II
i^à LETTRE A UN XUï
quëtit tous les eifôrts de M. P. ^aris n*aboutissent à rien : sa rectification ne prouve rien en faveur de Oalixte ; elle prouve seulement que M. V. Paris ne croit paâ qu'Uti homme puisse écrire quatre-vingtdduzë anâ après sa mort. Son opinion â cet é^ard eài peu im^Jortante,
M. Paris, fidèle à son système, prétend que inà première lettre est encore un plagiat dû travail d'autruî, toiités Ifes fautes que j'y relève ayarit été, dit-ît, signalées autrefois par M. Guérard. Quoi ! n'y a-t-il donc pis d'altërdtion de la térité, û impudente tùt-èile, chjJàble dfe faite reculer M. P. Paris? Comment! M, OUérard, dans utle lettre de 1837, avait sighalé les atroces bévues du Villehardouin publié seulerheht ëd 1888 ? et ciellos de {'Essai d'un dictionnaire historique publié ërl 1847 ? et celleâ de la Chanson d'Antioche publiée feri 4848? A quels lecteurs M. P. Paris croit-il avdil' affaire, el de quel nom peiit-on qualifier poliment un pareil moyen de défense ? La vérité, la voici : sur QUAttANTE-six bévucs signalées par moi, trois Tavaierit été déjà par M. Giiërard. J'aurais pu faire à sa lettre un quatrième emprunt : t'est l'origine du rnbt charèon de terre j « ainsi nommé parce que l'Angleterre le tire du continent (1). » Je n'ai pas pris celle-là, et M. Pàriâ , pour me renlercier de iha discrétioh , b'appélle plagiaire ! Je conviens que, dans une tliàlière si riche , je ne devais pas faire de double èm(ilol pour
(1) Notes sur le Don Juan de Byron.
SUR L*ARTICLE Î)E M. I*. PARfS. Èbh
trois bévues ; mais si j'ai fait lort au lecteur de trois bévues de M. Paulin Paris, je spis {Jrêt à en fournir eh échange six, douze, vingt-quatre-, M. P. Paris n'a qu'à dire : c'est la chose du nrlonde la plus facile ; chaqtie jour eh voit éclore. Afin de vous en convaincre, je veux vous en servir deux in-promptu ; et , [)our lUi faire la partie belle, je lui rends le grec et le latin : je m'enferme dans la langue française. De plus^ pour qu'il ne dise pas que je vais fouiller ses péchés de jednesse, je ne veux pas remonter plus haut que 1848 ; et encore je m'interdis de prendre dans ses livres. Je croip que c'fest être de bonne composition ?
Ouvrez le Moniteur du lô novembre 1818, article sur le livre de M. de Saint-Priest. Vous trouvez Adam de la Halle, Rutebeuf, les écrivains du xin* siècje , désignés par cette expression fausse autant qu'affectée: les trécentistes français. Le mot trécentiste, mal à pro- . pos importé de l'italien, ne pourrait désigner quQ les écrivains du siècle dont le quantième se marque par le chiffre 800 après mille, [)ar conséquent dq xiv« siècle. M. P. Paris est apparemment de ceux qui, par seicentistes, entendent les écrivains du xvi' siècle, au Heu du xvn". Pour un philologue de profession , Terreur est grave.
Prenez encore le Moniteur ( vous voyez que c'est officiel) du 27 mai 1851 ; c'était hier. Dans un article sur la vente de la bibliothèque de M. de Monmerqué, vous verrez une faute pareille : céans mis pour léami c est-à-dit-e ici confondu avec là : « Quand tous les
B domaines sont envahis, on frappe chez la maîtresse » de la maison. Or, quelles que soient les dispositions » littéraires de la dame de céans ^ elle ne verra pas B sans terreur,..., etc. » Vous voyez que ces fleurs ou plutôt ces chardons naissent sous les pas de M. P. Paris.
Mais le grief le plus considérable énoncé au post^ scriptum^ c'est que j*ai calomnié M. P. Paris au sujet de sa phrase sur M. Daunou. M. Paris rétablit la phrase entière, qu'il écrirait, dit-il, encore aujourd'hui (tant pis pour lui ! ). Or il résulte de ce rétablissement, que M. P. Paris a approuvé et approuve encore la destitution de M. Daunou au point de vue politique , parce que M. Daunou était républicain , et « ne comprenait » guère mieux que Camus le culte ou seulement l'in- » térèt des souvenirs de notre ancienne et glorieuse » monarchie. » Qu'aurait dit M. P. Paris si , en mars 1848, on lui eût appliqué ses propres maximes ?
Transcrivons jusqu'au bout ce texte que reproduit M. P. Paris, en me reprochant de l^avoir mutilé : « La » restauration eut, en 1815, le bon esprit d'éloigner 3» M. Daunou des archives , en lui donnant comme %m » dédommagement honorable et justement mérité la » direction du Journal des savants et, la chaire d'his- » toire ancienne au collège de France. »
Voilà donc le texte pur et complet ? J'en suis bien aise : il fait ressortir une fois de plus la méthode exacte de M. Paris quand il écrit l'histoire.
M. Daunou fut destitué des archives le 26 février
SUR l'autigle de m. p. paris. 357
1816; il fut nommé rédacteur-éditeur du Journal des savans au mois de septembre de la même année. La place qu'on lui était valait douze à quinze mille francs, plus un beau logement ; celle qu'on lui donnait en échange, quinze cents francs, et point de logement. M. Paris s'arrange à merveille de ce dédommagement pour M. Daunou ; mais pour lui-même, qu'en dirait-il?
Les chaires du collège de France se recrutent non par voie de nomination ministérielle directe , mais par voie de double présentation. M. Daunou fut présenté régulièrement par le collège de France et par l'Institut, en remplacement de Clavier, décédé. M. Laîné, alors ministre, et, il faut le dire, plein de bonne volonté pour M. Daunou, ne put obtenir du roi de ratifier le choix des professeurs et tle l'Institut. Clavier était mort en 1817 : « ce fut seulement le 13 janvier 1819, » pendant que M. Decazes était ministre de l'inté- » rieur, que ce choix fut confirmé par ordonnance » royale (1). »
Voilà le dédommagement et l'empressement dont M. P. Paris avait exprimé sa satisfaction. Je ne me doutais guère qu'en taisant cette partie de sa phrase où la vérité est blessée, je le calomniais.
Après avoir répondu à tout ce qui présentait l'apparence d'une raison, n'ayant plus à combattre que ce qui serait épigramme fine ou trait d'esprit , ma tâche me semblait terminée et j'allais m'arrôter, lorsque
(i) M. TAiLLAMSint, Documents sur Daunotà^ p. 248«
in LKTTKK A UM AMI
mes yeux sont tombés sur une phrase dont Tobscurité peut être significative.
M. Paris tient plus à paraître spirituel qu'à être ctoir. A la fin d'une phrase très-alambiquée , il parle d'une sienne conjecture confirmée par le zèle ardent que j'avais montré, dès les premiers jours de iha carrière administrative, pour soumettre tout l'Institut à la retenue. Je ne puis deviner cette énigme; Je vois bien rinlention.de M. P. Paris (on la devinerait sans la voir) ; mais je ne sais à quoi il prétend faire allusion, ni de quoi il veut me rendre responsable à côté du ministre. Je soupçonne que la pensée a gêné l'expression i et M. P. Paris me paraît ici plus près qu'il n'a jamais été de laisser échapper le secret de cette levée de boucliers : dans l'éditeur de Roland n'est-ce pas l'aditiinistrateur qu'on poursuit? La philologie ne serait-elle pas ici l'auxiliaire, non-seulement de vanités malades , mais encore , mais surtout de resseptinlens occultes causés par certaines mesures , certaines exécution* honorables pour le gouvernement qui ëri est l'auteur, et dont je ne craindrais pas de porter lé responsabilité si elle pouvait m'appartenîr ? On se venge sur qui l'on peut, comme l'on peut. Oui, le dertiier mot du postscriptum de M P. Paris est le coup de lumière illuminant l'ensemble du tableau. M. P. Paris rappelle, en finissant, que j'ai composé un livre des Jésuites : tout est là ! On s'efforce d'attirer la question scientifique sur le terrain de Tosprit de parti ; l'intérêt de la science sert de couverture aux rancunes de l'in-
su» L'ARTrCLK DK M. P. PARIS. 369
térêt privé ; ce sont ces honteuses vengeances qui prétendent s'exercer hypocritement à Tabri de l'érudition de M. P. Paris et popfipagnie ; moyen digne en effet de la cause qui l'emploie! Aii ! ne parlez plus d'études, de littérature , d'archéologie ni' d'histoire ; tous ces nobles termes que vous profanez doivent être en cette aff^^tQ reihpUpés pat un seul ft)qt qpi ré^MH^^ ^ ^os œuvres et vous : l'intrigue.
Je vous renaercie de l'avoir rendue si visible, non pas que l'intrigue démasquée soit toujours vaincue : Ipin jie là! mais alors gon triomphe mênie ^é^horipre ^e$ agens» et nu)|emi^nt $^s victime^.