COURRIER
ou
CORRESPONDANCE — pour désigner les épitres, les missives ou les dépêches que la poste leur sert à chaque distribution. N'employez jamais le mot malle dans ce sens, sous peine d’être incompris.
RECTIPICATION DU VOCABULAIRE 187
Dans la chambre d'hôtel occupée par M. Laurent, il y a un lavabo pour la toilette. Mais il se trouve dans un endroit un peu obscur, de sorte qu’il ne peut pas l'utiliser à son gré pour pratiquer le lavage de quelques échantillons de minéraux chargés de terre. 11 appelle le garçon et le prie de lui apporter un grand bol.
Au bout d’un instant, le garçon lui apporte un v: : demi-sphérique, sans anse, de la capacité d’une pinte environ.
—C'est beaucoup trop petit. Je vous demande un grand bol, et vous m'apportez ça?
—Eh bien, Monsieur, il n’y en a pas de plus grand.
—Pas de plus grand?
—Non, Monsieur. Je vous assure que quand un homme a pris un bol de lait ou de bouillon de cette contenance, il ne le trouve pas trop pétit.
—LC'est possible, mais je ne vous demande pas un bol pour contenir du lait ou du bouillon; je vous demande un bol comme celui dans lequel vous vous lavez la figure et les mains, le matin, dans votre chambre.
—Alors, ce s’est pas un bol, c'est une cuvette.
Le garçon alla chercher ce nouvel objet, qui était bien celui que
désirait M. Laurent.
Parmi les voyageurs qui se trouvaient à l'hôtel, il y avait ur jeune homme tout particulièrement sympathique à M. Laurent. Ils avaient souvent ensemble de longues et intéressantes conversations. Sans lt moindre gêne, M. Laurent lui exposa les fréquents embarras où le plaçaient la différence de son vocabulaire, et lui fit part du petit mécompte qu’il avait éprouvé à propos du bol et de la cuvette.
Voici ce que lui dit ce jeune homme:
BOL.- -Un bol est un petit vase arrondi, sans rebord, en faïence ou en porcelaine, porté sur un pied très bas. Le bo/ a la forme d’une calotte. (fig. 88). La cuvette est beaucoup plus grande, n’a pas une forme fixe et possède t rjours un rebord.
—je ne conteste pas, dit M. Laurent, que cuvette soit le nom propre de cet objet ; seulement, au Canada, nous le nommons bol.
Jamais il ne me serait venu à l'esprit de l'appeler cuvette, qui est
le diminutif de cuve, attendu que cette sorte de vase a une forme toute différente de la cuve.
--En effet, dit le nouvel ami de M. Laurent, la
CUVETTE — est un vase large, peu profond, qui sert à la toiet à divers autres usages domestiques. La cuvette, évasée par ie haut, étroite par le bas, a vaguement la forme d'un entonnoir sans tube, (fig. 89) tandis que la
CUVE —est un grand vaisseau O\:t plusieurs usages industriels, notamment à la fermentation du raisin, du malt, La cuve peut atteindre des proportions énormes, et elle est plus
/ large par le bas qu'à son ouveture. (fig. 90). 11 n'y a en effet aucune analogie de forme entre une cuve et une cuvette,
FIG. go, —Cuve.
REOTIFICATION DU VOCABULAIRE 189
—Eh bien, vous m'apprenez encore du nouveau, ce n'est pas ce vaisseau que nous nommons cuve au Canada. C’est un vaisseau de dimensions très moyennes, en bois, profond d'un pied et demi à deux pieds, ayant un diamètre de trois pieds au plus, et muni de deux anses. C'est dans cet ustensile, que nous appelons cuve, que l'on fait le lavage du linge de la famille à la maison.
— Alors, ce n’est pas une cuve, c'est un
: BAQUET.—Le baquet est un petit cuvier de bois, ayant la forme et les proportions que vous venez de décrire, On s’en sert pour laver le linge, pour rincer les bouteilles, pour recueillir l'égoutement des eaux, etc. (fig. 91).
—Vous venez de dire, interrompit M. Laurent, que le baquet est un petit cuvier. Cela me donne logiquement à penser qu'il existe un autre ustensile nommé cwvier, plus grand que le baquet,
d'une destination analogue.
—Il n'y a pas que le cuvier, il y a encore le cuveau.
CUVEAU.—Le cuveau est une cuve plus petite que celle que je vous ai décrite, mais de forme semblable, Les cuves qui contiennent 400 hectolitres ne sont pas rares (à peu près 10,000 gallons). La contenance des cuveaux ne dépasse ordinairement pas 100 hectolitres (2,500 gallons).
CUVIER.—C'est une cuve à lessive, mais beaucoup plus grande que les baquets, dont elle a la forme très amplifiée. On ne s'en. sert que dans les grandes buanderies, non dans les ménages.
Je lendemain, le nouvel ami de M. Laurent frappa à sa porte. I! avait des renseignements à lui demander sur certaines productions canadicnnes, M. Laurent le fit entrer, lui offrit un excellent cigare et le pria de prendre place sur le sofa, se plaçant, lui, sur an fauteuil.
Le jeune homme acquiesçait visiblement à l'invitation de son: hôte, mais il ne se décidait pas à s'asseoir, cherchant des yeux, dans la chambre, un objet invisible. Il s’assit enfin.
Cette mimique, quoique très courte, n'avait pas échappé à M. Laurent, qui d' /ina le motif de l'hésitatior du jeune homme.
—Je vous ai saus doute offert un siège illusoire, en vous priant de vous asseoir sur un sofa?
—En effet, Monsieur, mais l’absence de tout meuble concurrent m'a fait comprendre que vous m'offriez votre canapé sous le nom de sofa.