‹ Récréations philologiques, ou Recueil de notes pour servir à l'historie des mots de la langue françaiseChapitre 95 sur 98 · DU VIEUX FRANÇAIS. A · texte numérisé non relu

DU VIEUX FRANÇAIS. A

Il n'est pas douteux qu*un Bourguignon aurait lu ce texte : se m'puyez.

Je crois qu'un Normand l'aurait lu : se rnpouvez.

Chaque peuple a dans Poreijle des sympathies et des antipathies, et dans Torgane de la voix des tendances particulières, des instincts d'où résultent les caractères de son langage.

Par exemple, les Ioniens que vous m'avez cités n'auraient pas dit fjterà yipai îx^^v^ mais ficrà ^cpacv eg^v. Amis de l'hiatus erî général, celui-là leur déplaisait». De même nos pères répugnaient au choc de Yé fermé contre une autre voyelle dans le corps d'un même mot. Ils mouillaient celte transition d'un i, pris* en dehors de l'étymologie : un léion , un séiau^ un fléiaUy pour éviter un léon^ tin seau, un fléau. Par parenthèse, pourquoi le lion est-il entré à l'Académie, tandis que le siau est resté à l'usage exclusif du populaire? Est-ce encore une application de la règle quia nominor leo?

J'observe comme une singulière coïncidence que le même procédé euphonique avait cours chez les Grecs. Ainsi le nom de Léandre se prononçait Léandros^ LeiandroSy Liandnos. Musée écrit tantôt Acavipoç, tantôt Aetav^poç, L'orthographe Ai^av^poç, par r^, sur une monnaie d'Abydos, a fourni un argument au père Hardouin(quel argument!) pour démontrer que le poème de Musée était l'œuvre d'un moine inconnu du xui" siècle (1). C'est par imitation du grec que Silius Ita-

(1) Nummt aniiqui popuiorvm et urbiwn illiAstrati, Ce D*est qa*ane preuve de riotacisme.

è§? DE L6^ f^ÛNQNCl^TlOSf

Ijcus, çj. ttyj4ft çji^l ffijl; J3 pre^T^jère syllabe ^pngqe dans

Leander :

Mille rates vidit Lëaodrias Hellespontus.

(SiLins, VIII, 622.)

Si tibi taie fretum quondam, Lëandre, fuisset.

(OviD., Trist., X, 41.)

Nil nisi Lëandri nomen in ore meo est.

(OviD., Herotd.)

11 eât présumable que dans ces passages il faut pronûi^cer aussi à la grecquç Leit^vd/er ou Liander^ comme Pelides pour n^jX»^?.

Ainsi, quand, sur les tréteaux delà parade, Isabelle et Golombine s'entretiennent du beau Liandre, ellesle nomment tout juste comme le grammairien Musée et la prêtresse de Vénus elle-même. Voilà, j'espère, une tradition orale qui s'est bien tenue de Héro à Zirzabel^y et des rivages de l'Hellespont au préau de la foire Saint-Germain ! Henri Estienne, qui a écrit des rapports du grec avec le français, n'a pas remarqué celuilà, et il en a recueilli un grand nombre qui sont bien plus contestables, sinon tout à fait in;iaginaires.

De &ambucu&^ le frapçais avait fait séu ou séwr (d'oài notre sureau), mais on prononçait, et toute la Bicar.dte, où cç^ ma( s'e^t conservé, prononce epcare du séyu (4).

Sh ||)ien , p'est-ce pas un i^ejisetgnen(ient uijlç pour

(i) Lft Bourgogae aussi, le ccois^ car rexcellent M. Guérarfl(a>, lorsque je l'allais voir rue de La Rochefoucauld, où il habitait un

(a) M. Guërard était né à Montbard.

DU VIEUX FRANÇAIS, âS9

lire correctement ces vers du Dît de Merlin-Mellot : — Un trésor ! s'écrie la bûcheronne ; et où le prendras-tu, misérable ? — Où je le préparai ?

Aa bout de ce courtil, droit dessonz un séur (1). (Cest un arbre qui est en settembre méur.)

Probablement on prononçait aussi meyur?

Tout se tient, tout s'enchaîne ; c'est pourquoi il n'eçt si petite découverte qui n's^it sa portée. La plus mince parcelle de vérité est précieuse , car avec quoi construira-:t-on l'ensemble , si ce n'est avec les détails ? « Vaille à maille se fait le haubergeon. » Ge vieux prQverbe sera l'excuse de tant de micrologie ^ comme disait (noq ancien maître, le bon et docte Hablin. PéUcite?-moi , çpon olier Littré, me voici arrivé à Brindes :

firandusium long® finis cart^que viœque.

pavilloo au milieu des vastes jardins de M.' de Fortia d*Urban, ne inanquaitguères de me proposer un lourde promenade en ces termes : « Allons! me disait- il en riant, allons voir messéuy,5. »Et qQai^4 je partais pour la campagne : « Vous allez tailler vos séyus ? »

(1) On voit comment s'est formé -sureau : séur — sur — sureçM. LV de ce mot provieni encore d'une consonne euphonique i^ale.

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