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l'avoue , mais qui est certainement d^ la langue du XV* siècle. Dans cette langue de transition, ils a servi pour les deux genres, comme pous nou§ §ervpns de lui : donnez-lui se rapporte aussi bien à une femme qu'4 un homme. Et ce qu'il y ade pluscurieux, ils a (lé^igné le féminin concurremment avec elles. N'est-ce pîjs ufj (.fait à conserver?
Voici des exemples tirés de Charles d'Qrléans :
Tant que Basques soient passées.
Sans resveiller le chat qui dort, Fredet, je suis de vostre accort Que pensées soient cassées.
Quant aui miennes^ Hz sont lassées...
Autre exemple :
Je cuide que ce sont nouvelles?
J*oy nouveau bruit! Et qu'esse là?
Hélas ! pourrai-je savoir d'elles Quelque cbose qui me plaira ?. ..
S'ilz ne sont ou bonnes ou belles Ail fort mon pueur eodor^ra...
Je pense que cela suffira pour ma justification. Je n'ai pas voulu m'exposer au reproche d'avoir trop innové et d'avoir fourni un texte épuré par le procé(|é de Brunck dans ses éditions grecques.
Je me suis toujours souvenu d'une règle de critique que donnait M. Boissonade à ses auditeurs de la Sorbonne.« Quand vous rencontrez, nous disait ce savant homme, plusieurs leçons d'un même passage, attachezvous à la plus obscure, car il est probable que c'est ta
yr^je, op du ijf)OJi)s h plqs ^ncjennp, et que les autres n'ont été imaginées que pour remplacer celle-là. ^
C'est pe qui m'a fait préférer des leçons que vous Cpn4înnnez à des corrections ie mon pr^. IJ suffisait que les premières eussent une chance, si faible fût-elle, d'être les véritables : je les ai maintenues ; par enQp qui sait si de cette leçon aujour^'bui insignifiante il q^ sprtira pas un jour un trait de lumière ? C'est pourr quqi, par exemple , vous avez rencontré un imparfait de l'indicatif écrit par oe, tandis que tous les autres }e sont par oy.
« Il me paraît incontestable (dites-vous) que Va est le résiiltat de quelque faute d'impression et de copie. Non pas que je conteste le moins du monde à M. Génin ce qu'il affirme avec toute raisoq, à savoir que cette orthographe dite de Voltaire se trouve dans des textes très-vieux, et était en usage aussi anciennement que l'autre. Il faut pourtant s'entendre là-dessus et fair*e une dis* tinction : ces formes de conjugaison ne coexistent pas dans les mêmes textes, et elles appartiennent respectivement à des provinces, à des dialectes différents.»
. Je puis vous certifier, pour l'ayoir soigneuseme|]t vérifié, que la finale de l'imparfait en ai coexiste avep la finale en oi dans la version des Machahées^ à la suite de celle des Rois , dans le célèbre manuscrit de la Mazarine. Je ne sais quelle conséquence on peut tirer de ce fait ni comment il s'explique ; je le livre tel quel à votre sagacité. Ainsi l'orthographe de Voltaire , nonseulement avait cours dès le xn** siècle , mais encore gllp §e tpêjait dans un mèrpe texte avec cette orthographe par ùi , que M. Nodier et son école estiment le
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palladium de la langue française contre les novateurs (1).
Et moi, trouvant un exemple de cette orthographe dans le PateKnde 1490, je ne l'ai pas osé corriger comme une faute d'inipression, encore que cet exemple fût unique ; au contraire, je l'ai recueilli , car je pensais à la version des Machabées et au manuscrit de la Mazarine. Je vous fais ma confession entière et vous dévoile le secret de mes scrupules ; c'est à vous qu'il appartient de me condamner ou de m'absoudre : «Vous êtes mon aréopage. »
Ma lettre est déjà bien longue ; cependant je ne saurais la clore sans revenir à cette question de l'hiatus, qui est fondamentale dans ma théorie de la prononciation du vieux français.
Selon vous, j'ai observé la tendance du peuple à pratiquer des liaisons ; j'en ai conclu la répugnance instinctive de notre ancienne langue pour le concours des voyelles ; et j'ai été conduit nécessairement à imaginer le système des consonnes euphoniques intercalaires (2).
Non, ce n'est pas dans cet ordre que les faits se sont passés.
J'ai d'abord été frappé de la quantité de mots qui
(1) 0%^ la plu9 française de nos diphthongnes, s'écrie M. Paalin Paris avec plus d'emphase que de justesse, car tontes nos diphthongues sont également françaises. Pourquoi ce privilège et cette sympathie ?
(2) « Ce qui Ta poussé (l'éditeur de Patelin) à supposer que dans » Taucienne langue l'hiatus n'eiistait pas^ et que partout où ii exis- • tait il fallait imaginer une consonne intermédiaire qui le sauvait,
DU VIKUX FRANÇAIS. A3S
présentaient une consonne intercalaire, soit médiante, soit dans la terminaison, soit finale.
. J'en ai cherché la raison, et j'ai cru la trouver dans un rapprochement qui se présentait de lui-môme avec le langage populaire.
La répugnance instinctive du vieux français pour l'hiatus a été ma conclusion et mon point de départ.
Assurément je n'ai pas inventé Vs finale caractéristique du sujet, qui fait prononcer on z-a (homs a) ; ni le t final de tous ces verbes à la troisième personne du singulier, dont sont remplis le Roland , la version des Rois, les Moralités sur Job, les. Sermons de saint Bernard, la version des Machabées, etc., et qui est cause que le peuple dit encore : « Il dt été, — il at évu la fièvre. » J'ai pris toutes ces consonnes où je les ai trouvées, et me suis borné à en rechercher la cause générale. Leur rôle était manifeste.
J'ai conclu à la répugnance instinctive de l'hiatus , mais — les mots trahissent toujours notre pensée ! — par hiatus je n'ai pas entendu tout concours de voyelles, ainsi que vous le supposez. Je n'ai pas voulu dire que le vieux français ne soufi*rit jamais la rencontre de deux voyelles, mais seulement qu'il n'en souffrait pas le heurt, la rencontre désagréable. J'ai moi-même remar-
M mais qui ne 8*écrivait pas, c'est la tendance qu^a le peaple à faire » des liaisons et a intercaler des consonnes entre les mots. M. Génin » pense que c*est une tendance traditionnelle qui témoigne que le D vieux français avait une répugnance instinctive pour le concours M des voyelles ; mais, à vrai dire, je ne puis voir sur quoi cela est M fondé. » (Page 356.)
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qUé qUë rhtfttus, tel que le défiûissent no§ tfàtté^ tië versification ,. est mal à propos exclu dû veh MnçâlS moderne , car il y à de ces hiatus t^ês-doux et trfesharttionieuxâ l'oreillfe. J'ai dit cela, et avec ihfeîëtàBcë, dans mes Variations du langage fràriçats(i).
Il est donc clair que bar répugnance dé l'hiâtiis bhez nos ancêtres , je n'ai pas entehdd rétiligtiânfee â toUt concours des voyelles, niais à un certain cotlbôUrâ. Et c'feât tellement viral, que, partiii le§ moyens de Tévilét, j'en tti itidiqué uti diamétralenient Opposé à belui de Isi conisonne intei-cdlftire : celui d'ùrie voyelle ihterca- ]àire(2] ; c'était Yi, Datls le Roland, datis lés Tiois, qui sont des lexteig tiot^mahds, lël ililàlë fémïtililë dli participe ^àssé el^t fortifiée par le rf ou le ^ ititercâlaire : gantée-, crutsiee, — gastede, cruisiede. Au cdtttraire, dans les Moralités sur Job, texte boutgUigilbri^ toutes ces finales s'appuient sur un i faisant dipblhôtigue ; vous n'y lil'ei jamais née, donnée, portée, élevée, mais partout neie, donneie, porteie;, életeie. Et cette prononciation, à l'heure qu'il est, est encore eii Ul^âge dans toute la Bourgogne et la Lorraine.
Mais, comme vous savez, il n'y a rien d'absoli]^ et les caractëi*es les plus prononcés du langage d'une province lie sont que prédominads et non pas exclusifs. Aussi je ne crois pas que cette articulation eie pour èe fui exclue dû langage normand. Je ne l'y vois
(1) Page 288,
(2) Introduction du Roland, p« 151, et dans le P<MeIm,p. 339.
jJââ écHlé , botiihne dahà les textes fcourgiiignbnâ. J*ën îilfërè éfebVetnelit (jb*élle y était moins Iréquente. C*esl tHferriè par ellfe (Jue je voudrais fëii(iré l'narmonîe à ce vërâ hl â tàrll cl'iutres qui lui resseniliient :
Plaies et gresilz demesweement.
iRoiand, li, 765.)
Il m'est impossible d'admettre qu'on pt-ôtlBhçât eri choqtiaiit deùl é fermés deméètir^-éyheyit ; bé hégalëment, cette eàpè'ce de bélemerit est sans exemple dans la langue française. D'autre {lart; jb né |)t'ëtidr!lil^ |J8S sur moi d'intercaler une consonne arbitraire ; resté donc à prononcer demesureiement.
Et j'invoque , à l'appui de mort opinion; vos propres Remarques sur le motif de l'ancienne orthographe hardihmenty vraiement : ment est l'ablatif fnente qili commahdé l'adjectif au féminin : vera mente ; — audaci nient e ; — non mensurata mente*
Dismestireie pour démesurée, à la lorràihe.
Vous trouvez ces formes en eie écrites en tbtltes lettres dans les Sermons de saint Beriiàrd : — sèmettCè envèlimeie ; hàtiire eritacheie et porprise ; - — misêrifedtdé dûfineie; — vérité révéieie, etc.
Voilà donc la répugnance de l'hiatùâ qdl ta cherchet le secours d'une voyelle !
Ce n'est donc pas argumèhtel- contre ma doctrine de dire que l'ancien français paraît avoir recherché sbdveril là rehcoiitre des voyelles. Cette véHté incontestable ne va pas à proscrire la théorie des con-