CLÉMENT XIV
Clvmeitt XIV., n'étant encore que simple religieux» ▼oyait souvent un peintre Italien fort médiocre. Il
Slniple private, religieux monJlf, voyait visifêd^waytoai qfti%
ahnait son caractère, ses mœurs, et vivait avec lui dans la plus grande intimité. Elevé au cardinalat, il devint pour le pauvre artiste un grand seigneur, dont,^ suivant r.usai^e ordinaire, l'abord devait être fort difficile ; aussi le peintre n*osa-t-il pas aller chez le nouveau cardmal, ni lui demander sa protection. Son ami pensait bien différemment. Etonné de ne pas le voir paraître à ses audiences, le cardinal se rendit chez lui dans toute la pompe de sa dignité. L'artiste, surpris de cette visite inattendue, le fut bien plus encore lorsqu'il vit son éminence se jeter à son cou, le presser dans ses bras, et rassurer, qu'il n'avait pas oublié leur ancienne amitié. ** Venez donc me voir," lui dit affectueusement le cardinal, " mon palais vous sera toujours ouvert ; je serai '^ toujours visible pour vous, et je ne cesserai jamais de " vous aimer." Lorsqu'il fut élevé à la chaire pontificale, on présenta, selon la coutume, au nouveau souversdn l'état de sa maison, sur lequel le cardinal major avait placé l'un des plus fameux peintres d'Italie. ** J'ap- " prouve l'état," dit Clément, " à l'exception de l'article "du peintre. Celui que vous me proposez est sans '' doute excellent ; mais ma figure n'est point assez dis- " tinguée, pour que les portraits qu'il en ferait pussent " ajouter à sa réputation : il est riche d'ailleurs, et peut '' bien se passer de moi. Je connais un peintre moins " célèbre, beaucoup moins opulent, qui a toujours été " mon ami, et que j'aime égsdement ; je le prends pour " mon premier peintre."
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JfARIE DE REIOfiSBERO, flPOUSE DE GROTIUS.
Le célèbre Grotius ayant été condamné à une prison perpétuelle, fut enferme au château de Louvestein. La xemme de ce savant républicain, qui Vj avait suivi, n'illustra par son amour et par une ruse que sa tendresse lui suggéra. Grotius travaillait aux ouvrages qui lui ont acquis tant de réputation. Il avait besoin d*une grande quantité de livres : il obtint la permission d'emprunter tous ceux qu'il demandait. Il les envoyait chercher dans une caisse fort grande, dans laquelle il fiiisait mettre aussi son linge et celui de sa femme. Quand il avût (ait usage de ces livres, on les reportait, et on loi en donnait de nouveaux. Après y avoir souffert un traitement rigoureux pendant plus d*un an et demi, Marie de Reigesberg, son épouse, s'etant aperçue que les gardes, ennuyés de ne trouver dans cette caisse que des livres et du linge, ne la fouillaient plus, engagea Grotius à se mettre dans la caisse à la place des livres, ayant fait des trous à Tcndroit où il y avait le devant de la tête, afin qu'il pût respirer. Il y consentit. Deux jours avant l'exécution de ce projet, cette femme adroite le fit rester auprès de sçn feu, dans un fauteuil, et parut fort affligée de la maladie de son mari. Au jour marqué pour venir prendre des livres, ayant fait mettre Grotius dans la caisse, elle tint les rideaux de son lit bien fermés, et recommanda à l'homme qui vint enlever le ballot, de le faire le plus doucement qu'il pourrait. Il le charge
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avec beaucoup de peine sur ses épaulés, et s'en va jurant contre la pesanteur du fardeau. Il porta ainsi Grotius à Gorcum, chez un de ses amis ; d*ou il alla à Anvers, déguisé en meunier. Marie prit alors les babils de son mari, et se mit auprès du feu, de crainte que le geôlier n'entrât. Lorsqu'elle le crut en sûreté, elle alla ellemjème avertir les gardes de son évasion, leur reprochant le peu de soin qu'ils prenaient de leurs prisonmers. On eut honte de lui faire un crime de cet innocent stratagème, et on lui permit de rejoindre son époux.
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