‹ Recueil choisi de traits historiques et de contes morauxChapitre 104 sur 148 · LES TROIS FRÈRES JAPONAIS · texte numérisé non relu

LES TROIS FRÈRES JAPONAIS

TJkb femme était restée veuve avec trois garçons, et ne subsistait que de leur travail. Ces jeunes gens, n'ayant pas été élevés pour ce genre de vie, gagnaient à peine l'absolu nécessaire, et gémissaient surtout de ne pouvoir procurer à leur mère un état plus heureaz. On avait depuis peu publié que quiconque saisirait un voleur, et l'amènerait au magistrat, toucherait une somme fort considérable. Les trois frères, que la pauvreté de leur mère affectait mille fois plus que leur propre indigence, prirent unanimement une résolution aussi étrange qu'héroïque. Ils conviennent qu'un des trois passera pour le voleur, et que les deux autres le dénonceront et le mèneront au juge. Ils tirent au sort pour savoir qui sera la victime de l'amour filial, et le sort tombe sur le plus jeune, qui se laisse lier et conduire comme un criminel ; il subit l'interrogatoire, et déclare qu'il a volé. Alors on l'envoie en prison, et ses frères touchent la somme promise ; mais, avant de retourner chez eux, ils trouvèrent le moyen d'entrer dans la prison, voulant du moins dire un dernier adieu à leur malheureux frère. Là, croyant n'être vus de personne, ils se jetèrent dans les bras du prisonnier, et par leurs larmes, leurs sanglots, et les plus tendres embrassements, lui témoignèrent l'excès d'affection et de douleur dont ils étaient pénétrés. Le magistrat, qui par hasard était dans un lieu duquel il pouvait les apercevoir, fut extrêmement surpris de voir un criminel recevoir des

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