BEAU TRAIT D'UN BON FRÈRE
Deux jeunes enfants, l'un nommé Guillaume, et l'autre Eobert, étaient fils d'un même père ; mais ils avaient reçu de la nature un caractère entièrement opposé. Autant l'un était doux, aimable, studieux, et savant, autant l'autre était dur, ignare, et inappliqué ; et ce qui contribuait principalement à le rendre tel, c'était l'amoiu* excessif et aveugle de sa mère à son égard ; réservant
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poiir Pan tous les soins et les plus tendres caresses, elle accablait Tautre d^éternels reproches et le maltraitait sans cesse. Survenait-il un différend entre les deux frères, la mère idolâtre ne manquait point de donner tort à l'aîné ; aussi le eadet se prevalait-il toujours de ces injustes préférences ; il tourmentait Guillaume à chaque instant ; il jetait du ridicule sur tout ce qu'il faisait ; et tournant en mal ses actions les plus innocentes, il se montrait un vrai tjran à son égard, et devenait son délateur étemel auprès de sa mère : quant à Guillaume, loin de se venger de son mauvais frère, il faisait tous ses eiforts pour le ramener par la douceur, et n'opposait qu'une patience angélique à sa mauvaise humeur et à ses emportemens. Il faut dire aussi que son père, témoin de tant d'injustices, le soutenait de tout son pouvoir, et qu'il adoucissait beaucoup la rigueur de son sort. Mais cet ami consolateur, ce tendre soutien de sa jeunesse, ne tarda point à être ravi au bon Guillaume, par une mort imprévue. Alors sa méchante belle-mère qui ne pouvait le souffrir, lui donna la moitié de l'héritage qu'elle ne pouvait lui enlever, et le chassa aussitôt de la maison paternelle. L'autre moitié, qui se montait à trois mille livres de rente, échut à Eobert. Cet ample patrimoine, qui eût suffi à tout autre pour vivre avec aisance et d'une manière honorable, flit dissipé en trois ou quatre ans par l'enfant gâté qui était élevé dans toutes ses fan<taisies. Appauvri tout à coup par le jeu, les chevaux, la chasse, et la bonne chère, Robert était absolument réduit à la plus grande misère, et à la veille d'être jeté en prison. Mais ce qui le consolait dans ses folies, c'est qu'il était héritier d'un oncle très-riche ; cet oncle mourut bientôt au gré de son attente, et à peine lui eut^
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on rendu les derniers devoirs, qu'il courut chez son frère aîné, pour se faire donner ce qu*il croyait lui revenir pour sa part. Singulièrement chéri de son oncle par rapport à son hon naturel et sa honne conduite, Guillaume avait été nommé héritier unique de ses hiens ; il connûssait toutes les clauses du testament ; mais, loin de s'en pré* valoir, il dit seulement à son frère, qui ne cessait de le tourmenter pour le partage, " Ayez donc un peu de ** patience, vous aurez encore plus qu'il ne vous revient." *^ Qu^entendez vous par-la ? " lui répondit Bobert avec colère. " Croyez-vous pouvoir disposer à votre volonté *' de ce qui me revient ? Qui vous rend si hardi de rete» *^ nir ainsi un bien qui ne vous appartient pas ? " N*oppo* sant que la modération à cet emportement, Guillaume lui dit, *' Ne craignez rien, on ne vous retiendra, en nulle *' façon, ce qui est à vous.*' Irrité de plus en plus de ces délais, et concevant d'affreux soupçons sur la probité de son frère, Robert, qui était excité par sa mère, se répan* dit en injures contre Guillaume : il lui dit qu'il'était un dominateur, un orgueilleux : qu'il n'agissait ainsi, que parce qu'il voulait s'approprier tout le bien, et qu'enfin il l'obligerait à lui faire voir ce que renfermait le testa* ment qu'il tenait si mystérieusement caché.
Provoqué par ces injures, Guillaume conduisit aussi* tôt sa belle-mère et son frère chez le notaire. Quel fut l'étonnement, quelle fut la honte du malheureux Koberfc, quand il entendit, quand il lut ces fatales dispositions dictées et signées par son oncle lui-même au lit de la mort ! " Mon neveu Robert s'étant rendu indigne en " tout de moi et de mes bienfaits, je le déshérite formelle» " ment par le présent acte: j'institue son frère Guillaume î* héritier universel de tous mes biens." Frappé comme de la foudre, et se voyant absolument sans nulle espèce de
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ressource, l'iDgrat Bobert avait la confusion sûr la figoi^éy et le désespoir dans le cœur ; mais le bon Guillaume ne tarda point à le tirir de cette horrible po^^ition, en lui parlant ainsi : '' Mon frère, je vou» ai déjà dit ** que VGUrt auriez beaucoup plu» qu'il ne vouo revient, et ** je ne veux rien changer à cette t)romesiie ; je partage '^ cordialement avec vous ce que je possède de droit par '* le testament de notre oncle ; mais en échange, je tous ^' conjure de vous comporter à mon égard en ami, en bon V frère. Vous voyez les fruits amers de nos discordes ; "elles ont produit, en bonne partie, pour vous, la plu- '* part de vos malheurs, et elles m*ont cau^é, en particu» " lier, l'affreuse disgrâce de vivre loin de vous et de ma ** mère." âavi de joie et confondu d'une telle générosité, Bobert embrassa mille fois son frère et le baigna de ses larmes. Egalement stupéfaite et remplie d'admiration, sa mère serra dans ses bras ce bon fils, qu'elle avait eu le malheur de ne savoir pas apprécier comme il le méritait ; et depuis ce beau inoment, cette famille vécut dans la plus parfaite union, et goûta le bonheur si doui que promet et que donne toujours la concorde entre les frères.
kindnesseSf biens estâtes^ frappé ttrvck^ foudre thundenlrôke^ tarda delay^ droit right conjure entreat^ comporter behave, amen biiier^ afti:«u«e unpieasing, ravi Iransported, baigna, baïhed, sens pre€€ed, goûta enjoi/ed.