LUNETTE
ou
LORGNETTE.—C'est une petite lunette d'approche portative, (fig. 68), pouvant avoir des dimensions minuscules et pouvant également atteindre, toute développée, deux pieds de longueur et plus. Lorsqu'elle atteint ces proportions, la lunette d’approche ou lorgnette prend le nom de
LONGUE-VUE.—La portée de la longue-vue peut être assez considérable. On s’en sert pour faire des observations en mer et pour surveiller l'ennemi en temps de guerre. (fig, 69).
TELESCOPE.—C'est un puissant instrument d'optique qui sert à voir les objets très éloignés, particulièrement les corps célestes. Ce n’est autre chose qu’une lunette d'approche, qu’une longue-vue gigantesque.
Il y a des télescopes qui font apparaître les objets trois ou quatre mille fois plus grands en les rapprochant. (fig. 70).
JUMELLE 3 ou JUMELLES.— C'est la lunette d'approche double, dont on se sert au théâtre, aux courses, ou pour les observations à la campage. (fig. 71). On emploie indifféremment le singulier où le pluriel
pour désigner cet intrument. Mais à Paris, c’est o-dinairement le singulier dont on fait usage. On dit une jumelle en nacre, une jumelle en chagrin, une jumelle puissante.
M. Laurent a loué une voiture automobile ‘dont il connaît parfaitement la manoeuvre. Il veut faire une longue et belle excursion aux environs de Paris, et il invite Justine à faire partie de ce mo. 71. Jumelle ou jumelles, petit voyage.
Une carte de l'état-major est étendue sur la table du salon, et M. Laurent règle son itinéraire à travers les belles routes qui sillonnent la forêt de Saint-Germain:
—Arrivé à la route de Poissy, dit-il, nous prenons la jonction de Meulan que nous suivons jusqu’à Triel, où nous faisons halte pour déjeuner.
—Permettez, Monsieur, interrompit Justine, vous ne pouvez pas prendre la jonction.
—Tiens! et pourquoi?
—Parce qu’une jonction n'est ni une route, ni un chemin. JONCTION.—C'est le point où se joignent, où se confondent «ceux
route en une seule. (fig. 72). Au-delà de l'endroit précis où
cette réunion s'établit, il n’y a plus de jonction. Il y a un EMBRANCHEMENT.-—C'està-dire une voie secondaire, une
ramification. (fig. 72). Vous devez donc dire: “à la jonction
de Meulan, nous prendrons la route de Triel que nous suivrons
jusqu’au village” C’est un embranchement qui vous conduira
jusqu’à ce point et non une jonction.
—Ah! ma pauvre Justine, que de nuances dans votre belle langue! Je les saisis bien lorsque vous me les faites sentir: mais les retiendrai-je? Je m'y appliquerai du moins.
F1@, 72.—Jonction (point A). Chemin B joignant la route au point A.
Mais puisque nous sommes en classe, dites-moi donx, Justine, de quel genre est réellement le mot automobile. Je le vois tantôt masculin, tantôt féminin, et ce n’est, certes, pas moi, qui peut donner de mon chef la préférence à l’un ou à l’autre genre.
—C'est une question double, à la fois grammaticale et euphonique, qui a soulevé des discussions, toutes intéressantes, sans ébranler, je le crois bien, les opinions, ou plutôt les impressions auditives formées a priori.
Pour décider du genre d’un mot nouveau, il convient de l’analyser, de le disséquer.
AUTOMOBILE — est composé d'une particule auto qui signifie soi-même, par soi-même, de soi-même, et du mot mobile.
Or, qu'est-ce qu’un mobile?
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 143
MOBILE.—C'est un corps qui se meut, ou qui peut se mouvoir, ou qui est naturellement en mouvement, ou qui est disposé à être mù. La vapeur est un mobile; un boulet de canon lancé est un mobile; une voiture mécanique est un mobile, Si vous mettez devant le préfixe auto, qui, je le répète, signifie soimême, de soi-même, par soi-n..me, vous avez le mot automobile qui signifie exactement: Un mobile qui ne doit le mouvement qu'à lui-même. Ce mot est donc composé d’un substantif masculin et d’un préfixe qui ne semble pas, logiquement, devoir modifier le genre du mot.
De ceci je conclus que, grammaticalement, automobile est et doit rester masculin.
Les partisans du féminin ont pour unique argument la raison d’euphonie, Il est certain que une automobile est plus doux à l'oreille que w# automobile. Il est probable que cette raison l'emportera définitivement, car ceux qui veulent le féminin sont déjà en majorité. Les dictionnaires ies plus récents, sans leur donner gain de cause, leur font la concession de reconnaître que si le mot est masculin, ce n’est pas une faute de le mettre au féminin.
—Eh bien, dit M. Laurent, je me range du côté de la majorité et je dis: “Demain, nous ferons une délicieuse promenade dans une belle automobile.”
—Je suis plus intransigeante, répliqua Justine, et je ne céderat qu’à la force de l’usage. En attendant qu’il ait triomphé, je dis, avec Monsieur, mais non comme lui: “Demain, nous ferons une délicieuse promenade dans un bel automobile.”
—Comme nous aurons pas mal de provisions à emporter, ainsi que de la vaisselle, quelques livres pour nous aïder à faire la sieste et divers menus objets, nous mettrons tout cela dans la valise qui est dans le cabinet noir.
—Une valise ne suffira pas, observa Justine.
—Comment, la valise carrée dans laquelle je loge mes albums et mes plans ne suffira pas?
—Ah! mais c'est une malle, ce n’est pas une vaiise.
—Allons ! encore une confusion de termes ?
VALISE.—Petite malle très légère, en cuir, en toile à voile, en tapisserie, qui se porte à la main. ( fig. 73).
MALLE.—Petit coffre en bois utilisé surtout par les voyageurs pour transporter leurs effets. (fig. 74).
—Eh bien, voyez Justine, ce que vous nommez malle se nomme chez nous valise, et ce. que vous appelez valise, nous l'appelons portemanteau.
FIG. 73, Valise.
PORTEMANTEAU — est français. C'est une petite valsie de forme particulière. (fig. 75). On nomme de même un étui de 1 drap qui renferme les effets des soldats de cavalerie et qui se boucle sur le troussequin de la selle.
—C'est bien, Justine, merci. Allez vuus reposer. demain, nous ferons un joyeux pique-nique.
—Ah! mais, Monsieur, distinguons. Si c’est un pique-nique, je ne peux y participer que selon mes moyens.
—Qu'’entendez-vous par là?
—Un
PIQUE-NIQUE — est un repas, une partie de plaisir en commun ou chacun paye son écot ou fournit sa part de vivres et des. dépenses générales. Or, si Monsieur y va trop grandement, je: ne pourrais pas figurer en sa compagnie.
—Soyez sans inquiétude, Justine. Chez nous, nous appelons. pique-nique toute partie de plaisir en commun, mais cela ne veut pas dire que chacun contribue forcément aux dépenses. Une fa-. mille composée du père, de la mère et des enfants fait une promenade : c'est un pique-nique. Dans notre pique-nique de demain, je me charge de tous les frais. Mais s’il est vrai que chez nous,. comme chez vous, ceux qui participent à un pique-nique se par=
tagent parfois les frais de la partie, ce n’est pas une condition inévitable de ce genre de fête. Pique-nique signifie surtout une sortie, urie récréation, un banquet en groupe, dont les patrons, souvent, se chargent de toutes les dépenses.
—Ah! bien, dit Justine ; mais ici, pique-nique signifie une partie de plaisir ou un banquet où toutes les dépenses sont partagées entre ceux qui y participent. Si un seul se charge des dépenses, ce n’est plus un pique-nique, c’est une partie de plaisir ordinaire, une promenade en famille ou avec des amis.
M. Laurent voudrait placer des fonds dans une grande entreprise industrielle. A cet effet, il alla voir un des directeurs de la compagnie. Il ne fut pas enchanté de sa démarche, car le soir, au salon, il en rendait compte à sa femme, en présence de Justine, depuis longtemps promue à la qualité de dame de compagnie.
—Le directeur, à toutes mes demandes, n’a dit ni oui ni non, mais il a été très réticent. Il faudra que je m'adresse aux officiers de la compagnie, que je fasse auprès d’eux une démarche officielle. J'ai un tertain montant disponible, et je ne vois pas de meilleure occasion d'investir mes capitaux.
M. et Mme Laurent discutèrent entre eux la question. Lorsque M. Laurent passa à un autre sujet, Justine lui demanda l’autorisation de relever quelques expressions singulières dans son discours.
—Allez, Justine.
—Le directeur, dites-vous, a été très réticent. Voulez-vous me dire ce que vous entendez par là.
—Je veux dire qu’il s'est tenu sur la réserve d’une façon exagérée; qu’il a, autant que possible, évité de me répondre; en un mot, qu’il m'a plutôt manifesté de la méfiance.
—Eh bien, Monsieur, jamais je n'aurais soupçonné cela d’après l'étrange vocable que vous avez employé.
RETICENT — n’est pas français, et c’est la première fois que j'entends prononcer ‘ mot bizarre. Mais j'ai compris que, par
un néologisme audacieux, vous vouliez dire que cet homme avait été à votre égard plein de réticences. 4
RETICENCE.—Cela veut dire qu'un interlocuteur omet volontairement des choses qu'il devrait faire connaître. La réticence, en rhétorique, est une figure par laquelle un orateur s'arrête, s'interrompt avant d’avoir achevé la période commencée pour en aborder une autre, puis y revenir pour l’abandonner encore, afin de laisser entendre des choses qu'il ne dit pas, qu'il ne veut pas dire. :
Or, ce n'est pas ce qui s'est passé entre vous et le directeur à qui vous vous êtes adressé. Il a été, à votre égard, prudent, circonspect, discret, réservé, méfiant, même. Mais ce n’est pas là de la réticence. Et en supposant que le mot soit français, réticent ne pourrait qualifier son attitude à votre égard.
—Bien, dit M. Laurent, mais alors comment qualifier cette attitude.
Dites tout simplement qu'il s’est tenu sur la réserve, qu'il a été réservé.
Soit... Et les autres expressions!
—Vous avez parlé des officiers de la compagnie. Je crois comprendre que vous avez fait allusion aux délégués des actionnaires, qui, conjointement avec les directeurs, administrent les affaires de la société.
—Précisément.
—Eh bien, en français, ce ne sont pas des officiers. Ce groupe d'hommes se nomme
CONSEIL D'ADMINISTRATION-—C'est la réunion des per- ‘sonnes chargées de faire observer les statuts de la société dont elles font partie, et qui peuvent, à l'occasion, trancher une difficulté sous leur responsabilité.
Le titre d’
OFFICIER — ne se donne, en français, qu’à certains personnages remplissant une charge bien déterminée :
OFFICIER SUBALTERNE.—Militaire qui a le grade de souslieutenant, de lieutenant où de capitaine.
OFFICIER SUPERIEUR.—Grade des commandants, lieutenantscolonels et colonels.
OFFICIER GENERAL.—Les généraux de brigade, de division ; les amiraux, les vice-amiraux et les contre-amiraux. Les grades équivalents, dans la marine, à ceux de l’armée de terre, sont sujets aux mêmes qualifications.
Il y a encore: à OFFICIER DE LA LEGION D'HONNEUR.—Le titulaire du grade immédiatement supérieur à celui de chevalier. Cette distinction s’accorde aux civils aussi bien qu'aux militaires. Dans le civil, on nomme:
OFFICIER DE PAIX — un magistrat de police municipale. OFFICIER MINISTERIEL - - les hommes de loi choisis, sous l’autorité du ministre de la justice, pour dresser et recevoir les actes authentiques, tels que les notaires, les avoués, les huissiers. OFFICIER D'ACADEMIE.—Titulaire des palmes académiques.
OFFICIER DE L'INSTKUCTION PUBLIQUE — Titulaire de
la décoration immédiatement supérieure à la précédente.
OFFICIER DE SANTE — Médecin autorisé à exercer sa profession sans avoir le grade de docteur.
Le grade d’officier de santé a été supprimé en 1892.
—Cela est fort intéressant, dit M. Laurent; mais comment nommez-vous les divers officiers qui ont des: fonctions honorifiques ou actives, dans les sociétés de sport, de mutualité, de bienfaisance, de musique et autres ?
—Ces gens là composent le BUREAU.—II y a le président, actif et honoraire; les vice-pré-
sidents, le ou les directeurs, le secrétaire, le trésorier et leurs
adjoints, s’il y a lieu, puis les censeurs. On ies désigne en massè sous le nom de bureau. On dit: le bureau se réunira jeudi.
Individuellement, ils portent le nom des fonctions qu'ils rem-
plissent. En France, ce serait les couvrir de ridicule de les
appeler officiers.
—Justine, dit M. Laurent, un peu narquois, vous me faites rêver, tant par votre érudition que par les choses que vous m'ap-
prenez. Continuez donc, et siganlez-moi les autres expressions singulières qui me sont échappées.
—Ii n'y en a plus que deux. Vous avez dit: “J'ai un certain montant disponible. . .” Qu'est-ce que c'est qu'un montant ?
C'est une somme d'argent.
—Je m'en doutais, d’après le sens de votre conversation avec madame ; mais si votre phrase était isolée, personne ici ne pourrait vous comprendre.
MONTANT.—En matière de finance, on nomme ainsi le total d’un compte. On dit le montant des dépenses se chiffre par tant. Vous établissez, d’après diverses pièces, un devis pour un ameublement. Après avoir appelé tous les chiffres, vous dites à votre secrétaire : “Additionnez, et dènnez-moi le montant.” Cela est très français, et très employé. Mais dire le montant tout court, pour sous-entendre une somme, cela n’est pas français. —Oh! que vous étonneriez les hommes d’affaires, mes compa-
triotes, s'ils vous entendaient.
—Pas seulement les hommes d’affaires, corrigea Mme Laurent, Justine étonnerait tout le monde, car tout le monde chez nous parle ainsi. Tiens, par exemple, je viens de recevoir une lettre de Mme Tremblay, la femme du nouvau juge, qui me prie de lui acheter des jobs de soieries au “Louvre”, au montant de $300.
—Une pareille commande, ‘dit Justine, serait difficilement comprise ici. Surtout avec ce mot étrange, job, qui est peut-être très clair, très expressif au Canada, mais qui me déroute complètement.
C'est un mot anglais, dit Mme Laurent, qui a des significatons diverses, et que nous avons le tort, je le reconnais, d'employer à chaque instant.
J0B.—-En l’occurence, ce mot signifie soiries démodées, coupons disparates, restes de magasin encore utilisables et que l’on peut avoir à bon compte.
—Au moins, Madame, dit Justine, votre définition est claire, et le mot job a un équivalent très exact en français.
—Lequei?
Le mot
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 149
SOLDE.—Les marchandises qui ont subi une dépréciation, soit par suite des changements de la mode, soit par suite de leur exposition en montre, soit parce qu'elles encombrent le magasin, soit pour toute autre cause, sont vendues au rabais, le plus souvent au grand avantage des acheteurs. Les maisons qui se débarrassent ainsi de marchandises encombrantes, annoncent à grand éclat dans les journaux, en offrant : Un solde de soieries ; un solde de chapeaux, etc., etc.
—C'est tout-à-fait comme à Montréal, dit Mme Laurent, seulement, au lieu d'annoncer un solde, les marchands annoncent un job.
—Mais le mot job, dit à son tour M. Laurent, ne s'applique pas seulement à cette opération commerciale; on l'emploie encore dans de nombreuses occasions. Par exemple pour désigner des travaux divers. On dit d’un imprimeur qu’il a obtenu un job du gouvernement, pour indiquer que le gouvernement lui a fait exécuter des travaux. Un bon job, c'est une bonne entreprise. Par contre, un mauvais Job, c'est une entreprise qui ne paye pas. Mais mettons fin à cette digression Justine, et signalez-moi la dernière expression singulière que j’ai employée.
—Oui, Monsieur. Mais avant, laissez-moi saisir au passag® celle dont vous venez de vous servir à l'instant, et vous demander ce que vous entendez par une entreprise qui ne paye pcs.
—J'entends une entreprise que l’on croyait bonne et que l'on exécute à perte.
—<LC'est une tournure singulière et pittoresque, dit Tustine.
PAYER.—C'est remettre à qui de droit ce qui lui est dû. C'est acquitter une dette, un droit, un impôt. C’est récompenser genéreusement un service rendu. Payer est donc un verbe actif qui exprime une action faite par le sujet. S'il y a des entreprises qui ne payent pas, il y a nécessairement des entreprises qui payent. Or, comment voulez-vous que le sujet entreprise, -nom abstrait, fasse l’action de payer?
Au lieu de dire une entreprise
QUI NE PAYE PAS.—II faut dire une mauvaise entreprise, — une entreprise malheureuse, déplorable, ruineuse, etc. Pour une entreprise
QUI PAYE.—On dira une bonne entreprise, une heureuse entre prise, une entreprise lucrative, rémuünératrice, etc.
—Bien, bien, Justine, dit M. Laurent, mais ma dernière expression singulière. J'y tiens, car voici l'heure d'aller tous nous coucher.
—Et bien, voici. Vous avez dit... “Je ne vois pas de meilleure orcasion d'investir mes capitaux”. Je me demande ce que cela signifie. Si je n'avais entendu que ce membre de phrase, je penserais que vous êtes exposé à subir une perte si vous manquiez de prudence, et que vous voulez exercer sur vos capitaux une survéillance étroite, pour les empêcher de s'échapper, car, INVESTIR — signifie environner une place forte avec des
troupes, fin d'en faire le siège et de ne laisser échapper per-
sonne.
Mais le sens de votre conversation m'a persuadée qu’au contraire vous vouliez mettre vos capitaux disponibles dans l'entre- ___ prise; alors, leur investissement, est pour moi une énigme, dont
je vous demande la clef.
—C'est toujours la même chose, ma pauvre Justine. Investir nous vient de l'anglais, que nous avons mal traduit. Investir des capitaux dans une entreprise, c’est s’y intéresser en y plaçant des fonds.
—L'est un problème de linguistique, dit Justine en souriant, que le vulgaire ne peut pas aisément résoudre. En bon français, ot doit dire, au lieu d'investir:
PLACER — mes capitaux, c’est-à-dire, faire un placement de fonds avantageux, de manière qu'il me rapporte des intérêts. Vous avez donc une bonne occasion de placer votre argent, non de l'investir.
M. Laurent, qui a tant intérêt à étendre ses relations à Paris, se répand le plus qu’il peut et ne néglige pas de s'affilier aux bonnes oeuvres et aux oeuvres populaires.
En conséquence de la sympathie qu’il a témoigné à une société de jeunes gens, il en a été nommé président honoraire. Il fait part à sa femme de cette promotion inattendue :
—Figure-toi, ma chère amie, que je viens d'être nommé président honoraire de la bande de Vaugirard.
Cette communication fit une vive impression sur Justine.
La bande de Vaugirard! s'exclame-t-elle ; qu'est-ce que c'est que cela ?
—C'est la bande de musique du quartier.
—Ah!... Est-ce ainsi qu'au Canada vous non".
de musique ?
—Oui. C'est un mot qui nous vient de l'an.:i troupe, compagnie de musiciens.
—Eh bien, Monieusr, en français,
BANDE — signifie aussi troupe, compagnie, mais : rc 3'ap plique toujours en mauvaise part: — Une bande de voleur, Une bande d'aventuriers. Si vous voulez exprimer voire dédain ou votre mépris pour un groupe, vous le qualifierez: — Bande d'individus. S'il s’agit d’une compagnie financière dont les opé-
rations sont suspectes, vous la désignerez ainsi: — C'est une
bande de faiseurs. D’un individu méprisable qui s’entoure
d’êtres de son acabit, vous direz: — Un tel et sa bande.
Une bande de musiciens, cela veut dire—musiciens ambulants dont il faut se méfier, parce que la musique ne leur est qu'un prétexte pour se faire accueillir parmi les honnêtes gens et préparer un mauvais coup.
—Ah! mais ce n’est pas cela du tout. La bande de Vaugirard est composée de très braves gens.
— Alors, Monsieur, ne la qualifiez pas bande, car vous feriez à ces braves gens un compliment négatif.
—Eh bien, comment faut-il dire ? fanfare ?
—{Cela dépend.
FANFARE.—Se dit d’une société musicale qui ne se sert que d'instruments de cuivre, sans grosse caisse ni cymbales.
HARMONIE.—On appelle ainsi un corps de musique qui comprend tous les instruments de la fanfare, plus les instruments de bois, flûtes, clarinettes, hautbois, bassons, et grosse caisse, caisse claire et cymbales.
SYMPHONIE.—C'est le nom donné aux orchestres ou corps de musique qui emploient les instruments de cuivre, les instruments de bois et les instruments à cordes: violons, altos, violoncelles, contrebasses, harpes, violes d'amour, et qui ajoutent les timbales à la batterie.
—Alors, dit M. Laurent, la musique de Vaugirard est une harmonie. Vous avez bien fait de me prévenir, et je me garderai bien de l'appeler bande...
M. Laurent converse avec le président d’une importante 50ciété de secours mutuels, dont les membres doivent donner une fête superbe au profit de leur caisse. Après avoir assez longuement parlé du fonctionnement et de l'administration de. la société, M. Laurent, faisant allusion à la fête et voulant y contribuer pour sa part, demanda quel était le prix d'admission.
Le président se méprénant sur la portée de sa demande, ré-
pondit :
—Cela dépend de l’âge, de la profession et de l’état morbide di sujet. Tout le monde n’est pas admissible.
Comment cela! fit M. Laurent au comble de l’'étonnement.
Une explication eut lieu, et M. Laurent constata qu'il avait employé un terme tout à fait impropre: prix d'admission pour prix d'entrée.
ADMISSION.—C'est l'action d'admettre, de recevoir un nouveau membre dans une société, dans une compagnie où l'on ne pénètre que sous certaines conditions; mais admission ne se dit pas pour autorisation ou droit d'entrée.
On dit ENTREE.—L'entrée du musée du Louvre est gratuite, et non
l'admission au musée du Louvre est gratuite. Le prix d'entrée
au cirque est de 2 francs, et non le prix d'admission est de
2 francs. L'entrée de Notre-Dame est libre, et non l'admis-
sion à Notre-Dame est libre.
Tout le monde peut entrer dans un théâtre, dans un monument public, dans un église, selon les conditions généralement imposées
à la foule; mais pour se faire admettre dans une société, dans un corps, dans un concours, dans une faculté, il faut d’abord être admissible, c'est-à-dire satisfaire à certaines conditions fixées par l’usage ou par des règles dont nul ne peut s’écarter et que tout le monde ne réunit pas. On dit alors: — Son admission est décidée. — Son admission aura lieu dans huit jours. — Son admission est impossible.
Admission — prix d'admission dans un lieu public où l’on paye en entrant, et mème où l'on pénètre sans payer, ne se disent pas -1 français. O. dit entrée, prix d'entrée, droit d'entrée.