LE PAYSAN CHARITABLE
Le Czar Iwan se déguisait • quelquefois, afin d'apprendre d'une manière certaine ce que le peuple pensait de son gouvernement. Un jour qu'il se promenait seul aux environs de Moscow, il entra dans un village, et, feignant d'être excédé de fatigue, il y demanda l'hospitalité ; il avait des habits déchirés, tout en lui annonçait la misère, et ce qui aurait dû exciter la compassion, et surtout engager à le recevoir, ne lui attirait que des refus. Plein d'indignation de la dureté
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de ces méchants hàUtants, il allait quitter ce vjllagé/ lorsqu'il aperçut qu'il y avait une maison à laquelle il ne s était point adressé. C'était la chaumieDB la plus pauvre et la plus petite du viUage. L'empereur a'en approche, et frappe doucement à la porte : au même instant un paysan arrive et demande à l'étranger ce' qu'il désire. *' Je meurs de lassitude et de faâm," ré» pond le Czar, "pouvez-vous me recueillir pour cette ** nuit ? " — " Hélas ! " dit le paysan, le prenant par la main, "vous serez bien mal, vous me trouvez dans 'f un grand embarras. Ma femme est dans les douleurs "de l'enfantement; ses cris vous empêcheront de "prendre du repos ; mais venez ; du moins vous ne " soufirirez pas du firoid,. et nous- partaj^erons notre " souper avec vous." En achevant ces mots, le paysan fait entrer le Czar dans une petite chambre remplie d'enfants. Un ipême berceau en contenait deux, qui dormaient profondément. Une petite fille de trois ans, couchée sur une natte auprès de ses frères, dor* mait aussi, tandis que ses deux sœurs ainées, l'une figée de six ans, l'autre de sept, étaient à genoux, et priaient Dieu, en pleurant, pour la délivrance de leur mère, qui occupait la chambre voisine, et dont on entendait distinctement les plaintes et les gémissements. " Bes- "tez ici," dit le paysan à l'empereur, "je vais vous " chercher à souper." En disant ces mots il sortit. Un instant après il revint. Il apportait àe l'hydromel, du pain noir, et des œufs : "Voilà," dit-il, "tout ce que " nous avons ; soupez avec mes filles ; pour moi, je vais- " soigner ma femme." — " La bonne action que vous "faites en me recevant si bien," dit le Czar, " doit vous
dureté hardnes»^ méchants wielceé^ allait was going, il y avait ihere was, chaumière cottage, approche draws near, frappe knooJts, meuxa am dying, lassitude faintnessy recueillir receive, prenant takin^^ bien mal badly off, douleurs de Tenfantement labour^ empêcheront tri// hinder, partagerons will share, en achevant as he /inished^ remplie /«<//, berceau cradle, profondément soundlt/y couchée Iping^ tandis que tchilsl, aînées eldest, en pleurant weeping, voisine nesi^ entendait heard, gémissements groans, restez stag^ vais am going^ chercher to fetch, sortit went out, revint returned, hydromel mead^ noir browuj œu(s eggs,yoûk hère U, pour as for ^ soigner to tai^
" porter bonheur. Ouï, je n'en doute pas, le ciel récom- " pensera votre charité." — " Mon ami,*' reprit le paysan, "priez Dieu que ma femme accouche heureusement, " c'est tout ce que j'ai à désirer." — " Vous vous "trouvez donc heureux?" — "Heureux! jugez- en; "j'ai cinq enfants, qui viennent bien, une femme que "j'aime, un père et une mère qui se portent bien, et " mon travail suffit pour faire subsister tout cela." — " Et votre père et votre mère logent avec vous ? " — " Assurément ; ils sont là-dedans avec ma femme." — " Cette cabane est si petite ! " — " Elle est assez "grande, puisqu'elle peut nous contenir tous." Eu achevant ces paroles, le paysan fut retrouver sa femme, qui accoucha heureusement une heure après. Le bon paysan, transporté de joie, apporta son enfant au Czar : " Voilà," dit-il, " le sixième qu'elle me donne ; Dieu le " conserve ainsi que les autres ! Voyez," ajouta-t-il, "comme il est gros et bien portant !" Le Czar prit l'enfant dans ses bras, et, le regardant avec attendrissement : " Je me connais un peu en physionomie," dit-il ; " celle de cet enfant-là est bien heureuse ; je parierais " qu'il fera une grande fortune." Le paysan sourit. Dans ce moment, les deux petites filles s'approchèrent pour baiser le nouveau-né, que la vieille grand'-mère vint reprendre. Les deux petites filles la suivirent, et le paysan, étendant à terre une natte de paille, invita l'étranger à s'y coucher avec lui. Au bout d'un moment le paysan s'endormit du plus paisible sommeil. Une petite lampe répandait une faible lueur dans la chambre. Le Czar, se soulevant, jeta ses regards autour de lui,
carej porter bonheur to hring good luck, accouche may be delivered, heureusement safefy, désirer to wish,y\ennsnt thrive^ se portent are, faire subsister to maintain, cabane cottage^ puisqu* aince^ fut retrouver loent baok to, accoucha toas brought to bed, gros big, bien portant toe//, attendrissement commisération, me connais un peu am a pretty good jitdge, p irierais wouîd lay a wager, fera loiÙ make, sourit smiled, s*approchérent drew near, baiser fo kiss, né bom, vieille oW, vint came, reprendre to take bock, suivirent foUovoed, étendant spreading, paille straw, coucher lie down, au bout d*un moment à moment after, s*endormit fell asleep, paisible sommeil peaceable manner, répandait threw, hiev^T light, soulevant raiting.
et consid^a avec intérêt le paysan et ses ir(Aa petits enfants endormis. Un silence profond régnait dans la chaumière. " Quelle tranquillité," dit l'empereur, '* quel
"calme! Homme simple et vertueux! Comme
" il dort paisibleinent sur cette natte ! Les remords, " les soupçons, les projets ambitieux ne troublent point " son repos. Son sommeil est délicieux ; c'est celui de
" l'innocence ! " De semblables réflexions occupèrent
l'empereur toute la nuit. Aussitôt que parut le jour, le paysan s'éveilla, et le Czar prit congé de lui : " Je re- " tourne à Moscow," dit-il, "je connais un homme bien- " faisant, je vais lui parler de vous, et je suis sûr que je " l'engagerai à servir de parrain à votre enfant nouveau- " né. Ainsi promettez-moi de m'attendre pour la céré- " monie du baptême. Je serai de retour ici dans trois "heures au plus tard." Le paysan n'attacha pas uu grand prix à cette promesse, mais, par complaisance^ il consentit à ce que l'étranger demandait. Après cette assurance, le Czar partit sur-le-champ.
Cependant les trois heures s'écoulèrent, et le paysan, ne voyant point revenir l'inconnu, se disposa, suivi de ssii famille, à porter son enfant à l'église. Comme il allait sortir de sa maison, on entendit tout à coup un grand bruit de chevaux et de voitures. Le paysan met la tête à la fenêtre, et voit la rue pleine dé cavaliers et de carrosses. Il reconnaît les gardes de l'empereur. Aussitôt il invite sa famille à venir voir passer le Czar. Chacun sort en tumulte, et se place devant la chaumière. Plusieurs voitures défilent, et enfin celle du Czar s'arrête vis-k-vis de la cabane du bon paysan. Dans ce moment les gardes repoussent et font éloigner la foule des villa-
jeta castf regards looks, autour round, endormis sîeeping, dort sleeps, sommeil sleep, aussitôt que as soon as, 8*éveilla awoke, congé leave, retourne am going back, bienfaisant obliging, à servir de parrain lobe a goifather, attendre io wait, baptême christening, de retour back, plus tard farlhest, attacha did set, sur-le-champ immediateîy, cependant mean tchile, s'écoulèrent elapsed, voyant seeing, allait sortir was going ont, met puts, cavaliers horsemeriy reconnaît knows, chacun every one, sort goes oui, tumulte confia sien, défilent Jîle off, s'arrête stops, vis-ii-vis facing, repoussent drive back, font éloigner dispel, foule crowd^ attiras drawn^ entre-
geois, attirés par Pespérance d'entrevoir leur souverain. On ouvre la portière du carrosse ; le Czar descend. Il aperçoit son hôte, et s'avançant vers lui : '* Je vous ai " promis un parrain," lui dit-il ; "je viens remplir ma " promesse. Donnez-moi votre enfant et suivez-moi à "Téglise." A ces mots, le paysan, immobile de sur-, prise, regarde le Czar avec un saisissement égal à sa joie; il contemple, d'un air stupide, l'habit magnifique du Czar, les pierreries éclatantes dont il est couvert, et le brillant cortège qui l'environne. Au milieu de cet appa» > reil pompeux il ne peut reconnaître ce pauvre inconnu avec lequel il a passé la nuit sur une natte. L'empereur jouit un moment de son incertitude et de l'excès de son étonnement ; ensuite, reprenant la parole : " Hier," lui dit-il, " vouis avez rempli les obligations qu'imposent la "religion et l'humanité; aujourd'hui je viens m'acquitter "du plus doux devoir d'un souverain, celui derécompenser " la vertu. Je vous laisserai dans im état que vous hono- " rez, et dont j'envie l'innocence et la tranquilité ; mais "je vous donnk*ai les biens qui vous manquent. Vous " aurez de nombreux troupeaux, de beaux vergers, et " une chaumière oii vous pourrez avec aisance accorder " l'hospitalité. Enfin, je me charge à jamais de l'enfant "que j'ai vu naître cette nuit; car vous devez vous " souvenir," ajouta le Czar en souriant, " que j'ai prédit " qu'il ferait une grande fortune." A ces mots, pour toute réponse, le paysan, pénétré de reconnaissance et baigné de larmes, fut chercher son enfant, et vint le poser aux pieds de son souverain. Le Czar, attendri, prit l'enfant, le porta lui-même à l'église. Il le tint sur les fonts de baptême. Ensuite, ne voulant pas le priver voir having a glimpse, remplit fulfH, immobile motionlesSf saisissement oppretsian, contemple views, air looi, pierreries jetoels, éclatantes shining, brillant stately^ cortège retinue, environne surrounds, appareil train, pompeux magn^cerU, jouit enjoys, incertitude uneertainty, reprenant resuming, parole speech, rempli tUschargea, doux agreeable, devoir duty, laisserai will leave, état situation, biens means, manquent toant, troupeaux /hcks, vergers orchards, pourrez may, accorder grant, naître bom, souriant smiiing, prédit foretold, baigné bedewed, alla went, poser put, attendri moved, le tint sur les fonts de baptême, stood goeffather to L 5
du lait de sa mère, il le rapporta dans sa cabane, en annonçant qu'il le reprendrait quand il serait sevré. Le Czar tint fidèlement ses promesses. JQ se chargea de l'éducation de l'enfant, qu'il éleva dans son palais et dont il fit la fortune ; et il combla de bienfaits le bon paysan et sa vertueuse famille.
hitn, priver deprive, rapporta hrought baek, reprendrait reiaJte, sevré weaned^ tint iepi^ se chargea took tf|Km, âeva brou^ t^ pombla kaded.