DESIREUX
ou
IMPATIENT de voir se réaliser ce qu’il souhaite,
—Merci, Justine, vous avez mis du baume sur ma plaie, répondit M. Laurent avec une bonne humeur qui prouvait que son anxiété n'était pas trop tenace, et vous m'avez corrigé d’une expression dont je reconnais si bien l'impropriété que je n’en ferai plus jamais usage.
—Monsieur m’a dit tout à l'heure que la “Savoie” était due au Häâvre demair:. Que dois-je comprendre par là?
* —Un navire, dit M. Laurent, un train, un messager
DU — cela veut dire que ce navire, ce train, ce messager, qui accomplissent périodiquement un trajet fixé, doivent arriver à leurs diverses étapes à des jours ou à des heures prévus. On affiche dans nos gares: le train de Québec, dû à 6 heures 45, est en retard de 28 minutes.
—Bon, fit Justine, vous employez dans ce cas le participe du verbe devoir. C’est une tournure tout à fait étrangère au génie dela langue française.
Nous disons, pour exprimer la même idée, que le train qui est attendu à heure fixe est A L HEURE ou EST EXACT — ce qui veut dire qu’il arrivera à la minute pres-
crite par les horaires.
Dans nos gares, on affiche également le retard des trains -t l'on dit: le train de Bordeaux, aftendu à 7 h. 15, ou qui devait arriver à 7 h. 15, est en retard de 16 minutes.
Dans la soirée, ün marconigramme apprit à M. Laurent que ses amis étaient en bonne santé et en vue du port.
— Préparez tout pour les bien recevoir, dit-il à Justine. Le père est un médecin célèbre à Montréal, aui a le bureau 1e plus achalandé de la ville, et le fils est un av : 1t de talent qui vous charmera en jouant du’piccolo, car il en joue comme un ange.
—Qu'est-ce que c'est qu'i‘n piccolo?
PICCOLO.—C'est un petit instrument que ‘’on tient en travers, comme la flûte.
—Le piccolo, dit Justine, n'est pas connu en France comme instrument, On appelle picolo un petit vin léger de certains pays, particulièrement de Beaugency.
L'instrument que vous désignez sous le nom de piccolo se nomme
PETITE FLUTE.—C'est une flûte de petites dimensions, construite exactement comme les grandes flûtes, mais qui a un son beaucoup plus aigu. (fig. 66).
On nomme encore
OCTAVIN — la petite flûte qui sonne à l'octave supérieure de la grande.
Enfin, on appelle
FIFRE, — la petite flûte qui n’a qu'une seule clef et qui ne peut par conséquent produire les sons chromatiques. (fig. 67).
ET ECS AN
F1. 66.—Petite flûte, F10. 67.—Fifre.
—Eh bien, le piccolo de mon jeune ami est une petite flûte. Il sera peut-être content d'apprendre cette particularité.
—Vous m'avez dit aussi, Monsieur, que le père de votre ami est médecin et qu’il avait le bureau le plus achalandé de la ville. Dois-je comprendre que c'est l'endroit où il reçoit sa clientèle, où il donne ses consultations ?
—Précisément.
—Eh bien, Monsieur, cet endroit se nomme ici
CABINET.—Un médecin vous reçoit, vous examine, vous ausculte dans son cabinet. On doit dire, en français, le cabinet de consultations du docteur X... est le plus réputé de la ville. —Et dit-on aussi le cabinet d’un avocat ?
—Ce mot désigne le bureau de tous les hommes d'étude et des hommes d'affaires. Mais on nomme plus particulièrement
ETUDE — le local où les avocats, les notaires, les avoués, les huissiers exercent leur profession.
—Justine, dit M. Laurent en revenant de faire une course assez longue, surintendant est-il français ? . "Oui, monsieur,
—Assistant est-il français ?
—QOui, monsieur.
—Greffier est-il français?
—Oui, monsieur,
—Comment se fait-il alors qu'on ait semblé ne pas me comprendre, au ministère des finances, quand j'ai demandé si je pouvais obtenir une audience du surintendant?
—Et qu'a-t-on répondu à Monsieur ?
—Que je me trompais, qu’il fallait m'adresser au ministère de la guerre ou directement à la surintendance, Voyant que j'avais affaire à des employés pas plus complaisants que les nôtres pour le public, je n'ai pas insisté dans la crainte de me faire moquer par ces blancs-becs.
—Quel fonctionnaire Monsieur désirait-il voir ?
—Le plus haut après le ministre, le chef qui dirige tous les services, le surintendant enfin.
—Je vais expliquer à Monsieur d’où vient l'erreur. SURINTENDANT — est français, mais c’est une fonction qui
n’est plus exercée depuis la chute de l’ancienne monarchie, Le
titre de surintendant, comme sa fonction, a disparu, sauf dans l'administration militaire. Le surintendant est un officier gé néral, chargé de la surveillance des intendants militaires.
Un INTENDANT — 2 pour mission de pourvoir aux besoins des
soldats, en temps de paix et en temps de guerre, de les appro-
visionner, de les équiper, de les armer, etc.
—Comment nomme-t-on alors le fonctionnaire qui est à la tête d'un service public, les finances où un aütre?
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 137
—Le DIRECTEUR GENERAL — quand le service comporte plusieurs directeurs, c’est-à-dire une direction complexe, et
DIRECTEUR -- quand le service est simple et n'exige pas de division.
—Eh bien, soit. Je vais noter ce que vous venez de m'apprendre.
Je me suis ensuite rendu à la mairie de l'arrondissement et j'ai demandé à être introduit près du greffier. Savez-vous ce qu'on m'a répondu.
—Je m'en doute.
—On m'a répondu qu’il n'y avait pas de greffier.
Pour la même raison qui m’a rendu muet au ministère des finances, je n'ai pas questionné et j'ai été ailleurs.
—En effet, Monsieur, il n’y a pas de greffier dans les mairies.
On nomme
GREFFIER.—Le fonctionnaire public qui tient un greffe, qui expédie et garde les actes de justice et qui tient la plume aux audiences.
Il y a des greffiers dans les cours de justice, là où il y a des greffes, non ailleurs.
GREFFE.—On nomme ainsi le lieu où sont déposées les minutes des jugements, où se font les déclarations, les dépôts concernant la procédure.
—Vous me donnez encore du travail pour enrichir mes notes, qui commencent à devenir singulièrement volumineuse. Passons. De là, je me suis rendu au siège de la compagnie d'assurance la “Foncière”, désirant m'’entretenir avec le directeur. J'allais m'adresser au messager assis devant un petit bureau dans la vaste antichambre, lorsque je fus devancé par une dame qui demanda à voir ce personnage.
—Il est très gravement malade, lui fut-il répondu, et il ne sera pas rétabli avant quelques semaines.
La dame se retira. jugeant inutile de demander ie directeur
que je savais absent, je demandai à être introduit auprès de l'assistant-directeur.
Le messager me regarda avec des yeux stupides en disant qu'il ne savait pas ce que je voulais dire. Furigux de mes échecs précédents, je partis sans questionner davantage. Et me voilà, rompu de fatigue, ayant perdu mon temps à me heurter à l'ignorance générale. :
—Il est évident que l'employé à qui vous vous êtes adressé n'y a pas mis de bonne volonté, car le plus borné des hommes aurait compris votre demande, bien qu’elle fût faite dans une forme inusitée.
—Mais ne venez-vous pas de me dire qu'assistant était français.
—Oui. Mais, comme surmitend’nt et comme greffier, assistant ne se dit pas en français dans le sens où vous l’avez employé. ASSISTANT, adj.—C'est celui qui assiste, qui aide, qui secoure
son prochain sans y être obligé. Substantivement se dit d’une
des personnes qui assistent à une assemblée,
Celui qui aide, qui assiste un employé, un fonctionnaire d’un grade supérieur, n’est pas son assistant mais son adjoint, et porte ce dernier titre à la suite de celui de la fonction qu’il remplit en second, ou le préfixe sous.
Dans le premier cas, on dit
DIRECTEUR-ADJOINT, — et non assistant-directeur. Dans le second cas, c’est le SOUS-DIRECTEUR, — c’est-à-dire, dans les deux cas, celui qui dirige en second.
Ainsi, en français, assistant ne se dit jamais pour indiquer qu’un fonctionnaire partage les travaux d’un autre ou le supplée en son absence.
Mais on dit:
SOUS-AIDE — d'un homme qui est aux ordres d’un autre qui n'est lui-même qu’un aide.
SOUS-BIBLIOTHEÇAIRE — c’est l’adjoint subordonné au bibliothécaire.
SOUS-BRIGADIER.—Qui commande sous l'autorité d’un b1igadier.
SOUS-CHEF.—Celui qui dirige en l’absence du chef.
SOUS-DELEGUE.—Celui qu'une personne revêtue d’une délégation de quelque autorité commet pour agir en sa place.
SOUS-ECONOME.—Employé adjoint à l’économe.
SOUS-GOUVERNEUR — gouverneur en second.
SOUS-SECRETAIRE.—Celui qui aide ou qui remplace un secrétaire.
—Je pourrais allonger cette liste indéfiniment, dit Justine, je préfère demander à Monsieur comment était fait le messager qui l’a reçu dans l’antichambre de la “Foncière” ?
—C'était un homme glabre qui s’efforçait d’être solennel. Il était vêtu d’un habit de céré: 1onie et portait une chaîne d'argent.
—J'en étais sûre. Ce n'était donc pas un messager, mais un huissier.
HUISSIER.—On nomme ainsi celui qui garde la porte chez les hauts personnages ou dans les ministères, les grandes administrations, et qui est chargé d'introduire et d'annoncer les visiteurs, les solliciteurs ou les suppliants qui se présentent.
On donne également le nom d’huissier à l'officier ministérie] chargé de signifier les actes de justice, de mettre à exécution les jugements, etc.
De même pour celui qui fait le service des séances de certains corps, des assemblées délibérantes, etc.
MESSAGER.—Celui qui est chargé de dire ou de porter quelque chose à un tiers. Un huissier, de par ses fonctions, peut remplir un message, mais il n’est pas un messager. Il reste huissier.
M. et Mme Laurent et leurs deux amis s'apprêtent à aller au théâtre.
Madame sort de sa chambre, un peu affairée, —Justine, dit-elle, savez-vous où est ma /unctte d'opéraf
qu jh
—La lunette d'opéra?... ah! Madame parle sans doute de sa jumelle.
—Je ne sais pas, moi. Ma lorgnette pour voir de près les artistes <n scène.
—Oui, Madame. Elle est au salon, sur la consoie,
Monsieur, tout en mettant ses gants, demande à Justine:
—Alors,
LUNETTE D'OPERA — n'est pas le nom français de cet instrument ?
; FIG. 69.—Longue-vue, #10. 68.—Iunette ou lorgnette d'approche.
—Non, Monsieur. Et si je n’avais pas su que madame et ces messieurs allaient au théâtre, je n’aurais certes pas compris la réclamation de madame, Une