‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 81 sur 98 · F. GÉNIN · texte numérisé non relu

F. GÉNIN

Cette lettre se croisa avec le billet suivant :

Vendredi, 17 mai 1850.

Monsieur,

Veuillez bien regarder comme non avenue ma lettre d'hier : le manuscrit a été retrouvé sous les amas de M.***, qui s'en servait et qui l'avait depuis longtemps sans doute à son bureau. J'avais cherché partout, excepté là ; et, sans votre demande , j'aurais encore longtemps conservé le ver rongeur qui me mangeait la rate depuis dixhuit mois. Voilà donc ces deux pauvres malheureux étrangers (1), que Je ne pouvais m'empècher de soupçonner , justifiés complètement. Je demeure, monsieur, votre très-humble serviteur.

P. Pabib,

(1) Le texte porte un nom de nation.

èbO LETTRE A tN AMi

Voilà donc où nous en étions îl y a juste un an. Depuis je n'ai pas eu ia moindre relation avec M. Paulin Paris; et la première marque de souvëhir qu'il m'ait donnée a été son article dans la Bibiiothèfue de VÉcole des chartes. Je laisse à décider si mes procédés a regard de M. Paris justifient le ton de cet article. Gomment ai «je pu tout à coup hriériter l'épithète d'ihsulleur public et toutes les autres injures dont me charge la fureur de M. P. Paris? C'est ce que M. P. Paris lui seul pourrait dire. La seule conjecture que je puisse hasarder, c'est que M. P. Paris est l'organe complaisant de quelque intél-êt que j'ignore et qui se cache ; M. P. Paris, heureux d'ailleurs de la circonstance, cela se voit, épouse la cause d'autrui avec une facilité qui fait honneur à son imagination ; dans la chaleur de son zèle, il me jette à la tête le vocabulaire des Scioppius et des Scriverius : mais quand on a si longtems vécu dan^ le moyen âge, on est peut-être excusable de n'en être qu'au xvi* siècle en 1851.

Relativement au fond même de ses critiques, je n'en Suis ni blessé ni aMigé. Quand elles seraient toutes reconnues injustes, je n*en serais pas plus fier : cela ptouverail ^ulement qu'il n'a pas su choisir; car, dans un travail si long et si divers , comment pourrais-je me flatter qu'il ne m'est échappé aucune erreur? Pourrait-on même raisonnablement l'exiger ? Non , sans doute. Personne n'est plus que moi convaincu de l'imperfection de nion ouvrage 5 et, comme depuis qu'il a

SUR L ARTICLE t)E M. !>. t>AlUS. Sôl

Vu le jour, je n'aî pas cessé d'étudier la matièfé , si M. P. PaHs iti'eût fait l'honneur de me demander à moi aussi des notes dans ce sens , j'aurais pn lui eh fournir beaucoup. Mais je n'accorde pas à M. P. Paris que mon travail né contienne absolument rien de bon. Pourquoi donc s'efiForcer de repousser dans l'ombre ce qu'il peut renfermer d'utile, et ne mettre en saillie que les défauts passionnément exagérés par une critique sans loyauté comme elle est sans bienveillance ?

C'est qu'il y a deux natures d'écrivains critiques : les uns ressemblent à Tàbeille, qui sait trouver du miel sur toutes les fleurs ; les autres ressemblent à la Vilièt-fe , qui convertirait en venin le suc môme des roses, ie n'ai pas besoin de dire lequel des deux animaux est le plus utile , encore que les vipères soient bohries à quelque chose , puisqu'oii en lire parfois de la thiériaque. L'antiquité {jréteridait itiême qu'elles portaient en elles le contre-poison de leurs morsures, et qu'il suffisait, pour en guérir, de les écraser irnmédiatemedt sur la plaie. Mais c'est une question de médecine où je n'entends ried.

Dans cette lettre et la précédente , qu'ai-je voulu ? Me défendre ? Non, mais rendre manifeste qu'en cette âfiaire je shis en butte à l'hostilité systématique d'une coterie, et d'une coterie qui né se refuse aucun moyen pour arriver au monopole de certaines études et à la domination dans la science. M'arrêter à cribler une à une toutes les chicanes qu'il plaira à ces messieurs de me faire, ce serait prendre le premier le chaoj^e

qu*ils veulent donner au public ; ce serait accepter le joug de ces tyranneaux, et me rendre leur esclave. Je les montre au doigt , et je passe.

Agréez, monsieur, etc.

P. Génin.

Paris, le 30 mai 1851.

POST-SCRIPTOM.

M. P. Paris publie un errata et un post-scriptum à son article. Verrata nous prévient qu'il faut lire dans un endroit, au lieu de tables de Rymer^ tables du Doomsday-Book ; et dans un autre, mort vers 1200, au lieu de vers 1100. L* errata est bien court ! Le lecteur charitable qui a averti M. Paris un peu tard devait bien , pendant qu'il y était , faire ajouter du moins : « Rolewinck , méprisable auteur protestant , Usez estimable auteur catholique. »

Ainsi, M. P. Paris invoque la faute d'impression pour mettre «n harmonie la date de la fameuse lettre et celle de la mort du prieur du Vigeois ? J'y consens, je lirai : mort vers 1200. Mais la thèse de M. Paris n'en est que mieux condamnée , car tout de suite la lettre revient au prieur de Saint-André, en 1092.

N'oublions pas ce qui fait l'importance de cette lettre aux yeux de M. Paris comme aux miens. C'est

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