‹ Recueil choisi de traits historiques et de contes morauxChapitre 82 sur 148 · LE SOLDAT MAGNANIME · texte numérisé non relu

LE SOLDAT MAGNANIME

Lb Maréchal de Luxembourg, n'étant encore que Comte de Boutteville, servait dans l'armée de Flandres, en 1675, sous le commandement du Prince de Gondé. Il aperçut, dans une marche, quelques soldats qui s'étaient écartés du gros de l'armée. Il envoya un de ses aides-de-camp pour les ramener au drapeau. Tous obéirent, excepté un seul, qui continua son chemin. Le comte, vivement offensé d'une telle désobéissance, court à lui, la canne à la main, et menace de l'en frapper. Le soldat lui répond, avec sang-froid, que, s'il exécutait sa menace, il l'en ferait repentir. Outré de cette réponse, Boutteville lui décharge quelques coups, et le force de rejoindre son corps. Quinze jours après, l'armée assiégea Fumes. Boutteville chargea le colonel de tranchée de lui trouver dans le régiment un homme ferme et intrépide, pour un coup de main, dont il avait besoin, avec cent pistoles de récompense. Le soldat en question, qui passait pour le plus brave du régiment, se présente ; et menant avec lui trente de ses camarades, dont on lui avait donné le choix, il s'acquitte de sa commission, qui était des plus hasardeuses, avec un courage et un bonheur incroyables. A son retour, Boutteville, après l'avoir beaucoup loué, lui fit compter les cent pistoles qu'il lui avait promises. Le soldat sur le champ les distribue à ses camarades, disant qu'il ne servait point pour do l'argent, et demanda seulement

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