‹ Rectification du vocabulaire [microforme]Chapitre 24 sur 39 · NO · texte numérisé non relu

NO

M. Laurent va chez un tailleur. Il désire se faire faire une redingote.

Avant de prendre la mesure de ce vêtement, le tailleur veut d’abord faire choisir à son client la marchandise qui lui conviendra le mieux.

—Quelle étoffe désirez-vous? demande-t-il.

—Ce que vous avez de mieux en serge.

—En serge ?

—Oui.

—Vous voulez une redingote en serge?

—Sans doute... Est-ce que je vous demande quelque chose d’extraordinaire? questionne M .Laurent, avec une pointe d'inquiétude.

—Extraordinaire, oui, répliqua le tailleur, car, depuis trente ans que je suis établi, non seulement je-n’ai jamais fait de redingotes en serge, mais je n’en ai jamais vu.

M. Laurent s’excusa.

—Je dois mal m’exprimer, dit-il, mais au Canada, mon pays, nous portons couramment des étoffes françaises ou anglaises que nous désignons sous le nom de serge.

Pour toute réponse, le tailleur étala diverses pièces d'étoffe sur son comptoir, en disant :

—Veuillez voir si vous trouverez là l'article à votre convenance.

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M. Laurent mit aussitôt la main sur un drap tissé en diagonale.

-Voilà, dit-il, ce que je veux.

__Ce n’est pas de la serge, dit le tailleur, c'est du très bon drap de Roubaix.

—Mais, alors, qu'appelez-vous serge en français ?

SERGE.—C'est une étoffe légère et commune, ordinairement de jaine, au tissu croisé, formant des sillons obliques séparés par un fil. On ne fait pas de vêtements d'homme en serge, sauf des vestons d'été, très légers, sans doublure et très bon marché. Les femmes du peuple portent des robes de serge. C’est un article de qualité inférieure.

DRAP.—C'est une étoffe résistante, le plus souvent toute laine, tissée et foulée. Les draps se distinguent surtout par leur lieu de provenance, désignation suffisante pour marquer leur qualité et leur prix: drap de Roubaix, de Sédan, d'Elbeuf, de Louviers, drap d'Angleterre, etc.

Il y a autant de différence entre la serge et le drap, qu'il y en

a entre le papier et le carton.

—Justine, dit Mme Laurent, habillez-vous ; nous allons atler magasiner. ’

__Volontiers, Madame, si je suis apte à la chose; car j'avoue que je ne sais pas ce que Madame entend par magasiner.

—Est-ce que magasiner n’est pas français ?

—Non, Madame,

—Je n'insiste pas, dit Mme Laurent. Mais voic: ce que nous entendons chez nous par MAGASINER — c'est aller, seule ou avec une compagne, à

travers différents magasins, faire déployer les marchandises,

les palper, s'informer des prix, acheter ou ne pas acheter, peu

importe, mais passer une où plusieurs heures agréablement.

-Le mot n'est pas français, dit Justine, et c’est grand dommage, car il est très expressif et tout à fait conforme au génie de la langue. Mais si le mot n’existe pas la chose existe, et nos dames

ne se font pas faute d'affairer les commis et les vendeuses pour tuer le temps.

—Alors, comment dit-on, à Paris, pour exprimer cette action. —On dit qu'on va

COURIR où, mieux,

VISITER—Ies magasins—Cela traduit exactement votre verbe magasiner, avec cette différence que l'expression est moins concise et plus hypocrite. Je m'en veux de n'avoir pas compris du premier coup ce mot très simple, très net, et qui passera, je l'espère, dans notre vocabulaire.

—Aïons, dit M. Laurent, qui assistait à ce petit débat, je vois avec plaisir que parmi nos expressions canadiennes, il y en a au moins une qui n’est pas trop -baroque.

—Oh! il n’y en a pas qu’une, reprit Justine. Je vous ai parfois entendu employer des mots qui nous sont inconnus, mais qui font image, et que nous devrions bien vous emprunter, Poudrerie est de ce non. re, ainsi que bien d’autres que je n'ai pas eu l’oc-

casion d'arrêter au passage, parce que vous étiez en compagnie. Ainsi, par exemple, incendiat et noyade, dont vous faisiez usage hier.

—Comment, ces deux mots ne sont pas français? —Distinguons : le premier, non; le second, oui, mais pas dans le sens que vous lui donniez.

INCENDIAT — n'est pas français, et l’on doit le déplorer. Nous avons le substantif incendie, les adjectifs incendié et incendiaire, le verbe incendier, mais nous n’avons pas le mot désignant l'acte criminel commis avec préméditation.

Nous avons assassin, assassiné, assassinat, pourquoi pas i-

cendiat?

—Mais, conclut Justine, le mot n’est pas admis dans la langue, et ce serait une faute grossière que d’en faire usage.

— Alors, comment doit-on dire ?

—Incendiat se traduit par incendie volontaire.

—Moi, dit Mme Laurent, je croyais de bonne foi que noyade était français.

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NOYADE — est français, dit Justine, mais seulement pour €%primer l'action de noyer quelqu'un volontairement. Noyade se dit surtout lorsqu'on noie plusieurs personnes à la fois. Une page hideuse de notre histoire a été remplie par le conventionnel . Carrier, qui commanda les noyades de Nantes. La noyade a de tout temps été employé comme supplice. Les foules irritées et livrées à elles-mêmes noient souvent ceux qui ont provoqué leur colère.

Il n'y a pas en français d'expression pour dire, en un seul mot, qu'un ou plusieurs individus se sunt noyés accidentellement. Cette pénurie étrange dans une langue si riche, fait que beaucoup de gens risquent ja faute. Il est probable que dans un temps prochain le mot noyade, employé dans le sens d'accident, passera sans efforts dans le vocabulaire. n

Pendant que Mme Laurent et Justine sont allées magasiner. M. Laurent observe avec curiosité le va-et-vient d’un agent de police faisant les cent pas depuis une heure devant la maison qui fait face à celle qu’il habite. Ce manège l'intrigue beaucoup, car c’est la première fois qu’il voit un agent posté à cet endroit. Espérant se rendre compte du motif de la présence de cet homme, M. Laurent ouvre la fenêtre et se penche sur l'appui pour tâcher de découvrir la chose insolite qui lui donnera l'explication de ce petit mystère. À ce moment un courant d'air se produit, la fenêtre se referme brusquement et frappe M. Laurent au coude avec violence. Le coup a provoqué une contusion sur laquelle M. Laurent, tout en pestant contre le fâcheux coup de vent, applique une compresse d’arnica.

Malgré la douleur occasionnée par cet accident vulgaire, M. Laurent eut la satisfaction de contenter sa curiosité. Il se rendit compte que l'agent était là pour constater une contravention commise journellement par une servante, qui jetait des poussières par ja croisée.

Lorsque ces dames revinrent, M. Laurent leur fit le récit de sa mésaventure :

RKCTIFICATIGN DU VOCABULAIRE 157

—Je voulais saw“ ce que faisait ce policier qui patrouillait la rue. Je me mis aivrs dans le châssis, qu'un courant d'air referma aussitôt, me donnant un coup si violent que j'en ai eu lc bras démanché pendant dix minutes.

Mme Laurent s’inquiéta, mais monsieur La rassura.

—Ce n'est rien, dit-il, le coup a été soufframf sur le moment, mais il n’a rien de dangereux.

— Alors, dit Justine, puis-je és: ume nouvelle leçon à Monsieur ?

—Si je la mérite, n'y manquez pas.

—Vous avez parlé d'un policier. Qui est-ce que vous désignez ainsi?

—Un agent de police en devoir.

POLICIER.—On désigne sous le nom de policier Les gens qui appartiennent à la police, cela est exact; mais ce terme s'applique spécialement aux fonctionnaires qui prescrivent les règles de police, à ceux à qui incombe l'initiative, la partie intelligente et raisonnée dans l’ensemble des mesures qui doivent assurer l'ordre et la sécurité publique. Mais un simple agent de police n'est pas un policier, attendu qu’il n’est qu’une machine, que

‘ son devoir est d'exécuter à la lettre les instructions qu’il reçoit, sans avoir le droit de les juger, même mentalement.

Son nom est GARDIEN DE LA PAIX.—On l'appelle encore er de police,

agent, tout court, et même encore sergent de ville, du nom que

le corps portait jusqu’à la chute du second Empire, en 1870.

Un agent de police EN DEVOIR — cela ne signifie rien. On doit dire un agent en

fonctions, ou de service, mais non en devoir. Le devoir d’un

agent — agent de police ou autre — est de remplir ses fonctions et de faire son service.

—Mais, continua Justine, Monsieur a dit aussi que ce policier en devoir, patrouillait.

—Oui.

—Eh bien, c’est là une très grosse faute.

PATROUILLER.—C'est l’action d’une patrouille exécutant sæ

consigne. Or, qu'est-ce qu’une

PATROUILLE.—C'est un pétit détachement, c'est-à-dire un groupe de quelques hommes chargés d'exercer une surveillance active sur un parcours déterminé. Il résulte de cette définition qu'un homme seul ne peut pas patrouiller, puisqu'il ne peut pas constituer une patrouille. De plus, patrouiller est un verbe neutre, qui ne peut être employé sans une préposition. Donc, en supposant que vous puissiez employer un temps du verbe patrouiller pour indiquer ce que faisait cet homme, vous devriez dire qu'il patrouillait dans la rue, et non qu'il patrouillait la rue. C'est bien, Justine, je note... Continuez.

Vous avez ajouté: “Je me suis mis dans le châssis, qu'un courant d'air referma aussitôt”, etc. Je demande à Monsieur ce qu'il entend par se mettre dans le châssis.

C'est-à-dire que je me suis placé dans l'ouverture du châssis.

—Quelle ouverture ?

—Celle-ci.

__Pour bien nous comprendre, dit Justine, il faut d’abord que je vous donne la définition du mot

CHASSIS.—On appelle châssis tout encadrement en fer ou en bois, destiné à enchâsser, à contenir quelque chose, des vitres par exemple. (fig. 76). Ce mot a un grand nombre d’acceptions,

mais nous ne retiendrons que celle qui

attire notre attention en ce moment: le châssis d'une fenêtre. C'est le cadre, la charpente extérieure, qui enchâsse les autres pièces de bois et les vitres. Vous remarquerez que votre fenêtre a deux battants et qu’elle est composée de trois châssis. Le plus grand, qui est scellé à la maçonnerie, est un châssis à demeure, ou dormant. Les deux autres forment le cadre des vitres ou carreaux. (fig. 77). L'ensemble de ces trois pièces principales se nomme fenêtre ou croisée. Lorsque vous voulez regarder dehors ou donner de l'air, vous ouvrez la fenêtre ou la croisée, et non le châssis. On n'ouvre pas plus un châssis que l’on ouvre les vitres Ou Car-

reaux.

REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 159

FENETRE.—C'est l'ouverture ménagée dans un mur pour donner du jour et de l’air dans une pièce, dans un escalier, dans un couloir, etc. La boiserie fixe et les cadres vitrés qui garnissent cette ouverture portent également le nom de fenêtre.

FIG. 78.—Fenêtre à guillotine

Pic. 77.—Fenêtre.

—C'est très bien, Justine, interrompit M. Laurent. Je conçois que l’on fasse une distinction avec vos fenêtres à battants. Mais, chez mous, on n'utilise guère, pour les croisées, que de grands panneaux vitrés qui se déplacent de bas en haut et de haut en bas. C’est donc véritablement le châssis selon votre définition que nous faisons mouvoir.

—Permettez, Monsieur, fit Justine. Si vous dites: levez le châssis où baissez le châssis, vous vous exprimez très correctement. Mais si vous dites ouvrez ou fermes le châssis, vous commettez une faute grossière. En levant ou en baissant le châssis, c'est la fenêtre que vous ouvrez ou que vous fermez.

Ce genre de fenêtre à panneaux, d’un usage presque général en Angleterre et au Canada, n’existe pas à Paris. Il y en a cependant dans certaines provinces. On les nomme

FENETRE A QUILI.OTINE.—C'est une fenêtre qui s'ouvre au moyen d’un châssis lisant verticalement. (fig. 78). Remarquez bien encore que c'est la fenêtre qui s'ouvre et non le châssis. Je conclus donc que vous ne vous êtes pas mis dans le châssis, ni dans la fenêtre, mais à la fenêtre.

—Je capitule, Justine, je capitule. . . Et après ? — Après, vous avez dit que vou: aviez reçu un coup si violent que vous en avez eu le bras démanct:® pendant dix minutes. —C'est vrai.

__Non. Ça ne peut pas être vi2' DEMANCHER.—'Au propre, dé: ancher signifie ôter le manche d'un instrument. Au figuré, cela veut dire, séparer, désunir, disjoindre, diviser, rompre. Or, heureusement, vous n'avez été victime d'aucun de ces accidents. Et si l'un d'eux vous avait frappé, cela n'aurait pas été seulement un démanchement de dix minutes. —C'est juste. Alors, comment aurai-je dû dire? —J'ai eu le bras engourdi, ou endolori pendant dix minutes. Merci, Justine; j'inscris. . Est-ce tout ?

-Non. Il y a encore une faute, la plus grosse. —Vous me faites peur!... Laquelle ?

—Le coup a été souffrant, avez-vous dit.

SOUFFRANT — est un adjectif. Or, l'adjectif ne désigne ni um être physique, ni un être métaphysique ; il exprime seulement la qualité ou. la manière d’être du substantif. Souffrant, * adjectif, signifie qui souffre. Un homme peut être souffrant, parce qu’un homme peut souffrir. Mais un coup ne peut pas être souffrant, parce qu’un coup ne peut pas souffrir. Le coup fait souffrir celui qui le reçoit, mais le coup ne souffre pas. —Alors, comment devais-je dire?

DOULOUREUX.—Le coup a été douloureux, très doulouresx, — si douloureux que j'en suis encore souffrant, — ou que j'en souffre encore.

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+ + * M. et Mme Laurent doivent aller le soir à une représentation de grand gala à l'Opéra, représentation donnée en l'honneur d'une Majesté de passage à Paris.

Mme Laurent ne sait quelle toilette arborer. Elle hésite entre une robe en crêpe de Chine claire, ornée de cannetille d'argent, et une robe noire, richement rehaussée d’appliques de jais.

M. Laurent, qui ne dédaigne pas de se mêler de ces détails, la tire de perplexité en disant :

—Veux-tu t'en rapporter à ma suggestion ?

—Mais certainement.

—Eh bien, mets ta robe mauve. Elle est très jolie; ni trop claire, ni trop foncée, et elle te sied à ravir.

—Hum! fit Mme Laurent, je ne l'aime pas beaucoup moi, cette robe.

—Tu as tort, car elle est belle et t’habille admirablement. Et puis, pour une fois, tu peux bien te mettre à mon goût.

—Alons! fit madame en riant, après une pareïlle raison je ne puis que céder... Je mettrai ma robe mauve.

Justine intervint :

—Monsieur a une singulière façon de suggérer les choses.

—Aurais-je encore mal employé le mot suggestion ?

—On ne peut plus mal:

SUGGESTION.—Cela signifie que l’on pousse quelqu’un, adroitement, par insinuation, sans avoir l'air d’y attacher d'importance,

à faire quelque chose que l’on n'ose pas ou que l’on ne veut pas

lui recommander. Suggérer une idée à quelqu'un, c’est lui souf-

fler cette idée, la faire surgir dans son esprit à l’aide d’allusions, de phrases détournées, de paroles susceptibles de faire naître la pensée de la chose dont vous désirez la réalisation.

Si, voyant l’hésitation de madame, vous aviez dit: — “En effet, ta robe de crêpe de Chine et ta robe noire ne sont pas convenables. L'une est trop claire, l’autre est trop sombre. Il te faudrait une robe de nuance mixte, à la fois jeune et sévère, uns sorte de demi-deuil élégant”, vous auriez fait une suggestion.

Impressionnée, madame aurait songé à sa robe mauve, qui précisément réalise les qualités que vous auriez énumérées, et elle eût d'elle-même proposé de la revêtir pour ia soirée.

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Mais ce n'est pas ainsi que vous avez procédé; vous avez dit à madame: — “Mets ta robe mauve’ Ceci n'est pas une 549965 fon, c'est un conseil qui ressemble beaucoup à un ordre.

—I1 y en a, en.effet, dit M. Laurent, une différence entre la façon dont vous et moi nous interprétons ce mot. Au Canada, il est beaucoup employé dans le sens que je lui ai donné. Ainsi, par exemple, on dit couramment, en proposant une partie de plaisir: — Je suggère que nous allions au Lac bleu. Et l'on répond: — Approuvé la suggestion.

Ce n’est pas une suggestion, dit Justine, c'est une PROPOSITION — c'est-à-dire un projet de promenade soumis à

l'examen, au choix de ceux qui doivent participer à cette partie

de plaisir.

En résumé, ajouta Justine, je vois due vous traduisez par suggestion, à la fois conseil, avis, ordre, proposition, etc., tout, excepté i INSINUATION — qui est le plus proche synonyme de suggestion.

’ajoute que ceux qui ont recours à l'insinuation ou la suggestion ne doivent pas s’en faire honneur, car ce sont des actions qui se prennent presque toujours en mauvaise part. En effet, l'on n’a recours à la suggestion ou à l'insinwation que lorsque l'on ne-peut honorablement exprimer toute sa pensée.

Mme Laurent entre dans un grand

BAZAR—On nomme ainsi, en France, de vastes magasins où l'on vend toute espèce de marchandises: des tissus, des articles de ménage, des outils, des jouets, des engins de chasse et de pêche, des articles de voyage, de là parfumerie, de la papeterie, des armes, de la bijouterie, de is mercerie, etc., etc. Le mot bazar vient de l’arabe et signifie marché.

En parcourant les rayons de cet établissement, Mme Laurent s'arrêta devant un éblouissant étalage d’écheveaux de soie torse, c’est-à-dire de cordonnet, de toutes couleurs. Séduite par la beauté de ces articles, elle demanda au vendeur, en désignant de la main

je lot d’écheveaux :

REOTIPICATION DU VOCABULAIRE 163

—ÆComment vendez-vous cela ?

—A la piéce ou au poids, selon le désir de l'acheteur, répondit le commis.

—Ce n'est pas cela que je demande; je veux savoir comment vous vendez ceci?

Et Mme Laurent prit six-écheveaux de nuances assorties et les présenta au commis. d

——Mais, je viens de vous le dire, Madame : à la pièce ou à la livre, à votre gré.

Mme Laurent eut un geste d'impatience.

—Enfin, dit-elle, comment vendez-vous ces six écheveaux ?

L'équivoque aurait pu se prolonger longtemps, si le commis n'avait, sinon compris du moins déviné le sens exact de la question.

—Vous voulez connaître le prix de ces six écheveaux ?

—Mais je ne vous demande pas autre chose.

—Bon. Soixante-quize centimes (15 sous) pièce.

Mme Laurent paya 4 francs 50 (90 sous) et se retira ravie de son achat, mais intriguée de son petit débat avec le commis. Dès son retour à la maison, Justine lui donna l'explication de son malentendu.

COMMENT — signifie de quelle manière, par quel moyen, pourquoi. En demandant comment vendez-vous cela... le marchand a compris que vous vouliez savoir s’il vendait ces articles en gros, en détail, à l’unité, à la douzaine, au poids, à crédit, au comptant, etc., bref, il a dû comprendre que vous désiriez savoir de quelle manière il en effectuait la vente.

COMBIEN — signifie quelle quantité, quel nombre, quel prix. Dans l'espèce, vous deviez demander: Combien vendez-vous cela, et non comment. En vous exprimant ainsi, vous eussiez obtenu une réponse satisfaisante et immédiate.

M. Laurent lit, au salon, les journaux du soir, pendant que Mme Laurent et Justine exécutent quelques travaux d’aiguille. Soudain il s’exclame: ÿ

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