vous uVn auriez aucun besoin, que mon tourment et mes inquiétudes seraient encore les mêmes.

J'ai rbonneur d'être, monsieur, votre très-humble et très obéissant serviteur.

P. Paris.

Jeudi, 16 mai 1850.

P, S, — Eocore un mot , monsieur ! Dans les circonstanceti désagréables où se trouve Tadminlsiration de la Bibliothèque natljoaie par suite des brochures de Paris et de Lotadres , pour la défeo^o de M. Librt. il serait certainement fâcheux de compliquer ces embarras parla publication de la cause de mon chagrin particulier. Vous pèserez dans votre sagesse le pour et le contre ; mais pour moi, j'ai voulu vous en écrire toute la vérité ; je ne veux pas, à cinquante ans, commencer à prendre une position fausse à votre égard ni à Tégard de personne. Je vous aurai une obligation véritable, si vous prenez la peine de m'accorder quelques mots de réponse : et quoi que vous pensiez, disiez et fassiez, monsieur, vous ne pouvez rien ajouter au chagrin que ce manuscrit m'a déjà causé. — Si, par impossible, ce manuscrit était sorti de la Bibliothèque nationale , vous comprendrez parfaitement qu*il ne pourra se révéler nulle part en Europe sans qu'on ne le reconnaisse facilenieut avec la dernière évidence. C'est le volume dont la propriété est le plus facile à constater, et dont il serait le plus impossible à un particulier, quel qu'il fût, de jamais tirer le moindre parti.

En tout état de cause, le manuscrit a été emprunté par moi, il est inscrit sous mon nom ; j'en suis donc seul responsable, et non la Bibliothèque ; du moins celle-ci ne l'esl-elle qu'après moi. Le fait est donc celui-ci : Vous demandez un manuscrit que M. P. P. a emprunté, et qu'il vous demande la faveur de garder encore quelque temps. Vous savez maintenant la cruelle nécessité qui m'oblige à vous demander cette faveur.

SUR l'article de m. p. paris. 3A9

Voici ma réponse :

Paru, le 17 mail 850.

Monsieur ,

Quelque pressant besoin que j^eusse de collationner le mannscrit Colbert 7227 ^, puisque j'en suis à lire mes épreuves, vous m'alléguez une raison invincible, à laquelle je suis bien obligé de me soumettre. Mon intention n'est assurément pas de vous en faire aucune peine : j'ajournerai donc toute demande jusqu'au moment où yous aurez retrouvé le manuscrit. Mais, connaissant où je suis arrivé de mon travail, vous comprenez que chaque jour de retard y apporte un tort irréparable, et que, dans un tems donné, la remise du volume me serait tout à fait inutile. Cela m'oblige à vous prier, monsieur, de faire le possible et même l'impossible pour hâter l'époque d'une résurrection que tous deux nous devons également souhaiter. Je vous en aurai autant de reconnaissance que si vous n'y aviez aucun intérêt.

J'ai l'honneur d'être, monsieur, votre bien dévoué serviteur.

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