‹ Recueil choisi de traits historiques et de contes morauxChapitre 113 sur 148 · LE POUVOIR DES BIENFAITS · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DES BIENFAITS

Skelgrave était un voyageur Anglais, capitaine de vaisseau, et recommandable par son humanité. H voyagea long-temps en Afrique, vers l'an 1722. H y fit ce qu'on appelle la traite des nègres, c'^t-â-dire, qn*il y acheta^ beaucoup d'esclaves ; commerK afireux, que l'usage ne saurait autoriser, puisqu'il outrage la natarcy et qu'on ne peut faire sans s'exposer aux plus grands périls ; car l'injustice et la tyrannie produisent presque toujours le désespoir et la révolte. Aussi les Européens sont-ils obligés d^enchsdner sur leurs vaisseaux, pendant' la nuit, et durant la plus grande partie du jour, les malheureux nègres qu'ils achètent ; et, malgré toutes les précautions, les esclaves trouvent toujours les moyens de se réunir pour former des complots, qui sauvent coûtent la vie à leurs maîtres. Snelgrave acheta beaucoup de nègres sur les bords de la rivière de Kallabar. Parmi ces infortunés il remarqua surtout une jeune femme qui paraissait accablée de douleui*. Touché des larmes qu'il

Voyageur seamariy voyagea long-temps made many vayageM^ fit earried on^ on appelle is catted, traite des nègres slave-trade^ ne saurait cannoi, outtage offends, périls dangers, caifor, presque toujours most commonfy, enchaîner to chain, malgré notwiÔittandinff, complots conspiracies, coûtent cost, bords banks^ parmi anwnfft accablée overtoheimed, répandre shed, pleurait bevoaUed^

lui vît répandre, il la fit questionner par son interprète, et il apprit qu'elle pleurait un enfant unique qu'elle avait perdu la veille. On la conduisit sur le vaisseau de Snelgrave ; et le jour même le chef, ou roi du canton, fit inviter Snelgrave à venir le voir. Snelgrave y consentit ; mais, connaissant la férocité de cette nation, il se fit accompagner de dix matelots, bien armés, et de son canonnier. Il fut conduit à quelque distance de la côte, oii il trouva le roi assis sur un siège élevé, à l'ombre de quelques arbres. L'assemblée était nombreuse ; une foule de seigneurs nègres environnait le roi : et sa garde, composée d'environ cinquante hommes, armés d'arcs et de fièches, le sabre au côté, et la zagaie à la main, se tenait derrière lui à quelque distance. Les Anglais, le fusil sur répaule, se rangèrent vis-à-vis du roi.

Snelgrave présenta au roi quelques bagatelles d'Eu«rope ; et comme il achevait sa harangue, il entendit des gémissements sourds qui le firent tressaillir. Il se tourna, et il aperçut un petit nègre attaché par la jambe à un pieu enfoncé à la terre, sur le bord d'une fosse. Deux nègres, d'un aspect hideux, armés de haches, vêtus d'une manière extraordinaire, paraissaient garder cet enfant, qui les considérait en pleurant, et enjoignant ses petites mains d'un air suppliant. Le roi, en voyant l'émotion que ce spectacle étrange causait à Snelgrave, crut le rassurer en lui protestant qu'il n'avait rien à craindre do ces deux nègres qu'il considérait avec surprise. Ensuite il expliqua gravement que l'enfant était une victime qu'on allait sacrifier au dieu Ugo pour la prospérité du royaume, A ces mots, Snelgrave frémit d'horreur. Il n'avait avec lui que dix hommes. La cour et la garde du prince Africain formaient ime troupe composée de plus de cent nègres ; mais la compassion et l'humanité ne

unique onlyy veille day heforCf fit inviter invitedy assis seated^ ombre shade^ foule crowd, environ about, arcs 6ou;<, flèches arrows^ sabre hanger, se tenait ivasy derrière behind, fusil gun^ épaule shouldetf vis-à-vis facingy bagatelles iriJleSf achevait finished^ gémissements groans, sourds secret, trensaillir siari, attaché iied^ pieu stake, enfoncé sunk, bord edge, fosse pii, aspect look, hideux Jrightfulf haches aaes^ vêtus dressed^ suppliant humble^ frémi^

permirent pas à Snelgrave d'envisager tout ce qu'il avait à craindre et du nombre et de la férocité des barbares qui l'environnaient. " mes amis !" s'écria-t-il en se tournant vers ses gens, " sauvons ce malheureux enfant ! " Venez, suivez-moi !'* En disant ces paroles, il s'élance vers le petit nègre. Les Anglais, animés du même sentiment, se précipitent sur ses pas. Les nègres poussent des cris affreux, et fondent en tumulte sur la troupe Anglaise. Snelgrave tire de sa poche un pistolet ; le roi s'effraie. Snelgrave demande à être entendu. Le roi, d'un seul mot, calme la fureur des nègres, qui s'arrêtent en restant immobiles. Alors Snelgrave par le moyen de son interprète explique les motifs de son action, et finit en suppliant le roi de lui vendre la victime. Cette proposition fut acceptée. Snelgrave était bien décidé à ne pas disputer sur le prix. Mais heureusement pour lui, le roi nègre n'avait besoin ni d'or ni d'argent ; il ne connaissait ni les diamans ni les perles ; et, croyant exiger beaucoup, il ne demande qu'un collier de verre bleu, qui lui fut donné sur-le-champ. Alors Snelgrave vole vers rinnocente petite créature qu'il venait d'arracher à la mort ; il tire son sabre pour couper la corde qui liait ses jambes. L'enfant, effrayé, croit que Snelgrave veut le tuer ; il jette un cri douloureux. Snelgrave le prend dans ses bras avec transport, et le presse contre son sein. L'enfant, rassuré, sourit et caresse son libérateur, qui, plein d'une émotion délicieuse, et pénétré d'attendrissement, prend congé du roi nègre, et retourne à son vaisseau. En arrivant sur son bord, Snelgrave rencontre cette jeune négresse qu'il avait achetée le matin. Elle s'était trouvée mal ; et baignée de larmes, elle était assise à côté du chirurgien du vaisseau, qui n'ayant pu l'obliger à prendre de la nourriture, la faisait rester à

ihook, envisager io consider, s'élance rushes, pas steps, poussent shoutf fondent /a//, tire iakes out, s'effraie is frighiened, suppliant entreating, décidé determined^ exiger to require, collier collar, verre glass, vole Jlies, venait d'arracher had just snatched, liait tied, sourit smiies, libérateur saviour, attendrissement compassioTif congé leave, rencontre meets, s'était trouvée mal hadfainted^ baignée bedewed, à côté by, ayant pu being able, nourriture /ood^

Tair, dans la crainte qu'elle ne s'évanouit encore. Au moment où Snelgrave passait auprès d'elle avec ses gens, elle tourna la tête, et, tout à coup, apercevant le petit nègre, que portait un matelot, elle jette un cri perçant, se lève, se précipite vers Tenfant, qui la reconn^dt, l'appelle, et lui tend les bras. Elle le reçoit dans les siens. Les résolutions funestes qu'elle a formées, la perte de sa liberté, les projets du désespoir, les maux affreux qu'elle a soufferts, tout est oublié. — Elle est mère. — Elle a retrouvé son fils ! Cependant elle apprend de l'interprète tous les détails de l'action de Snelgrave. Alors, tenant toujours son enfant dans ses bras, elle court se jeter aux pieds de son bienfaiteur. " C'est maintenant," lui ditelle, "que je suis votre esclave! Sans cet enfant, la " mort m'eût cette nuit délivrée de l'esclavage. Tu ** n'étais pour moi qu'un tyran. Tu m'as rendu mon fils; " c'est me donner plus que la vie. Tu deviens mon père ; " oui, tu peux compter désormais sur mon obéissance ; " cet enfant si cber en est le gage." Tandis que cette femme parlait avec le feu et l'expression de la reconnaissance la plus passionnée, l'interprète expliquait son discours à Snelgrave. Il ne pouvait recevoir un prix plus doux de son himianité ; mais il en recueillit encore de nouveaux fruits. Il avait sur son vaisseau plus de trois cents esclaves. La jeune négresse leur conta son aventure. Après avoir écouté -ce récit touchant, les nègres l'entourèrent en exprimant leur admiration par des applaudissements redoublés ; ils lui promirent une soumission sans bornes ; et, en effet, Snelgrave, pendant le reste du voyage, trouva en eux tout le respect et toute l'obéissance qu'un père pourrait attendre de ses enfants.

s*évanouit shovJd faint, encore a second time, tend stretcheSf perte loss, maux hardshipSf tenant holding, sans were it noi for, eût tvould hâve, étais wast, rendu restored, deviens becomesti peux mayest, compter relpy désormais hereafter, gage pkdgef tandis que whilst^ recueillit reaped, écouté heard, touchant affeoi-' ing, redoublés repealed, sans bornes unbounded, pourrait couH aXiendre eûppect.

LE GfiNËREUX QUAKER.

M. Walteb MirrLiN, par son humanité, sacandenr, son affabilité, et ses connaissances, est un de ces hommes respectables qui honorent leur patrie et leur siàde. Il est membre de la Société des Amis, qui est le nom que les Quakers ont pris. Depuis peu de temps, plusieurs amis avaient proposé d'émanciper leurs nègres ; cette heureuse doctrine avait été promulguée et recommandée dans plusieurs assemblées ; déjà même un membre de cette société, habitant de la ville de Mushing, sur llle de Nassau, fameux par ses connaissances médicinales ainsi que par ses vertus Chrétiennes, avait donné la liberté à tous ses nègres, et par son testament leur avait légué une subsistance décente. Walter Mifl^ ne tarda pas à suivre un exemple si conforme à ses sentiments. Il avait reçu de son père trente-sept nègres, tant vieux que jeunes. Le jour qu'il avait fixé pour leur émancipation étant venu, ils les appela dans sa chambre les uns après les autres, et voici Tentretien qu'il eut avec l'un d'eux.

" Eh bien ! ami Jacques, quel âge as-tu ? " — " Mon "maître, j'ai vingt-neuf ans et demi." — "Comment! " tu as vingt-neuf ans et demi ? Tu aurais dû, " comme nos frères blancs, être libre à vingt-et-\m. La "religion et l'humanité m'enjoignent de te donner " aujourd'hui la liberté, et la justice m'ordonne de te " payer huit ans et demi de ton travail ; qui, à quatorze " livres par an, y compris ta nourriture et ton habille- " ment, fait la somme de cent dix-neuf livres que je te " dois ; mais, comme tu es jeune et vigoureux, et qu'il " faut que tu travailles pour te maintenir, mon inten- " tion est de te donner une obligation pour cette somme, " portant à l'ordinaire 7 pour 100 d'intérêt. Voilà le " commencement de ta forttme. Ecoute, Jacques; tu es

Honorent do honour^ siècle age^ depuis peu de temps not long tittce, connaissances knowledge, testament wiil, tarda did delag, tant both, entretien conversation, eh bien ! well, comment what, aurais dû shouîdst hâve, dois owe, &ut musi, obligation bond^

"libre comme moi, tu n'as plus de maître que Dieu " et les lois. Va dans l'autre chambre trouver ma " femme Phébé, ton ancienne maîtresse, et mon neveu " Guillaume Roberts ; ils sont occupés à écrire ta manu- " mission ; aussitôt que je l'aurai scellée et signée devant " témoins, tu iras la faire recorder dans les livres de '* notre société de Douvres, ainsi que dans les registres " du comté. Puisse Dieu te bénir, Jacques ! sois sage " et laborieux. Dans tous les malheurs et détresses *^ tu trouveras un ami dans ton ancien maître Walter "Miflain."

Jacques, surpris d'une scène si nouvelle, si touchante, si inattendue, fondit en larmes, comme si on lui eût dénoncé le plus grand des malheurs. L'effet soudain de l'étonnement, de la reconnaissance, et de plusieurs autres sentiments, lui gonflèrent le cœur, et produisirent même des mouvements convulsifs. Il pleura amèrement, et à peine put-il s'-sxprimer. " Ah, mon maître, que ferai- " je de ma liberté ? Je suis né sous votre toit, j'y ai " toujours joui de tout ce dont j'avais besoin ; dans les " champs nous travaillions ensemble, et je puis dire ** que je travaillais autant pour moi que pour vous, **^ puisque j'étais nourri des mêmes viandes et vêtu des '* mêmes habits ; nous n'allions jamais à l'église à pied, " nous avions le Samedi pour nous, nous ne manquions " de rien. Quand nous étions malades, notre bonne " et tendre m^tresse venait à côté de notre lit, nous ** disant toujours quelque chose de consolant : JEh bien ! " Jacques, eh bien ! mon bon garçon, gu^ est-ce que tuas? ** JVe te décourage point ; le médecin va bientôt venir ; *^f aurai soin de toi; sottffre avec patience, e*est lèpre- ** mier remède, &c. Ah ! quand je serai libre, où irai- **je ? que ferai-je ? et, quand je serai malade . . . ." — " Tu feras comme les blancs ; tu iras te louer à ceux " qui te donneront les plus hauts gages. Dans quelques

portant hearing, écoute hark, es art, iras shaltgo, fiiire recorder hâve reeorded, puisse mag, sois be, trouveras shalt find, inattendue unexpected, gonflèrent swelled, pleura wept, à peine hardîy, put eouldy ferai shall do, né bom, toit roof, joui enjoyed, viandes food, irai thallgo, serai am^ louer io hire, gages wages, achèteras shtUt

^' années tu achèteras de la terre ; tu épouseras alors ''une négresse, sage et industrieuse comme toi; tu '* élèveras tes enfants, comme je t*ai élevé,dans la crainte " de Dieu et l'amour du travail. Après avoir vécu " libre et tranquille, tu mourras en paix : il faut àbso- '' lument que tu reçoives ta manumission. Jacques, il " y a long-temps que j'aurais dû te la donner. Plût à ''Dieu, le Père de tous les hommes, que les blancs "n'eussent jamais pensé à faire le commerce de tes " frères d'Afrique ; puisse-t-il inspirer à tous les Amé- '* ricains le désir de suivre notre exemple ! Nous, qui " regardons la liberté comme le premier de tous les "biens, pourquoi la refuserions-nous à ceux qui vivent " avec nous ?"

" Ah ! mon maître, que vous êtes bon ! c'est à cause " de cela que je ne vous quitterai point. Je n ai jamûs " été esclave ; vous ne m'avez jamais parlé que comme ** vous parlez aux hommes blancs ; je n'ai manqué de " rien, ni en santé, ni en maladie ; je n'ai jamais tra- " vaille plus que ne le font vos voisins, qui travaillent "pour eux-mêmes; j'ai été plus riche que plusieurs "blancs, auxquels j'ai prêté de l'argent; et ma chère " et bonne maîtresse, qui ne nous commande jamais, " mais qui nous fait faire tout ce qu'elle veut, en nous '* disant seulement ; Jacques^ je voudrais que tu fisses " telle chose ; comment pourrais-je la quitter ? Don- " nez-moi par an ce que vous voudrez, sous le nom " d'homme libre ou d'esclave, peu m'importe ; puisque ** je ne puis qu'être heureux avec vous, je ne vous quit- '* terai jamais." — "Eh bien ! Jacques, je consens à ce " que tu désires. Après que ta manumission aura subi " les formes nécessaires, je te louerai à Tannée ; mais " prends au moins une semaine de congé ; ceci est une ' grande époque dans ta vie ; célèbre-la par la joie, par 'le repos, par tout ce que tu voudras." — "Non, mon

buy, terre landy épouseras shaH marry^ élèveras shaît hring tip, vécu Hved, mourras wiU die, il faut que tu thou must, j*aurai8 d& / ought io hâve, plût would, pensé thought, à faire to carry on, puisse mag, regardons look upon, refuserions should refuse^ vivent live, à cause de cela for thaï reason^ subir undergone^

" msdtre, nous sommes en semailles ; je prendrai mon ** congé dans un autre temps ; qu'aujourd'hui seulement " soit un jour de fête dans la famille noire. Puisque " vous le voulez, j'accepte donc ma liberté, et que ma "première action, comme libre, soit de vous prendre " par la main, mon maître, et de vous la serrer dans les " miennes, en l'approchant,' en la plaçant sur mon cœur, " où l'attachement et la reconnaissance de Jacques ne " finiront que quand il finira de palpiter ; que la seconde " soit de vous assurer qu'il n'y a point de travailleur " dans le comté de Kent qui soit jamais plus diligent " que celui qui dorénavant s'appelera le fidèle Jacques**

L'homme peut-il offrir un encens plus agréable à la Divinité ?"

Quelque temps avant son mariage, le même Walter Mifiiin avait vendu à Lewis-ToW3 un nègre dont il était très mécontent. La mauvaise conduite de ce nègre obligea son nouveau maître de s'en défaire à un second acheteur, qui, également mécontent, l'envoya à la Jamaïque, où les coups le rendirent bientôt plus docile et plus sage. Le nègre, se rappelant la bonté et l'humanité de son premier maître, lui fit écrire une lettre touchante, dans laquelle il lui peignait sa misère et son repentir. Tel en fut Teffet sur le cfœur de Walter Mifflin, tels furent les remords qu'elle lui inspira, que regrettant la cause du malheur de cet esclave, il s'embarqua pour cette île, d'où après avoir racheté son ancien nèojre, il le ramena à Philadelphie, et lui donna sa liberté.

Peut-on pousser plus loin la sublimité de l'humanité, la perfection de la vertu, le scrupule du bien ? Où trouverait-on en Europe des personnes qui traverseraient la mer, et sacrifieraient ainsi 100 guinées pour racheter un frère P Tel est ce vénérable Ami, tels on les trouve en général, depuis un bout du continent jusqu'à l'autre, sages, justes, humains, hospitaliers, et éclairés.

louerai will hire, semailles seed-time, voulez will hâve t7, que let, serrer press, dorénavant hereafter, mécontent dissatisfied^ défaire to get rid of, coups blows^ pousser extend, traverseraient toould cross, racheter redeem^ tel suçh.

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*" porta la nouvelle qu'une caravane allait partir pour " Bagdad, et que, si j'avais envie de revoir ma patrie, je "pourrais profiter d'une occasion si favorable. Man- " quant d'argent, j'aurais été obligé de suivre la cara- " vane à pied. Cela eût été pénible pour moi ; cependant "la honte me fermait la bouche et m'empêchait de dé- " dbuvrir mes besoins à mon hôte. Quel fut mon étonne- " ment, lorsque le jour de mon départ on m'amena un " superbe cheval, et \m mulet chargé de toutes sortes do " provisions, avec un nègre qui devait me servir pendant " le voyage ! Ce ne fut pas tout. Mon hôte me fit pré- " sent d'une bourse remplie d'or, me conduisit lui-même " auprès de la caravane, et me recommanda à plusieurs " voyageurs de ses amis. Voilà le service important que "j'ai reçu à Damas, et qui me rend votre ville si intéres- " santé. Mes efibrts pour retrouver mon bienfaiteur ont " été inutiles jusqu'ici. Je mourrais content si je pouvais "lui témoigner ma reconnaissance." — " Vos vœux sont "rempKs," s'écria ici mon prisonnier, avec un transport de joie. " L'homme qui vous reçut chez lui, c'est moi, "ne me reconn^triez-vous plus ?" Le temps qui s'était écoulé depuis cette aventure, joint aux souffrances du prisonnier, avait altéré son visage ; cependant, en contemplant attentivement ses traits, je n'eus pas de peine à le reconnaître, et les circonstances qu'il m'allégua ne me permirent pas de douter que mon prisonnier ne fût le même qui m'avait sauvé la vie d'une manière si généreuse. Je l'embrassai en versant des larmes, je lui ôtai ses chaînes, et je lui demandai comment il s'était attiré la colère du calife. "Des ennemis vils et mé- " prisables," me répondit-il, " m'ont noirci auprès de lui, " quoique je fusse innocent ; on m'a fait partir de Damas,

vécus livedf repos resi, revoir revtst/, pourrais mightt profiter take advantagef manquant waniing, eût toould hâve, fermait closed^ empêchait hindered, découvrir io disclose , besoins loants, amena broughtf devait was^ conduisit iook^ voyageurs iravellers, rend wnakes, retrouver discover, jusqu'ici hitherto, mourrais should die, témoigner show, vœux wishes, remplis fulfilled, chez lui in his ho-use, reconnaîtriez covXd recollect, écoulé elapsed, que but that^ versant ëhedding^ larmes iears, ôtai took off^ attiré drawn^ mé-

LA BIENFAISANCE RÉCOMPENSfiB.

Ali-Ibk-Abas, favori du calife Mamoun, et inspecteur de la police sous le règne de ce prince, raconte Thistoire suivante. — Je me trouvais un soir avec le calife, lorsqu'on amena devant lui un homme qui avait les mains et les pieds garottés. Mamoun m'ordonna d'avoir l'œil sur ce prisonnier, et de le ramener devant lui le lendemain matin. Le calife me paraissait fort irrité ; la crainte de m' exposer moi-même à sa colère me fit prendre la précaution d'enfermer le prisonnier dans mon barem, le lieu le plus sûr de ma maison. Lui ayant demandé quelle était sa patrie, il me dit qu'il était né à Damas, et qu'il demeurait au quartier de la grande mosquée. " Que le ciel," m'écriai-je, " répande ses bénédictions sur " Damas, et en particulier sur le quartier où est votre '^ maison." Il désira savoir la cause de ce mouvement de joie ; je ne la lui cacbai pas, en lui disant qu'un bomme de ce quartier-là m'avait sauvé la vie. Cette réponse excita toute sa curiosité, il me conjura de la satisfaire. " Il y a bien des années," continuai-je, " que le calife "déposa le viec-roi de Damas. J'accompagnai celui " que le prince avait nonmié son successeur. Au mo- " ment que nous prenions possession du palais du gou- " verneur, il s'éleva une dispute entre l'ancien et le nou- " veau gouverneur. Le premier avait excité les soldats " à la révolte. Ils nous attaquèrent ; je sautai par une "des fenêtres du palais, et me voyant poursuivi par " d'autres, je me sauvai dans votre quartier. Là je trou- " vai ime maison ouverte, et le maître à la porte. L'ayant " prié de me sauver la vie, il me mena aussitôt dans un " de ses appartements, oîi je vécus un mois en repos et " dans l'abondance. Un jour mon généreux bote m'ap-

Inspecteur superintendant, raconte relates, me trouvais teas^ soir evening, garottés bound, ramener bring back, irrité exas^ perated, enfermer conjlning, demeurait lived, que may, répande pour, bénédictions biessings, désira wished, cachai did conceaiy conjura entreatcd, il y a ago, s'éleva arose, siutai p&TJumpcd out of^ sauvai escaped, trouvai found, prié begged of, mena carried^

*' porta la nouvelle qu'une caravane allait partir pour " Bagdad, et que, si j'avais envie de revoir ma patrie, je "pourrais profiter d'une occasion si favorable. Man- " quant d'argent, j'aurais été obligé de suivre la cara- " vane à pied. Cela eût été pénible pour moi ; cependant " la honte me fermait la bouche et m'empêchait de dé- " (fouvrir mes besoins à mon hôte. Quel fut mon étonne- " ment, lorsque le jour de mon départ on m'amena un " superbe cheval, et \m mulet chargé de toutes sortes do " provisions, avec un nègre qui devait me servir pendant << le voyage ! Ce ne fut pas tout. Mon hôte me fit pré- " sent d'une bourse rempHe d'or, me conduisit lui-même " auprès de la caravane, et me recommanda à plusieurs " voyageurs de ses amis. Voilà le service important que "j'ai reçu à Damas, et qui me rend votre ville si intéres- " santé. Mes efibrts pour retrouver mon bienfaiteur ont " été inutiles jusqu'ici. Je mourrais content si je pouvais " lui témoigner ma reconnaissance." — " Vos vœux sont "remplis," s'écria ici mon prisonnier, avec un transport de joie. " L'homme qui vous reçut chez lui, c'est moi, " ne me reconn^triez-vous plus ?" Le temps qui s'était écoulé depuis cette aventure, joint aux souffî^ances du prisonnier, avait altéré son visage ; cependant, en contemplant attentivement ses traits, je n'eus pas de peine à le reconnaître, et les circonstances qu'il m'allégua ne me permirent pas de douter que mon prisonnier ne fût le même qui m'avait sauvé la vie d'une manière si généreuse. Je l'embrassai en versant des larmes, je lui ôtai ses chaînes, et je lui demandai comment il s'était attiré la colère du calife. " Des ennemis vils et mé- " prisables," me répondit-il, " m'ont noirci auprès de lui, " quoique je fusse innocent ; on m'a fait partir de Damas,

vécus livêdf repos rest, revoir revisii, pourrais mightt profiter (ake advantagêf manquant wanting, eût toouîd hâve, fermait closed^ empêchait hindered, découvrir io disclose, besoins tcants, amena hrought^ devait waa, conduisit took, voyageurs traveîlers, rend makesy retrouver discover, jusquMci hitherto, mourrais ahould die, témoigner show, vœux toishes, remplis fulfUled, chez lui in his house, reconnaîtriez could recollect, écoulé elapsedy que but ihat^ versant thedding^ larmes tears^ ôtai took off, attiré drawn, rné-

" avec la plus grande précipitation, etron apoussé contre " moi la cruauté jusqu'à me priver de laconsolationd'em-' *' brasser encore une fois ma femme et mes enfants. Je " ne sais quel sort m'attend ; mais si la sentence de mort " prononcée contre moi s'exécute, je vou3 conjure d'en " informer ma famille." " Non, vous ne mourrez point," répliquai-je, ** je vous en donne ma parole ; vous rev^r- ** rez votre famille, et dès ce moment vous êtes libre*" Aussitôt j'allai chercher différentes pièces des plus belles étoffes de soie, et je le priai de les porter à sa femme ; j'y joignis une bourse contenant mille sequins. " Allez," lui dis-je, " revoir les précieux gages de votre tendresse " que vous avez laissés à Damas ; que la colère du calife " tombe sur moi, je ne la crains pas, pourvu que j'aie le " bonheur de vous sauver." — " Quelle proposition ! " reprit mon prisonnier. **Me croyez-vous capable de " l'accepter ? Quoi ! pour échapper à la mort, je sacri- " fierais aujourd'hui cette même vie que je vous ai " sauvée autrefois ! Tâchez plutôt de convaincre le calife " de mon innocence ; je ne demande point d'autre preuve " de votre reconnaissance. Si vous ne pouvez le tirer "de son erreur, je lui présenterai volontiers ma tête. " Qu'il dispose de ma vie, pourvu que je sache la vôtre " en sûreté." Ces paroles me pénétrèrent l'âme ; je redoublai de prières pour qu'il prît la fuite; mais il demeura inébranlable dans sa résolution. Le lendemain matin, je ne manquai pas de paraître devant le calife. Ce prince était revêtu d'un manteau couleur de feu, ce qui était une marque de sa colère. Dès qu'il me vit, il s'informa de mon prisonnier, et ordonna en même temps que le bourreau fût appelé. " Seigneur," lui répondisje, en me prosternant à ses pieds, " il est arrivé quelque

prisables contemptible, noirci defamed^ quoique although, poussé exercised, encore une fois once more, attend awaits, mourrez shaii die, reverrez shall revisii, dès from, allai weni, chercher look for^ joignis added, allez go, gages pîedges, que let, tombe fall^ tâchez endeavour, plutôt raiher, sache know, prit la fuite might run away, demeura remained, inébranlable unmoved, manquai didfail^ revêtu clothed, manteau mantle, s'informa de inquired after^ bourreau executionerf fût might be^ arrivé happened, au sujet de

** chose d'extraordinaire au sujet de l'homme que vous "me confiâtes hier. Permettez-moi de vous le rap- " porter." Ces mots le firent frémir de colère. '* Je te "jure," me dit-il, "par l'âme de mon aïeul, que tu " mourras à la place de ton prisonnier, si tu Tas laissé "échapper." — "Ma vie et la sienne," repliquai-je, "sont dans vos mains, seigneur, daignez seulement m'entendre." "Parle," répondit-il. Je racontai alors au prince de quelle manière cet homme m'avait sauvé la vie à Damas ; je lui avouai ensuite que je lui avais offert de le remettre en liherté, mais que, dans la crainte d'exposer ma vie, il avait refusé d'accepter cette offre. — " Seigneur," poursuivis-je, " il n'est point " coupahle ; un homme si généreux ne saurait Têtre. "Ce sont de vils calomniateurs qui vous l'ont rendu " suspect ; il est la victime de la trame la plus noire de "ses ennemis." Le calife parut être touché. Ce prince avait reçu de la nature une grande âme ; il ne put s'empêcher d'admirer le procédé de mon ami. " Je lui pardonne en ta faveur," mè dit-il, " porte-lui "cette bonne nouvelle, et conduis-le auprès de moi." Je me prosternai aux pieds du prince, je les baisai, et je le remerciai de sa grâce avec l'expression de la plus vive reconnaissance. Je conduisis ensuite mon prisonnier auprès du calife. Le monarque lui fit présent d'un habit de fête, de dix chevaux, de dix mulets, et de dix chameaux, et lui donna encore dix mille sequins pour fournir aux frais de son voyage, avec une lettre de recommandation pour le gouverneur de Damas, où il alla bientôt après rejoindre sa famille.

with respect to, confiâtes intrusted, rappottcr relaie, frémir shaJte, aïeul ancestoTy mourras shalt die, laissé suffered^ entendre heaf, avouai confessed^ remettre set, saurait can, rendu madef trame pht^ touché affgcted, empêcher hinder, pardonne forgive, conduis bring, baisai kissed^ remerciai ihanked, fournie provide, frais e*penu8f alla went, rejoindre /o.

LA PROBITÉ RÉCOMPENStiB.

PjERBiN avait reçu le jour en Essex, dans un village auprès de * * * *. Né pauvre, et ayant perdu son père et 8a mère avant de pouvoir en bégayer les noms, il dut sa subsistance à la charité publique. Il apprit à lire et à écrire ; son éducation ne s'étendit pas plus loin. A l'âge de quinze ans il servit dans une petite ferme, où on lui confia le soin des troupeaux. Lucette, une jeune paysanne du voisinage, fut dans le même temps clmrgée de ceux de son père. Elle les conduisait dans des pâturages où elle voyait souvent Perrin, qui lui rendait tous les petits services qu'on peut rendre à son âge et dans sa situation. L'habitude de se voir, leurs occupations, leur bonté mutuelle, leurs soins officieux, les attachèrent l'un à l'autre. Perrin se proposa de demander Lucette en mariage à son père ; Lucette y consentit; mais elle ne voulut pas être présente à cette visite. Elle devait aller le lendemain à Londres ; elle pria Perrin de choisir cet instant, et de venir le soir audevant d'elle pour lui apprendre comme il aurait été reçu.

Le jeune homme, au temps marqué, vola chez le père de Lucette, et lui déclara, avec franchise, qu'il aimait sa fille, et qu'il voudrait bien l'épouser. " Tu aimes " ma fille ! " interrompit brusquement le vieillard, " tu " voudrais bien l'épouser ! Y songes-tu, Perrin ? Com- " ment feras-tu ? As-tu des habits à lui donner, une " maison pour la recevoir, et du bien pour la nourrir ? " Tu sers, tu n'as rien. Lucette n'est pas assez riche "pour fournir à ton entretien et au sien. Perrin, ce " n'est pas ainsi qu'on se met en ménage." — " J'ai des " bras, je suis fort ; on ne manque jamais de travail " quand on l'aime ; et que ne ferai-je point quand il " s'agira de soutenir Lucette ? Jusqu'à présent j'ai

Avait reçu le jour was boni, bégayer pronounce^ se voir seeing each vtheTf au-devant d* io meet, marqué appointed, voudrait bien wouid toish, brusquement bluntly, songes dost think, bien fortune, nourrir to maintain, sers art in service, on se met en ménage people marry, manque wantsy s'agira wiU be my business.

" gagné cinq guînéps tous les ans ; j'en ai amassé vingt, " elles feront les frais de la noce ; j'en travaillerai da- " vantage, mes épargnes augmenteront, je pourrai pren- " dre une petite ferme. Les plus riches habitants de *' notre village ont commencé comme moi ; pourquoi ne " réussirais-je pas comme eux ? *' — " Eh bien, tu es jeune, " tu peux attendre encore ; deviens riche, et ma fille est " à toi ; mais jusqu'à ce moment ne m'en parle pas."

Perrin ne put obtenir d'autre réponse; il courut chercher Lucette ; il la rencontra bientôt ; il était triste. Elle lut sur son visage la nouvelle qu'il venait lui annoncer. — " Mon père t'a donc refusé ? " — " Ah ! " Lucette, que je suis malheureux d'être né si pauvre ! " Mais je n'ai pas perdu toute espérance. Ma situa- . " tion peut changer. Ton mari n'aurait rien épargné " pour te procurer de l'aisance ; ferai-je moins pour " devenir ton mari ? Va, nous serons unis un jour. ** Conserve-moi toujours toa cœur ; souviens-toi que tu " me l'as donné."

Ea parlant ainsi, ils étaient toujours sur la route (jg # # * *^ La nuit, qui s'avançait, les pressait dé regagner leurs maisons ; ils allaient fort vite. Perrin fait un faux pas, et tombe. En se relevant, ses mains cherchent ce qui a causé sa chute, c'était un sac assez pesant. Il le ramasse ; curieux de savoir ce qu'il contient, il entre avec Lucette dans un champ où brûlaient encore des racines auxquelles les laboureurs avaient mis le feu pendant le jour. A la clarté qu'elles répandent, il ouvre le sac, et y trouve de l'or. . " Que vois-je ? " s'écria Lucette : "Ah ! Perrin, tu es devenu riche ! " — " Quoi, " Lucette, je pourrais t'avoir pour femme ! Le ciel, "favorable à nos désirs, m'aurait-il envoyé de quoi " satisfaire ton père et nous rendre heureux ? " Cette idée verse la joie dans leurs âmes ; ils contemplent avidement leur trésor, puis, après s'être regardés un moment avec tendresse, ils se mettent en chemin pour a^ler sur-lechamp le montrer au vieillard. Ils étaient près de sa

amassé laid hy, s*avançait toas coming on, regagner to reach, en se relevant as he was getting up, chute fall, ramasse ic^es up^ mis le feu sei on fire^ clarté l^ghty se mettent en chemin tet oui,

maison, lorsque Perrin s'arrête. "Nous n'attendons " notre bonheur que de cet or," dit-il à Lucette ; " mais *' est-il à nous? Sans doute il appartient à quelque "voyageur ; la foire de **** vient de finir. Un mar- " chand, en retournant chez lui, Ta vraisemblablement " perdu. Dans ce moment, où nous nous livrons à la "joie, il est peut-être en proie au désespoir le plus

" affreux." " Ah, Perrin, ta réflexion est terrible !

" le malheureux gémit sans doute. Pouvons-nous jouir " de son bien ? Le hasard nous l'a fait trouver, mais

" le retenir est un vol." " Tu me fais frémir. Nous

" allions le porter à ton père ; il nous aurait rendus " heureux ; mais peut-on l'être du malheur d' autrui ? " Allons voir monsieur le recteur ; il a toujours eu " mille bontés pour moi, il m'a placé dans la ferme où* "je sers ; je ne dois rien faire sans le consulter."

Le recteur était chez lui. Perrin lui remet le sac qu'il avait trouvé, et avoua qu'il l'avait regardé d'abord comme un présent du cieL II ne cache point son amitié pour Lucette, et l'obstacle que sa pauvreté mettait à leur union. Le pasteur l'écoute avec bonté. Il les regarde l'un et l'autre. Leur procédé l'attendrit. 11 voit toute l'ardeur de leur tendresse, et admire la probité qui lui est encore supérieure. Il applaudit à

leur action. "Perrin, conserve toujours les

" mômes sentiments. Le ciel te bénira ; nous retrouve- " rons le maître de cet or, il récompensera ta probité. "J'y joindrai quelques-unes de mes épargnes; tu " épouseras Lucette. Je me charge d'obtenir l'aveu " de son père. Vous méritez d'être l'un à l'autre. Si " l'argent que tu déposes entre mes mains n'est point " réclamé, c'est un bien qui appartient aux pauvres ; tu " l'es ; je croirai suivre l'ordre du ciel en te le rendant, " ilen a déjà disposé en ta faveur."

Les deux jeunes gens se retirèrent satisfaits d'avoir fait leur devoir, et remplis des douces espérances qu'on

vient de finir is just over^ chez lui home, vol theft, bontés kind» nesses, remet gives, avoua ownedy attendrit affects, me charge take upon me, aveu consent, fit catued, crier ta be cried, afficher

leur donnait. Le recteur fit crier dans sa paroisse le sac qu'on avait perdu ; il le fit afficher ensuite à * * * *, et dans tous les villages voisins. Plusieurs hommes avides se présentèrent, mais aucun n'indiqua la somme, ni r espèce de monnaie, ni le sac qui la contenait.

Pendant ce temps, le recteur n'oublia pas ce qu'il avait promis à Perrin, de s'occuper de son bonheur. Il lui fit avoir une petite ferme, lui fournit des bestiaux et des instruments nécessaires au labourage ; et deux mois après il le maria avec Lucette. Les deux époux, au comble de leurs vœux, remercièrent avec ardeur le ciel et le recteur. Perrin était laborieux ; Lucette s'occupait de son ménage ; ils étaient exacts à payer le propriétaire de leur ferme, ils vivaient médiocrement du surplus, et se trouvaient heureux.

L'or perdu ne fut point réclamé pendant deux ans. Le recteur ne jugea pas qu'il fallut attendre davantage, il le porta au couple vertueux qu'il avait uni. " Mes " enfants," leur dit-il, "jouissez du bienfait de la Pro- " vidence, et n'en abusez pas. Ces mille guinées sont " actuellement sans produit, vous pouvez en faire usage. " Si par hasard vous en découvriez le maître, vous dc- " vriez sans doute les lui rendre. Faites-en un emploi, " qui, les changeant seulement de nature, n'en diminue " point de valeur."'-^Perrin suivit ce conseil. Il se proposa d'acquérir la ferme qu'il tenait à bail. Elle était à vendre. On l'estimait im peu plus de mille guinées ; mais, en payant comptant, on pouvait espérer de l'avoir à ce prix. Cet argent, qu'il ne regardait que comme un dépôt, ne pouvait être mieux placé ; et, si le maître se retrouvait un jour, il n'aurait pas à se plaindre.

Le recteur approuva ce projet. L'acquisition fut bientôt faite. Le fermier, devenu propriétaire, donna une plus grande valeur à son terrain. Ses champs, mieux cultivés, devinrent plus fertiles. Il vécut dans

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cette douce aisance quMl avait eu l'ambition de procurer à Lucette. Deux enfants bénirent successivement leur union ; ils prenaient plaisir à se voir revivre dans ces tendres gages de leur amour. En revenant des champs, Perrin trouvait sa femme qui venait au-devant de lui, et lui présentait ses enfants ; il les embrassait l'un et l'autre, les quittait pour serrer son épouse dans ses bras, puis revenait encore à eux pour les accabler tour à tour de caresses ; l'un essuyait la sueur dont son front était couvert; l'autre essayait de le soulager du poids du hoyau qu'il pointait. Perrin souriait de ses faibles efforts, le caressait de nouveau, et rendait grâces au ciel qui lui avait donné une épouse tendre et des enfants qui lui ressemblaient.

Quelques années après, le vieux recteur mourut. Perrin et Lucette le pleurèrent. Ils songèrent avec attendrissement à ce qu'ils lui devaient. Cet événement les fit réfléchir sur eux-mêmes. " Nous mourrons aussi," disaient-ils, '* notre ferme restera à nos enfants. Elle " n'est pas à nous. Si celui à qui elle appartient reve- " nait, il en serait privé pour toujours ; nous emporte- " rions le bien d'autrui au tombeau." Ils ne pouvaient soutenir cette idée. Leur délicatesse leur fit écrire une déclaration, qu'ils déposèrent entre les mains du nouveau recteur, et qu'ils firent signer par les plus notables habitants du village. Cette précaution, qu'ils jugeaient nécessaire, pour- assurer une restitution à laquelle ils croyaient leurs enfants obligés, les tranquillisa.

11 y avait dix ans qu'ils étaient établis. Perrin, après un travail pénible, revenait un jour dîner avec sa femme ; il vit passer sur la grande route deux hommes dans une chaise de poste, qui versa à quelques pas de lui. Il courut porter du secours ; il offrit les chevaux de sa charrue pour transporter les malles ; il pria les voyageurs de venir se reposer chez lui. Ils n'étaient point blessés. " Ce lieu-ci m'est bien funeste," s'écria l'un

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d^eut, '^ je ne puis y passer sans éprouyer des malhenf^. " J'y .fis, il y a douze ans, une perte considérable. Je " revenais de la foire de ****, j'emportais mille guinées " en or, que j'ai perdues." — " Comment," lui dit Perrin, qui réeoutait avec attention, "avez-vous négligé dé " faire des recherches pour les retrouver ? " — " Cela né " me fut pas possible ; je me rendais à ****, oiîl je dé- " vais m'embarquer pour les Indes. Le temps pressait, " le vaisseau, prêt à mettre à la voile, ne m'aurait point ** attendu ; je ne pus faire des perquisitions, sans doute ** inutiles, qui, en retardant mon départ, m'auraient porté ^un préjudice beaucoup plus grand que la perte que "j'avais faite."

Ce discours fait tressaillir Perrin. Il s'empresse davantage auprès du voyageur. Il le conjure d^accepter l'asile qu'il lui offre. Sa maison était la plus propre habitation du lieu. 11 marche le premier pour montrer le cbemin ; il rencontre bientôt sa femme, qui, selon soil usage, venait aù-devant de lui. Il lui dit d'aller promptement préparer un dîner pour ses hôtes. Eu attendant le repas il leur présente des rafraîchissements, et fait tomber la conversation sur la perte dont l'un s'est plaint. Il ne doute plus que ce ne soit à lui qu'il doit une restitution. Il va chercher le nouveau recteur^ l'informe de ce qu'il vient d'apprendre, l'invite à partager le dîner de ses hôtes, et à leur tenir compagnie'. Celui-ci l'accompagne, et ne cesse d'admirer la joie que ce bon paysan a d'une découverte qui va le ruiner.

On dîne : les voyageurs satisfaits, ne savent comment reconnaître l'accueil que leur fait Perrin. Ils admirent son petit ménage, son bon cœur, sa franchise, l'air ouvert de Lucette, sa candeur, son activité ; ils caressent les enfants. Perrin, après le repas, leur montre sa maison, son potager, sa bergerie, ses bestiaux, les entretient

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de ses champs et de leur produit. ** Tout cela tous ap* ** partient ; l'or que vous avez perdu est tombé enlare " mes mains. Voyant qu'il n'était point réclamé, j'en ** ai acheté cette ferme, dans le dessein de la remettre " un jour à celui qui y a de véritables droits. Elle est *^ à vous. Si j'étais mort avant de vous trouver, M. le " recteur a un écrit qui constate votre propriété.

L'étranger, surpris, lit l'écrit qu'il lui remet. Il regarde Perrin, Lucette, et les enfants. " Oii suis-je ? " s'écrie-t-il enfin ; " et que viens-je d'entendre P — Quel

" procédé ! quelle vertu ! quelle noblesse ! Et dans

" quel état les trouvé-je !— Avez-vous quelque autre

" bien que cette ferme ? '* ajouta-t-il. " Non ; mais

"si vous ne la vendez point, vous aurez besoin d'un "fermier, et j'espère que vous me donnerez la préfé- " rence." — " Votre probité mérite une autre récompense. " Il y a douze ans que j'ai perdu la somme que vous " avez trouvée ; depuis ce temps Dieu a béni mon com- " merce, il s'est étendu, il a prospéré. Je ne me sids " pas ressenti long-temps de ma perte ; cette restitution " aujourd'hui ne me rendrait pas plus riche. Vous mé- "ritez cette petite fortune. La Providence vous en "fait présent, ce serait l'offenser que de vous Tôter. "Conservez-la, elle vous appartient; et, s'il le faut, "je vous la donne. Vous pouviez la garder, si je ne "la réclamais point. Quel homme eût agi comme "vous !"

Il déchira aussitôt l'écrit qu'il tenait dans ses mains. " Une si belle action," ajouta-t-il, " ne doit point être •* ignorée. Il n'est pas besoin d'un nouvel acte pour "assurer ma cession, votre propriété, et celle de vos " enfants ; je le ferai cependant écrire pour perpétuer le " souvenir de vos sentiments et de votre honnêteté."

Perrin et Lucette tombèrent aux pieds du voyageur ; il les releva, et les embrassa. Un notaire, qui fut mandé, écrivit cet acte, le plus beau qu'il eût réàgé de sa vie.

ledffe^ accueil réception, potager iiichen-garden, bergerie tiheepfi^i bestiaux cattle, remettre restoring, droits rights, constate proves, prospéré succeeded^ me suis hâve, ressenti felt^ ôter io deprive, le faut be neoestaty^ eût would hâve, déchira lor», il

Perrîn versait des lannes de tendresse et de joie : ** Mes ** enfants," s*écriait-il, " baisez la main de votre bienfai- '^ teur. Lucette, ce bien est à nous, et nous pouvons en "jouir sans trouble et sans remords ! "

nVst pas ihere is no^ acte deed, ferai will cause, mandé seni fw^ rédigé drawn.

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