‹ Recueil choisi de traits historiques et de contes morauxChapitre 56 sur 148 · LOUIS, DAUPHIN DE FRANCE, PÈRE DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

LOUIS, DAUPHIN DE FRANCE, PÈRE DE LOUIS XVI

Dajts un temps de guerre un officier blessé vint lui présenter un placet pour le prier d'obtenir une gratification qui le mît en état d'aller prendre les eaux : sa pâleur et son abattement faisaient assez voir que sa

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demande était juafe. LeBaupbin 8*attendrit, et, se tour nant vers le duc de Châtillon, son gouverneur, lui dit- " Ce malheureux homme n'aura pas le temps d'attendre ^ que sa gratification soit expédiée ; j'ai envie de lui ** donner de quoi aller aux eaux." M. de Châtillon approuva fort ce mouvement de générosité, et le prince vint apporter sur-le-champ à l'officier malade le double de la gratification qu'il demandait, en lui disant, *• Mon- " sieur, voilà de quoi faire votre voyage, vous solli» " citerez votre gratification à votre retour." — Lorsqu'on eut suppléé les cérémonies du baptême à ses trois fils, ce prince leur fit observer que leurs noms étaient inscrits sur les registres de la paroisse avec ceux des autres enfans : *' Vous voyez," leur dit-il, " que vos noms sont ** ici mêlés et confondus avec ceux du peuple ; cela doit " vous apprendre que les distinctions dont vous jouissez *'ne viennent pas de la nature, qui a fait tous les ** hommes égaux ; il n'y a que la vertu qui met entre eux " une véritable difiérence ; et peut-être que l'enfant d'un "pauvre, dont le nom précède le vôtre, sera plus grand *• aux yeux de Dieu que vous ne le serez jamais aux " yeux des peuples."

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LA VERTU PRÉFÉRABLE AUX RTGHESSEa

Une dame d'une très honnête famille, accablée d*m* firmités, restée veuve avec trois filles, se vit réduite à la plus extrême misère, après avoir tout vendu pour la poursuite d'un procès long et fâcheux. L'aînée de ses filles, ornée des grâces de la nature, mais plus recommandable encore par ses vertus, fut contrainte de solliciter la charité publique pour faire subsister sa mère et ses sœurs. Par là elle se vit exposée aux assauts les plus cruels. Sourde aux promesses insidieuses d'un riche particulier qui lui offrait tous les secours et tous les avantages possibles : '* Ec quels secours l" disait-elle en elle-même : " ils sauveraient la vie à ma mère et & " mes sœurs ; mais ils déshonoreraient éternellement la " mienne : j'aime ma mère, et je lui suis chère ; elle ** meurt : cette idée me fait frémir !" Elle fit part des offres du riche à sa mère. Cette veuve respectable^ jetant sur sa fille des yeux égarés, perdit dans ce moment funeste tout courage avec Tusage de la parole, et fut siur le point d'expirer de douleur : sa fille éperdue fit tous ses efforts pour la tranquilliser. La Providence,

Jui n'abandonne jamais la vertu dans de malheur et oppression, envoya de prompts secours à cette famille infortunée, combla les vœux de cette généreuse fille, et lui rendit une mère si chère et si tendrement aimée.

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fITZ-WILLIAMS.

Lb CardmftlWol8ey,mini8tre et favori de Henri VIII., roi d'Angleterre, étant tombé dans la disgrâce de son maître, se vit tout à coup méprisé des graiids et haï du peuple. Fitz- Williams, un de ses protégés, fut le seul qui osa défendre sa cause, et faire Téloge des talens et des grandes qualités du ministre disgracié. Il fit plus : il offi*it sa maison de campagne à Wolsey, et le conjura d'y venir passer au moins un jour. Le cardinal, sensible à ce zèle, alla chez Fitz-WilHams, qui reçut son émiuence avec les marques de la plus vive reconnaissance et du plus profond respect. Le roi, instruit de Taccueil que ce particulier avait osé faire à un homme tel que "Wolsey, fit venir Fitz- Williams ; et demandant, d*un air et d'un ton irrités, par quel motif il avait eu l'audace •de recevoir chez lui le cardinal accusé et déclaré coupable de haute trahison : " Sire,'* répondit Fitz- Williams, "^'je suis pénétré, pour votre majesté, de la soumission ■"la plus respectueuse : je ne suis ni mauvais citoyen ni ^ sujet infidèle. Ce n'est ni le ministre disgracié, ni le ^* criminel d'état, que j'ai reçu chez moi ; c'est mon bien- *** faiteur, c'est mon protecteur, celui qui m'a donné du ^* pain, et de qui je tiens la fortune et la tranquillité dont ^' je jouis. Ah ! Sire, si je l'avais abandonné dans son ** malheur, j'eusse été le plus ingrat des hommes." Surpris et plein d*adroiration, le roi conçut dès cet instant la plus haute estime pour le généreux Fitz- Williams. Il le fit chevalier sur-le-champ ; et peu de temps après, il le nomma son conseiller privé.

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